C'était leur père. C'était leur idole. C'était leur repère. C'était tout simplement leur dieu. Il n'existe probablement pas plus bel amour, de lien plus filial, que celui qui unit à jamais le Napoli et Diego Maradona. D'ailleurs, dans l'histoire du football, personne n'incarne autant une seule et même ville. Si vous vous rendez un jour à Naples, vous croiserez certainement beaucoup de personnes répondant au prénom de "Diego" et "Armando". Ou tout simplement "Diego Armando". "Oui, c'est mon prénom", se vantait d'ailleurs un tifoso du Napoli à la télévision italienne mercredi soir, allant même jusqu'à montrer sa carte d'idendité à la caméra pour se justifier.

Comme beaucoup, ce dernier avait décidé de sortir de chez lui peu après l'annonce du décès de la légende argentine, emporté par une crise cardiaque à seulement 60 ans. Peu importe le couvre-feu et qu'importent les restrictions. L'heure est aux larmes. Et les Napolitains ont besoin de se réconforter ensemble. Même masqués.

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"Ho visto Maradona" : les tifosi de Naples donnent de la voix pour leur idole disparue

"L'idolâtrie dépasse toutes les barrières du simple être humain"

Ils n’avaient jamais totalement disparu, mais, depuis mercredi soir, les maillots floqués du numéro 10 ont refleuri aux fenêtres. Les drapeaux bleus du Napoli flottent dans les rues de la ville, alors que les écharpes à la gloire du "Pibe de Oro" protègent les habitants du froid. Des plus jeunes aux plus âgés, des plus fanatiques aux plus sobres : tout le monde a voulu se rassembler pour probablement réaliser. Oui, Diego Maradona est mort. Une phrase difficile à accepter pour un peuple qui l'imaginait au-dessus même de cette fatalité.

"Maradona a directement aimé Naples, et Naples a directement aimé Maradona, nous confie Ottavio Bianchi, entraîneur du Napoli entre 1985 et 1989, puis à nouveau dans les années 1990. Naples et Buenos Aires sont deux villes qui se ressemblent : la mentalité, la façon de vivre, la philosophie de vie... Naples a toujours accepté avec un grand enthousiasme les joueurs sud-américains. Maradona a permis le rachat social de toute une ville. Il était le leader de la situation. Les Napolitains en ont fait le porte-parole de tous leurs problèmes. C'est une union indélébile. L'idolâtrie était totale et elle reste encore aujourd'hui, elle dépasse toutes les barrières du simple être humain."

Les Napolitains rendent hommage à Maradona

Crédit: Getty Images

Pour lui rendre l'hommage qu'il mérite, les Napolitains se retrouvent dans plusieurs lieux historiques de la ville depuis plusieurs heures : la rue Scipione Capece, celle où se trouve la maison historique de Maradona, ou encore devant les fameuses fresques murales du côté de San Giovanni et des "Quartieri". Certains ont même décidé, autour d'une simple table posée au milieu d'une rue, de se remémorer les bons souvenirs à l'aide de dizaines de photos du mythe argentin. La trace laissée par le numéro 10 dépasse toutes les frontières possibles et inimaginables. Elle est à son image : débordante, fracassante et presque mystique.

Maradona est élevé au rang de "San Gennaro", le saint patron de la ville. Même si, il est vrai, El Diez n'avait pas grand-chose d'un saint. "Il faut se rendre compte que Diego avait une pression énorme, rappelle Bianchi. Personne au monde n'a jamais eu à supporter ça, ni les politiques, ni les acteurs... Partout où il allait, il était pressé par l'opinion publique, par les supporters, par les gens qui ne connaissaient pas le foot."

