Tout n'était pas parfait mais l'équipe de France avait traversé les trois ans qui séparaient la Coupe du monde de l'Euro avec une vraie sérénité. Ce n'était pas toujours flamboyant mais la solidité des Bleus les plaçait logiquement favoris à l'heure de prendre les paris. D'autant que le retour de Karim Benzema ajoutait sa dose de frissons à un équipe qui en manquait parfois. A l'arrivée, tout s'est écroulé dans une folle soirée face aux Suisses. Comment les champions du monde ont-ils pu en arriver là ?

Deschamps s'est perdu

Equipe de France
Zidane ne ferme pas la porte au PSG... mais vise surtout les Bleus
23/06/2022 À 06:28
Didier Deschamps a toujours fonctionné ainsi. Il met en place, corrige et, généralement, s'en sort bien. Pour la première fois depuis qu'il est aux commandes de l'équipe de France, le sélectionneur national est tombé de son piédestal. Ses ajustements se sont transformés en égarements. Parti avec l'idée fixe de mettre son attaque dans les meilleures conditions - idée qui ne datait pas du retour de Karim Benzema -, il a fait tourner le monde autour de son trio. Et a fait le contraire de ce qui avait fait sa force jusqu'ici. A savoir : solidifier ses arrières. A l'arrivée, Didier Deschamps a semblé courir derrière une histoire qui lui échappait. Du jamais vu à cette échelle et concernant le patron des Bleus.

Deschamps doit-il rester ? "Si la règle est respectée, il doit quitter les Bleus"

Un groupe moins à l'unisson

Il serait faux d'écrire que le groupe a explosé, que chacun a joué sa partition. Mais il est clair que l'ambiance n'était pas la même qu'en Russie. Si Paul Pogba a joué son rôle de rassembleur, les 26 se sont souvent scindés en petits groupes (Mbappé - Benzema d'un côté, Griezmann de l'autre par exemple) et les conditions imposées par la crise sanitaire (hôtel de centre-ville, impossibilité de voir les familles ou de prendre l'air) n'ont pas aidé à leur épanouissement. Le forfait d'Ousmane Dembélé, un des ambianceurs du groupe et l'un de ceux qui pouvaient faire le lien entre les différents clans, a coûté cher dans la vie de bande. Et le principe même de cette liste de 26, qui, de fait, laisse plus de monde sur le bord de la route les jours de match, a enlevé un peu de légèreté et d'insouciance à un groupe où certains ont trouvé le temps très long.

Benzema et Giroud à l'entrainement

Crédit: Getty Images

Benzema chamboule les équilibres

Le retour de Karim Benzema est validé par son Euro réussi (quatre buts en quatre matches) et après avoir sauvé les Bleus face au Portugal (2-2), il a bien failli récidiver en 8e de finale. Mais intégrer un joueur de cette trempe avec un profil technique si différent de celui qui le précédait (Olivier Giroud) a forcément bousculé les équilibres et les statuts. Giroud en fut la première victime, sa sortie après France – Bulgarie ("des fois on fait des courses mais les ballons n'arrivent pas") a allumé un premier feu et vexé Kylian Mbappé. Avec Benzema, le crack de Bondy s'est trouvé un vrai complice en dehors du terrain. Une entente qui a parfois semblé marginaliser Griezmann dont les relations avec Mbappé étaient déjà fraîches.

"Deschamps et les Bleus se sont laissés aveugler par le trio offensif et ses promesses"

Les épisodes des penalties ou des coups francs, dont l'identité des tireurs est restée floue jusqu'au bout, ont ajouté de l'incompréhension autour du duo et incarné les luttes de pouvoir au sein de l'équipe. Plus embêtant, hormis la seconde période face aux Suisses, le trio n'a jamais joué à l'unisson et l'obstination de Deschamps à vouloir les mettre dans les meilleures conditions a fini par noyer l'équilibre collectif. Le centre de gravité s'est déplacé vers l'attaque. Les Bleus ont perdu leur cohérence et leur solidité. Sur le terrain, les zones d'influence d'Antoine Griezmann et Karim Benzema se sont chevauchées et le Barcelonais n'a pas eu son influence habituelle. Or, sans un grand Griezmann, ce n'est définitivement plus la même équipe.

Préparés comme il le fallait ?

L'Allemagne fut leur chef d'œuvre. La Hongrie, le début de la fin. De Munich, où ils ont réussi une prestation XXL tactiquement comme physiquement, à ce deuxième match face à la Hongrie, sous une température caniculaire, où ils se sont liquéfiés, quatre jours s'étaient écoulées. Didier Deschamps a expliqué qu'il était difficile de prédire la météo, il n'empêche : ce match a cassé les Bleus, physiquement. Et instillé le doute, mentalement. Et c'est à partir de là que tout a commencé à aller de travers.
Au total, neuf joueurs ont eu un pépin entre le début de la préparation et le dernier match face à la Suisse, c'est assez conséquent. Si certaines blessures, comme la béquille reçue par Benzema face aux Bulgares, n'est aucun cas imputable à la préparation physique, les pépins musculaires, eux, laissent planer le doute. Oui, la saison a été longue et unique en raison du covid. Mais est-elle seule responsable ? La FFF va se pencher sur le sujet, assurément.

Thomas Lemar a quitté l'entrainement des Bleus en boîtant

Crédit: Getty Images

Des cadres en retrait

C'est peut-être une conséquence du point précédent : quand vous êtes moins bien, il est plus difficile d'en demander plus à vos troupes. Néanmoins, on retiendra de cet Euro 2020 disputé en 2021 que les têtes d'affiches russes ont failli. Hormis Paul Pogba, qui a pris une ampleur conséquente lors de cette compétition. Déjà transformé en Russie, il a poursuivi sur sa lancée : de Munich à Budapest, il fut le lien entre tous les joueurs et le plus vocal de tous. Les autres membres de la colonne vertébrale bleue ont déçu : Hugo Lloris est resté neutre, Raphaël Varane n'a pas fait mieux et quant à Antoine Griezmann, s'il est un leader par l'exemple en temps normal, il s'est complètement effacé devant les revendications à peine voilées de certains de ses coéquipiers. Il y a perdu. Toute l'équipe y a perdu.

Presnel Kimpembe et Raphael Varane perdus après l'élimination de la France

Crédit: Getty Images

Euro 2020
Mbappé reprend Le Graët : "Il considérait qu’il n'y avait pas eu de racisme après l'Euro"
19/06/2022 À 13:22
Coupe du monde
Zidane : "Bixente est le seul qui aurait pu me contenir"
19/06/2022 À 11:10