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En Europe, du souci pour les socios

En Europe, du souci pour les socios

Le 26/04/2018 à 22:02

L’initiative écossaise OurFootballClub tente de redonner le pouvoir aux supporters en leur donnant un contrôle quasi-total sur le club. En Europe, cette volonté n’est pas nouvelle. Sauf exceptions, l’actionnariat populaire peine pourtant à s’implanter sur le long terme, du fait de limites sportives ou structurelles.

À l’ère du foot-business, le socio a la cote. OurFootballClub en est le dernier exemple en date. Cette équipe écossaise veut donner le contrôle à ses supporters, en leur promettant une mainmise quasi-totale en échange de quelques livres sterling. L’initiative se veut "révolutionnaire". Avant elle, nombreux sont les clubs en Europe à avoir pourtant tenté de mettre en place un mode d’actionnariat populaire. Du fait de problèmes sportifs ou structurels, peu ont néanmoins subsisté sur la durée.

Lorsqu’on pense à l’actionnariat populaire, on pense évidemment aux socios espagnols. Au Barça ou au Real Madrid, ces supporters possèdent une part de leur club. En échange de plusieurs centaines d’euros par an, les socios ont voix au chapitre dans certaines des décisions importantes du club : depuis 1978, les membres barcelonais votent ainsi pour élire le président. Ils ont également été consultés vis-à-vis de la rénovation du Camp Nou, il y a quelques années. Leur influence est ainsi grandissime sur la politique du club.

L’initiative d’Our Football Club, venue d’Écosse, pousse l’idée encore plus loin. L’équipe fondée par Chris Ewing, ancien footballeur professionnel, promet un contrôle quasi total aux supporters membres, en échange d’une trentaine d’euros seulement par an. Aussi ces socios d’un nouveau genre pourront-ils désigner le conseil d’administration du club, mais ils seront en outre consultés sur le budget, sur le design des maillots et même, à terme, le recrutement. La promesse, en quelque sorte, d’une partie de Football Manager en vrai.

"Nous sommes le Barça"

"Nous sommes le Barça"AFP

Intenable sur la durée ?

Plusieurs initiatives du même genre, bien que moins "extrêmes", avaient déjà vu le jour au Royaume-Uni. Dès août 2007, le projet "My Football Club" lançait une campagne pour réunir au moins 50 000 membres, avec l’ambition de racheter un club. My Football Club est devenu, en 2008, la première communauté en ligne propriétaire majoritaire d’un club, en rachetant 75% des parts d’Ebbsfleet United, club de cinquième division. Le pouvoir de décision des membres, en théorie quasi total, s’est pourtant rapidement étiolé. La promesse avait notamment été faite aux membres de les laisser gérer la composition d’équipe : elle a été rapidement abandonnée.

Surtout, le nombre de membres actifs a rapidement décliné, posant la question de la pérennité de l’initiative. À la fin de l’année 2007, le club comptait près de 50 000 membres. En 2012-2013, ils n’étaient plus que 1000 environ à être actifs sur les forums du site. Le club a fait face à des pertes estimées à 800 000 livres par an à l’époque, s’attirant la colère des fans de la première heure. My Football Club s’est finalement retiré en 2013, en revendant ses parts, mais a depuis investi dans l’équipe de Slough Team, en septième division.

Guingamp novateur en France

En France, les initiatives de ce genre ont été plus mesurées. La loi ne permettant pas l’actionnariat populaire, les clubs intéressés par ce modèle ont dû se débrouiller autrement. Cette saison, l’En Avant Guingamp a ainsi créé les Kalons, une association de supporters actionnaires. Pour 40€, les supporters ont pu rentrer, entre février et avril, au capital de la société anonyme qui gère le club via l’association. Sans pour autant se voir confier un pouvoir de décision crucial.

Le projet Kalon à Guingamp - 2017

Le projet Kalon à Guingamp - 2017Getty Images

Certains dirigeants de clubs en France se disent pourtant favorable à l’ouverture à l’actionnariat populaire. Bernard Caïazzo, président du comité de surveillance de l’ASSE, défendait ce modèle sur notre site il y a un an. "Si vous avez 200 000 socios qui versent chacun 80 euros par an, cela fait un apport de fonds non négligeable", argumentait-il. Pourtant, impossible en France qu’une personne physique devienne actionnaire, à moins d’introduire le club en bourse. Ce que Saint-Etienne, comme la grande majorité des clubs français, n’était pas prête à faire : "Être actionnaire de l'ASSE, c'est une motivation d'appartenance. C'est une démarche communautaire, mais pas capitalistique", expliquait Bernard Caïazzo.

Le modèle allemand

Les socios se sont donc rassemblés, en France, en se dissociant des clubs. L’une des initiatives les plus célèbres reste l’association "À la Nantaise", qui compte plus de 5000 membres. Via une société par actions simplifiée (SAS), À la Nantaise espère prendre une participation dans le capital du club au prochain changement de propriétaire afin de faire valoir ses idées, et promouvoir le caractère "ouvert et familial" du FC Nantes. Des groupes similaires ont vu le jour autour du PSG ou de l’AS Nancy-Lorraine. Sans grandes répercussions pour l’instant, d’autant que ces associations sont le plus souvent vues d’un mauvais oeil par les clubs.

Le modèle de l’actionnariat populaire n’est pourtant pas voué à l’échec, en témoigne le modèle allemand. Depuis 2002, une règle émise en Bundesliga stipule que 50%+1 des clubs doivent appartenir à leurs membres. Impossible donc en Allemagne d’assister à la prise de contrôle totale d’un club par un investisseur privé, au contraire de l’Angleterre par exemple. Aussi le Bayern est-il détenu à 90% par un actionnariat populaire d’environ 190 000 membres. Vu la santé financière du champion d’Allemagne, cela pourrait donner des idées à certains.

Supporters FC Nantes

Supporters FC NantesAFP

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