C'est une histoire contrastée. Avec des moments de rapprochement, de tensions et d'agacement. Diego Maradona et Lionel Messi n'ont cessé d'être liés depuis l'éclosion au plus haut niveau de la Pulga. Comment pouvait-il en être autrement ? On parle de deux génies au même talent ballon au pied. De deux gauchers de petites tailles. De deux monstres du ballon rond venant surtout de la même terre, l'Argentine. Et étant donné la passion de ce pays fou de foot et du culte autour de Diego Maradona, il était impossible de ne pas y voir une filiation. Mais l'ambivalence des sentiments aura toujours guider leurs rapports, le plus souvent au détriment d’un Messi cible des critiques de son illustre ainé.
Dès ses premiers pas dans le monde du football, Lionel Messi a été présenté comme l'héritier du "Pibe de Oro", avec tous les espoirs que cela comporte. Et s'il a su faire fi de cette comparaison avec le FC Barcelone où Leo a tout remporté pour écrire l'histoire en décrochant six Ballons d'or, le natif de Rosario doit vivre avec l'ombre pesante de son illustre prédécesseur à chaque fois qu’il porte le maillot de l'Albiceleste. Mais un constat flagrant qui s'impose toujours : sa cote de popularité n'a jusqu'à présent jamais pu atteindre celle d'El Diez auprès de leurs compatriotes.

Argentina's coach Diego Maradona (L) looks dejected in front of Argentina's striker Lionel Messi

Crédit: Getty Images

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Un protecteur puis de plus en plus virulent

Les raisons sont multiples. C'est une question de personnalités déjà. Le tranquille Messi, qui n'a jamais joué en club dans son pays natal, ne soulève pas les mêmes passions que l’ancien meneur de Naples a pu engendrer au fil de sa vie digne d'un film d'Hollywood avec ses controverses, ses excès et ce désir perpétuel de vouloir attirer l'attention. Sur le plan du football, Messi n'a aussi pas réussi pour le moment à égaler son encombrant prédécesseur aux yeux des Argentins. Si Maradona a porté son pays sur ses épaules pour lui offrir le titre mondial de 1986 avec cinq buts, dont un doublé contre l'Angleterre en quarts de finale avec la "main de Dieu", le Catalan accumule les désillusions en sélection malgré quatre finales, à la Copa America, en 2007, 2015 et 2016, et à la Coupe du monde, en 2014.
our ne rien arranger, cela n'a pas été un long fleuve tranquille non plus entre les deux. Il y a eu des hauts et des bas perpétuels. La faute le plus souvent à des sorties pas toujours très maitrisées de Diego Maradona, amateur de punchlines derrière les micros. Si les comparaisons se sont très vite posées et que beaucoup se demandaient si Messi pouvait l'éclipser des tablettes, Diego Maradona a pourtant d'abord tenté de jouer le rôle de protecteur. Enfin pas toujours. Quelques mois avant sa nomination à la tête de l'Argentine, il avait ainsi lancé une première pique sur Fox Sport. "Parfois, Messi joue pour Messi. Il se sent tellement supérieur qu'il oublie ses compagnons de jeu. C'est le Deportivo Messi."

Maradona et Messi en 2010

Crédit: Getty Images

Mais putain, il est argentin ou suédois?
Mais une fois le costume de sélectionneur de l'Albiceleste sur le dos de 2008 à 2010, Maradona n'a eu de cesse de protéger sa star. Faisant tout pour la placer dans les meilleures conditions. Et lui donnant des conseils. Surtout, il s'est alors efforcé de ne pas attiser les discussions sur les comparaisons avec son meneur. Les années suivantes, ça a en revanche été plus mouvementé. A coup de "Je t'aime, moi non plus" au fil des déclarations. Les premiers temps, Maradona est pourtant resté sur sa ligne protectrice. "On est très injuste avec Messi. Je demande qu'on ait confiance en lui. (...) Ce n'est pas que l'équipe le fasse mal jouer, mais elle ne lui offre pas d'options", lance-t-il dans Olé en 2011. Mais par la suite, il s'est montré plus virulent. Beaucoup plus. Avec son côté cash et sans filtre.
En 2016, Diego Maradona confie ainsi à la légende brésilienne Pelé que Messi est "une bonne personne, mais il n'a pas de personnalité. Il n'a pas la personnalité pour être un leader". Quelques mois avant, il avait déjà été acerbe à l'encontre de son successeur désigné, incapable de faire gagner son pays. "C'est logique de lui tomber dessus, c'est facile. On a le meilleur joueur du monde, qui peut marquer quatre buts contre la Real Sociedad, il vient ici et ne touche pas le ballon. A un moment, on se demande: mais putain, il est argentin ou suédois ?", avant lancé l'ancien sélectionneur après la finale de la Copa América 2015, perdue face au Chili.

Lionel Messi-Diego Maradona

Crédit: Eurosport

C’est inutile de vouloir transformer un homme en caudillo
Rebelote en 2018. Quelques semaines après être monté au créneau pour le protéger ("Je lui conseille de ne plus revenir en sélection. Dans le football argentin, tout est toujours de sa faute, même une défaite de la sélection U15. Il est vraiment temps de lui foutre la paix"), Maradona a remis une pièce dans la machine à polémiques argentine lors d'une émission mexicaine de Fox Sport avec une attaque d'une virulence rare. "C’est inutile de vouloir transformer un homme en caudillo (ndlr : chef de guerre) alors qu’il va vingt fois aux toilettes avant un match. Arrêtons de diviniser Messi" a-t-il glissé. Un mois plus tard, celui qui était alors l'entraîneur des Dorados Sinaloa avait rétropédalé. "Leo est un ami à moi et jamais je ne parlerais mal d'un ami", s'était-il défendu dans une interview publiée dans le journal sportif madrilène Marca, en ajoutant : "Moi, Leo, je l'adore". Du Maradona dans le texte. Si symbolique de sa relation tumultueuse avec son "héritier".
Plus victime qu'acteur au fil des années, Messi n'a jamais voulu alimenter le débat, se contentant le plus souvent de calmer le jeu pour ne pas rentrer dans une guerre par médias interposés avec l'idole de son pays. A l'image de son dernier hommage. "C'est un jour triste pour tous les Argentins et pour le football. Il s'en va mais il ne s'en va pas vraiment, parce que Diego est éternel. Je reste avec tous les beaux moments vécus à ses côtés", a glissé la Pulga après l'annonce du décès de son ancien sélectionneur. Ultime symbole de cette relation "père-fils" entre génies du football argentin, pas très équilibrée.
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