Paradoxal. En 2015, sa mise en examen avait suscité sa mise à l’écart de l’équipe de France. En 2021, sa condamnation ne s’accompagne pas du même effet. Karim Benzema a été reconnu coupable de complicité de tentative de chantage sur son ancien coéquipier, Mathieu Valbuena, ce mercredi, par le tribunal correctionnel de Versailles. L’attaquant du Real Madrid a écopé d’un an de prison avec sursis et de 75 000 euros d’amende. Mais il reste donc sélectionnable.
Noël Le Graët avait prévenu dans les colonnes du Parisien, il y a deux semaines : "Le sélectionneur (Didier Deschamps, NDLR) restera toujours responsable de sa sélection, et Benzema ne sera pas exclu par rapport à une éventuelle sanction judiciaire. Même s’il écope d’une peine de prison avec sursis." Le président de la FFF ajoutant qu’il resterait à Karim Benzema "la possibilité de faire appel d’une condamnation". Intention bel et bien formulée depuis par les conseils du joueur de 33 ans.

Benzema n’est pas écarté, indépendamment de l’appel

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Contacté par L’Equipe mercredi, Le Graët a réaffirmé sa position : "Il n’y a aucun changement. Il [Benzema] reste sélectionnable, tout en regrettant ce fâcheux dossier." Même si Benzema ne fait finalement pas appel, son avenir sous le maillot frappé du Coq n’en sera pas obstrué. "Pour moi, cela ne change rien, il a le droit de travailler. On peut faire une faute, être condamné avec sursis et reprendre le travail", explicite celui qui est à la tête de la fédération depuis 2011.
"L’affaire de la sextape" - qui ne connaît donc pas encore son épilogue absolu - avait suscité la mise entre parenthèses de la carrière internationale de Benzema, il y a six ans. Mis en examen le 5 novembre 2015, il avait été déclaré "plus sélectionnable (…) jusqu’à nouvelle instruction" par Noël Le Graët. Mais si la traversée du désert bleu de "KB(1)9" a été si longue, ce n’est pas seulement dû au terrain judiciaire.

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Sans lui, ça a marché…

Il y a eu le rectangle vert. Avec une montée en puissance de l’équipe de France, sans lui, au printemps 2016, la victoire 4-2 contre la Russie en point d’orgue. Une bonne dynamique confirmée lors d’un Euro réussi, qu’André-Pierre Gignac aurait pu, à quelques centimètres près, rendre triomphal. Le titre mondial de 2018 a sublimé l’équilibre collectif trouvé par Deschamps, sans Benzema.
Il y a eu une rancœur tenace entre deux hommes, aussi. L’un accusé d’avoir "cédé sous la pression d’une partie raciste de la France", l’autre convaincu qu’évoquer le critère "sportif" comme raison de son absence n’était pas cohérent. Le tout a donné lieu à cinq ans et demi sans Benzema avec les Bleus. Jusqu’à ce que Deschamps couche son nom sur sa liste pour l’Euro, le 18 mai 2021.
Il n’est pas question que la fédération prenne une décision qui serait plus forte que la justice
Depuis, l’avant-centre tricolore est devenu une pièce-maîtresse du dispositif de l’ancien coach de l’OM. Un statut d’indéboulonnable que Le Graët a mis en avant ce mercredi : "Je suis content du joueur. Il est performant, il se conduit parfaitement bien." Ajoutant, dans une formule renforçant le paradoxe qui caractérise la comparaison de ses deux décisions, espacées de six ans : "Il n’est pas question que la fédération prenne une décision qui serait plus forte que la justice."
"Il a été suffisamment martyrisé depuis cinq ans pour qu’on y ajoute une augmentation de peine", a même appuyé l’ex-président de l’En Avant Guingamp dans des propos rapportés par RTL, concernant l’attaquant aux 36 buts en 94 sélections. "Il n’est pas question que la FFF prenne une sanction contre Benzema", insistant-il.
Outre le questionnement sur la pertinence d’écarter un homme en attendant qu’une situation soit clarifiée, puis de lui maintenir sa confiance quand la situation se clarifie et l’incrimine, il y a l’aspect moral. La culpabilité de Benzema est décrétée par un tribunal. Le Graël assume d’en faire fi : "Les critiques, j’en ai reçu dans ma vie. J’ai 80 ans bientôt et je suis encore debout."

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