A une cinquantaine de secondes près, tout ce beau monde a failli avoir tort. Sur toute la ligne. Et pour l'éternité. Avouez tout de même que cela aurait été dommage. Gâcher une telle odyssée pour quatre-vingt-dix minutes d'égarement eut été un véritable crève-cœur. L'occasion nous semblait unique, à l'époque. C'était avant que Didier Deschamps, encore et toujours lui, ne remette les Bleus sur le toit du monde par un beau dimanche moscovite, quoi que pluvieux, en 2018.

Euro 2000
Quiz - 20 ans après, vous souvenez-vous de tous les joueurs de la finale France - Italie ?
01/07/2020 À 22:38

Le 2 juillet 2000, sur les coups de dix heures moins le quart, DD, version short et brassard autour du bras, n'imaginait pas encore la suite. En revanche, il soupesait alors parfaitement ce qui était en train de lui passer sous le nez. Si Sylvain Wiltord n'était pas sorti de sa boite au moment opportun et n'avait pas invité l'Italie à reboucher le champagne, on ne célébrerait rien du tout et cette semaine de remémoration sur Eurosport.fr n'aurait jamais existé, sinon de l'autre côté des Alpes, chez nos amis d'Eurosport Italie.

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Au cœur d'un pays biberonné depuis le 12 juillet 1998 au résultat et au pragmatisme, on se remémorerait vaguement une occasion ratée au terme d'un tournoi longtemps accompli mais gâché sur le fil, par une équipe qui n'avait pas forcément prévu d'emprunter l'issue de secours, habituée qu'elle était depuis deux ans à entrer et sortir par la grande porte, à tout moment.

Et puis, il y a eu l'Italie. Cette forteresse transalpine qui, une fois installée aux commandes, n'a jamais songé les lâcher. Et a tenu jusqu'au bout du bout. Heureusement, vous connaissez la fin de l'histoire et la bande à Roger Lemerre est repartie au pays avec le trophée sous le bras, l'immortalité en bandoulière.

Plus qu'un palmarès

Il n'a pas fallu bien longtemps pour se rendre compte que la trace de ces Bleus ne s'arrêterait pas à la lecture du palmarès du Championnat d'Europe des Nations. Le monde, hormis peut-être du côté du Brésil où la presse s'était montrée un brin tatillonne et critique au lendemain du doublé bleu, a rapidement fait allégeance à cette France, devenue flamboyante tout en étant restée léthale.

Avec le recul et deux décennies de plus dans le cornet, que reste-t-il de cette équipe de France de 2000 ? Que reste-t-il d'un été qui ne fut pas le premier ? Parce qu'il y avait eu 1984 et la bande à Platini. Parce qu'il y avait eu 1998 et la solidité de la troupe à Jacquet, elle aussi titrée à la maison. Parce qu'il y a eu un après et deux finales mondiale et continentale de perdues avant le sommet de Moscou, en 2018.

En près de quarante ans, la France s'est écrite une glorieuse histoire, elle qui traînait plus souvent sa peine aux quatre coins de la terre qu'elle ne bombait le torse sur les sommets de la planète. Jamais, elle n'a été si forte qu'en terre belgo-néerlandaise au tournant du nouveau millénaire. Jamais, elle n'a autant posé sa patte sur le terrain. Si la France de Michel Platini fut flamboyante et belle sur le pré, à travers son maître à jouer et un carré magique cinq étoiles, la France de 2000 fut d'une force exceptionnelle, à travers un collectif sans défaut. Peut-être pas la plus belle. La meilleure, à coup sûr.

Bixente Lizarazu, membre éminent de cette sélection d'exception de 1992 à 2004, a tout connu sous la tunique tricolore. Si vous lui demandez de choisir entre 1998 et 2000, son cœur penchera pour la version Jacquet. Parce qu'il préférera toujours la sécurité que dégageaient les Bleus de Jacquet à la confiance dont étaient remplis ceux de Lemerre. On peut suivre et aisément comprendre le raisonnement du Basque bondissant qui, faut-il le rappeler, a aussi vécu la suite et le naufrage sud-coréen alors qu'il n'a jamais perdu un seul match en bleu quand ses partenaires de derrière se prénommaient Fabien, Lilian, Marcel et Laurent.

