"Giroud, blesse toi stp". La violence absolue de cette pancarte brandie devant l’hôtel des Bleus lundi matin tranchait avec le visage absolument innocent du gamin qui la tenait entre les mains. Mais elle en dit long sur la défiance du public français à l’égard d’Olivier Giroud. L’avant-centre d’Arsenal est devenu la tête de Turc du public tricolore. Deux heures après la fin du match face au Cameroun, il restait le sujet de conversation numéro 1 en France sur Twitter (130 000 tweets) devant Dimitri Payet (88 000) et, pour avoir jeté un coup d’œil aux conversations, son but à la Beaujoire n’a pas franchement fait basculer l’opinion dans son sens. La preuve en deux tweets sans équivoque.

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31/05/2016 À 07:11

Sifflé à Nantes, comme il l’avait été au Stade de France en mars face à la Russie (4-2) ou à l’hippodrome de Vincennes vendredi, il charrie avec lui toute une rancœur difficilement justifiable. Que reproche-t-on exactement à Giroud ? C’est un mystère que j’ai essayé de percer avant le coup d’envoi de la rencontre en allant à la rencontre du public nantais. "Il est nul", "il a pris la place de Ben Arfa - Benzema" (au choix) sont les réponses qui sont revenues le plus souvent à mes oreilles. Décortiquons donc ces griefs.

  • "Il est nul" est un argument difficilement recevable même s’il recouvre une part importante de subjectivité. Sans vous noyer sous un déluge de statistiques, sachez simplement qu’il reste sur cinq buts lors de ses quatre dernières titularisations en équipe de France. Le match à Nantes est significatif : Giroud a marqué sur sa seule occasion avant la pause. Mais, à sa sortie du terrain, la Beaujoire a préféré retenir son face-à-face raté en seconde période. Voilà qui est profondément injuste. Deschamps demande à Giroud d’être décisif, il l’est. A titre de comparaison, en 48 sélections, le Gunner a déjà inscrit plus de buts (15) que Nicolas Anelka en 69 capes (14) et autant que Karim Benzema avec moins de titularisations.

Bien sûr, l’année 2016 de Giroud avec Arsenal est plus délicate mais il a aujourd’hui apporté suffisamment de garanties avec Didier Deschamps pour que son statut et son niveau ne soient pas remis en cause à chaque nouveau rassemblement. Benzema a longtemps été confronté à la même vindicte populaire. Il faut un bouc émissaire. Le poste d’avant-centre est le plus exposé donc le plus facile à remettre en cause. Demandez donc à Christophe Dugarry à l’orée du Mondial 1998. Mais si Benzema a connu quelques disettes inquiétantes, si le manque d’efficacité de Dugarry avait de quoi irriter, il n’en est rien de Giroud.

  • "Il a pris la place de Ben Arfa et (/ou) Benzema." Voilà qui est encore plus injuste. Quelle est la responsabilité de Giroud dans l’absence des deux anciens Lyonnais ? La réponse est simple : nulle. C’est un choix de Deschamps et Giroud n’a rien à voir dans l’affaire. D’ailleurs, le sélectionneur a toujours été fidèle à Giroud avec ou sans Ben Arfa et Benzema dans ses listes. Le Savoyard n’a volé la place de personne. Les circonstances l’ont simplement fait grimper d’un rang dans la hiérarchie. Rappelons qu’il s’était installé comme l’indéboulonnable numéro 2 au poste d’avant-centre depuis les années Laurent Blanc.

Benzema remplace Giroud lors d'un match des Bleus

Crédit: AFP

André-Pierre Gignac ne souffre pas des mêmes maux, lui qui n’a pourtant pas toujours été épargné à Marseille. Parce que, désormais, seules ses frappes en pleine lucarne traversent l'Atlantique. Et il bénéficie de la défiance envers Giroud en apparaissant aujourd’hui comme le recours. Les virages de la Beaujoire ont d’ailleurs fêté son entrée en jeu comme une délivrance. Comme le Stade de France, versatile à souhait, se félicitait à certaines périodes de l’entrée en jeu de… Giroud quand Benzema piochait.

Ce qui ressemble parfois à un délit de belle gueule est contre-productif puisque, quoiqu’il se passe à Metz et sauf blessure, Giroud débutera l’Euro en pointe du onze de Didier Deschamps. C’est cruel pour lui mais c’est aussi embêtant pour Deschamps et l’équipe de France. Si Benzema n’est pas du voyage, c’est, entre autres, parce que la FFF et son sélectionneur voulaient une union totale derrière les Bleus. Aujourd’hui, elle existe. La ferveur de Biarritz et la Beaujoire en sont les meilleurs exemples. Reste cette épine dans le pied. Mais ces critiques reposent sur si peu d’arguments convaincants qu’un but face à la Roumanie permettrait de les dissiper sans mal.

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