Maradona est tout simplement un dieu

De 1984 à 1991, Maradona a réveillé toute une ville. Avec pour armes son génie, son talent et sa personnalité. Il était l'homme du peuple. Et celui napolitain, alors en souffrance, s'est rapidement identifié à lui. "Pour nous, comme pour les Argentins, Maradona est tout simplement un dieu, explique Salvatore Esposito, célèbre acteur napolitain de la série "Gomorra". A Naples, tout le monde grandit avec la légende de Maradona, dans l'espoir de pouvoir imiter ses dribbles. Il a aidé les enfants à avoir un rêve, les écartant ainsi des mauvaises choses qui existent dans toutes les banlieues du monde."

Il a d'ailleurs eu la chance de rencontrer son idole, un "fan" de la série dont il est le grand protagoniste. "C'était un homme au grand coeur, ajoute Esposito. Pour moi, le rencontrer était une émotion incroyable et je suis heureux d'avoir partagé ça avec mon père et ma mère."

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Acheté alors pour 14 milliards de lires par le président Ferlaino, l'Argentin est présenté le 5 juillet 1984 au San Paolo. A lui tout seul (ou presque), il ramène le Napoli tout là-haut, sur le toit de l'Italie. En 1987, le club partenopeo remporte le Scudetto pour la première fois de son histoire, avec en bonus une troisième Coupe d'Italie. Deux ans plus tard, Maradona emmène cette fois les siens sur le toit européen (victoire en Coupe de l'UEFA), avant un nouveau titre de champion d'Italie en 1990. Grâce à lui, Naples n'est plus moquée par les grandes villes du Nord de l'Italie.

"Ensemble, nous avons vécu nos meilleures périodes, ajoute Ottavio Bianchi. Les souvenirs me reviennent au fur et à mesure à l'esprit, depuis hier (mercredi), et ce sont les images les plus belles. On avait l'habitude de le voir chuter puis se relever, c'est arrivé plusieurs fois ces dernières années. Il arrivait toujours à dribbler ses problèmes. Mais pas cette fois...." Durant ses années napolitaines, Maradona inscrit 115 buts sous le maillot azzurro, tous plus mémorables les uns que les autres, en plus d'un lien qui a continué à se tisser entre la ville du Vésuve au fil d'années passionnelles. Comme un héritage inestimable, ce dernier se transmet d'une génération à une autre sans jamais en sauter une.

Apparition divine

Pour Naples, pour ses habitants, le jour tant redouté est donc arrivé, mercredi, aux alentours de 16h. Leur Diego est parti, rejoignant un ciel qu'il a tant côtoyé sur les pelouses. Celle du San Paolo, elle, portera bientôt son nom. La marie napolitaine a confirmé la nouvelle ces dernières heures. D'ici une semaine, le Napoli évoluera au "Stade Diego Armando Maradona". Car oui, cela ne pouvait attendre. Quand on parle de Maradona, tout passe subitement au second plan du côté de la ville de Campanie.

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"Cela me semble tout à fait normal et justifié, c'est le chemin de Maradona qui continue à Naples, raconte Ottavio Bianchi, très touché par la perte de son ancien joueur. Un jour, j'étais en vacances aux Maldives. On visite alors un endroit un peu perdu, où il y avait une cabane avec une famille de 4-5 enfants. Ils avaient une radio et un ballon. Les enfants jouaient avec, et ils disaient : 'Je suis Maradona !'. Là, vous comprenez ce que représente ce joueur."

Mirko, tifoso trentenaire du Napoli, illustre très bien la stature du numéro 10. "Pour nous, il était comme une apparition divine. Quand il est arrivé ici, la ville et la région avaient beaucoup de peine à se remettre du tremblement de terre de 1980. Il a été notre guide, le chef d'armée de tout le monde. Il a tout de suite compris ce que représentait cette ville et ce dont elle avait besoin." Pour Salvatore Esposito, le sentiment est le même. "Il est le plus grand joueur de tous les temps et il a marqué le but du siècle, je pense que ça résume tout. Maradona sera toujours dans mon coeur et dans celui de cette ville." Depuis mercredi, ce dernier peine à battre normalement. Comme en manque d'oxygène. Et surtout en manque de Diego.

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