Départager 1998 et 2000 ?

Est-il véritablement possible de départager 1998 et 2000 ? A-t-on le droit de penser que la génération 2000 aurait roulé sur le Mondial 1998 et que le contraire n'aurait pas été forcément vrai ? Didier Deschamps n'avait pas attendu bien longtemps avant de le faire. A la question d'un confrère de France Football qui, en décembre 2000, lui avait demandé s'il était possible de faire un "distinguo" entre les champions du monde et d'Europe, le futur sélectionneur des Bleus avait répondu ceci : "Oui, quand même. Même si l'une est dans la continuité de l'autre. Le potentiel de la France 2000 était largement supérieur à celui de France 98. L'acquis défensif, on l'avait. Mais, pour l'Euro 2000, on avait aussi des joueurs fabuleux devant, qui donnaient une grande variété sur le terrain ou sur le banc."

Si l'équipe de Roger Lemerre a naturellement penché vers l'avant, parce qu'elle possédait une force offensive sans commune mesure, et avait décidé de faire plier ses adversaires en marquant un but de plus qu'eux plutôt que d'essayer d'en prendre un de moins, ce n'est pas forcément ce qui fait d'elle la meilleure équipe de France de l'histoire. Ce qui la classe tout en haut, c'est la plénitude absolue qu'elle a dégagée tout au long d'un mois d'Euro encombré. Aimé Jacquet parlait il y a très longtemps "d'amalgame de l'imagination, de l'intuition à la française et de la rigueur". Le natif de Sail-sous-Couzan, homme de peu de mots, sauf ceux qu'il faut, avait alors tout résumé en un bout de phrase.

Cette équipe de France 2000 a réussi cet amalgame et, crainte mais chassée par le monde entier, est allée au bout de son rêve et d'un doublé inédit, puisqu'aucun champion du monde n'avait ajouté un sceptre continental à une couronne planétaire. De par la configuration de l'Euro, longtemps resserré, élargi en 1996 mais d'une densité sans commune mesure, c'était une gageure. L'équipe de France a brillamment relevé le défi en battant le Danemark et la République thèque - 2e du classement FIFA en 2000 - puis l'Espagne, le Portugal et l'Italie.

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De ces matches, hormis de la finale, ovni d'un tournoi accompli, il reste l'image d'une équipe sûre de sa force, qui s'assume et qui va de l'avant, avec un chef d'orchestre au sommet de son art, Zinédine Zidane, et des musiciens de talent. Sur la route de la finale, les Bleus ont toujours pris les choses en main et jamais cédé d'un pouce. En plus d'une qualité de jeu d'exception, ils ont fait montre d'une force mentale à toute épreuve. L'Italie en étant la preuve ultime et absolue. Par l'absurde.

Alors oui, il y a un trompe-l'œil et ces scores invariablement serrés. Ce chapelet de 2-1 qui cache des scénarios divers et variés. Mais qui, en rien, ne gâche l'accomplissement ultime de cette équipe. L'Espagne de 2010 n'a-t-elle pas gagné la Coupe du monde en remportant ses quatre matches à élimination directe sur le score invariable de 1-0 ? Sa trace n'en reste pas moins exceptionnelle et unique.

Celle des Bleus l'est tout autant.

Le quart de finale face à l'Espagne fut un récital doublé d'un combat d'exception et d'une lutte face aux vents contraires, symbolisés par les coups de sifflets aléatoires - une fois n'est pas coutume - de Collina. Le Portugal, une course contre la montre et contre le score, dont les Bleus sont sortis vainqueurs au prix d'une prestation de haute volée et sans se renier. En finale, aussi, les Tricolores ne se sont pas désavoués. Ce qui a failli leur coûter cher. Cela n'a finalement fait qu'embellir le dernier chapitre, offrant à l'histoire le formidable épilogue qu'elle méritait.

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