"Je pense que les deux équipes ont permis à de nouveaux joueurs de progresser et de venir renforcer leur noyau. La France et la Belgique sont deux équipes qui se connaissent bien et qui partagent toutes les deux des bons souvenirs de cette Coupe du monde 2018. J'ai hâte d'affronter à nouveau la France et d'ajouter un nouveau chapitre à cette confrontation." C’est par ces mots que le (toujours diplomatique) sélectionneur des Diables Rouges, Roberto Martinez, tentait de minimiser la dualité entre Belges et Français au jour du tirage des demi-finales de la Ligue des Nations qui auront lieu en octobre 2021.
Il faut dire que Thibaut Courtois, l’homme qui a ouvert la boîte de pandore le 10 juillet 2018, n’avait pas été tendre avec les Bleus. Depuis, le gardien du Real Madrid y est revenu, parlant de réaction "exagérée" et repoussant l’expression qui avait un temps remplacé le drapeau de la Belgique sur Twitter : "Tu es en demi-finale d'un Mondial pour la première fois de ta vie, tu perds 1-0, tu es forcément fâché. Ce n'est pas le 'seum' : c'est juste que tu es déçu et que tu veux gagner..."
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Ceci dit, comme le souligne Stephan Streker, réalisateur de films et l’un des principaux consultants de la Radio Télévision Belge pendant l’Euro 2020, cette rivalité est récente : "Il n’y a pas toujours eu cette rivalité entre Belges et Français parce que quand j’ai commencé à m’intéresser au football, la Belgique était tellement supérieure à la France que nos rivaux étaient les Néerlandais, qui nous étaient d’ailleurs largement supérieurs. En équipe nationale, nous étions largement supérieurs dans les années 70 alors que la France ne valait quasiment rien du tout à ce moment-là."

Un sentiment d'infériorité ?

D’où vient alors cette hostilité qu’ont les Belges envers les Bleus de Didier Deschamps ? "Cela s’explique par le fait qu’on a eu simultanément deux générations exceptionnelles" poursuit le cinéaste belge. "C’est plus logique pour la France car c’est une grande nation. Pour la Belgique, c’est plus exceptionnel. Il faut rappeler que la Belgique, au niveau du potentiel théorique, c’est la même chose que la Bretagne ! Donc, le fait que 'la Bretagne' parvienne à être en opposition avec une toute une grande nation comme la France, c’est quand même assez impressionnant."
Historiquement, le Belge a toujours eu un rapport égotique dans sa façon de se comparer au Français, ce qui explique le complexe de supériorité qu’il pense qu’on lui impose. Des expressions dédiées fleurissent, comme "les frouzes" lorsqu’on parle d’un habitant de l’Hexagone dans le plat pays.

Eden Hazard lors du match amical opposant la Belgique à la Croatie, le 6 juin 2021

Crédit: Getty Images

Il faut dire que la Belgique entretient un paradoxe saisissant avec son voisin : elle l’écoute, le lit, le voit, l’entend à travers la presse, la radio, la télévision mais se sent toujours inférieure à lui. Elle se compare sans remise en contexte, ni recul, puis elle complexe. Comme si elle devait se justifier et opiner du chef lorsque le Français - grossi de suffisance et d’une confiance boursouflée - lui rappelait constamment à quel point l’histoire de son pays est grande comparé à la sienne. Ce sentiment d’infériorité peut aussi s’exprimer à travers Bleus et Diables.
De passage à Lyon la semaine dernière pour l’avant-première de son nouveau film "L'ENNEMI", Stephan Streker a pu ressentir cette impression de toute puissance lorsqu’il a évoqué l’équipe de France : "Pour eux, il n’y a aucun doute sur le fait que la France va être championne d’Europe or c’est beaucoup plus compliqué que ça et il y a quand même un risque qui est pris, poursuit-il. C’est une sorte de bizarrerie qui consisterait à ce que tout autre résultat qu’une victoire finale sera considérée comme une anomalie et ça, c’est une situation qui n’est pas très avantageuse..."

Le fantasme d'une finale de rêve à Wembley

D’ailleurs, la sélection surprise de Karim Benzema a beaucoup fait parler en Belgique et ne laisse personne indifférent. Eden Hazard, son coéquipier au Real Madrid n’a pas manqué de le souligner en conférence de presse : "On a déjà perdu une demi-finale de Coupe du monde sans lui contre la France (sic). Ils seront encore plus forts avec lui et ce sera encore plus difficile. Mais nous allons relever le défi."

"C'est un message qu'on peut passer aux Bleus : Soyez confiants, mais ne le soyez pas trop"

Une analyse partagée en Belgique même si l’avis de notre observateur Stephan Streker se veut plus nuancé : "Je rappellerais quand même que la France est championne du conde sans lui et que donc, par la présence de Benzema qui est un énorme joueur, Didier Deschamps - contrairement à ce qu’on raconte - prend un risque parce que maintenant et en France particulièrement, tout autre résultat qu’une écrasante victoire à l’Euro serait considérée comme un échec."
Assez unanimement, la Belgique du football - qu’ils soient des experts ou de simples supporters - fantasme et s’excite à n’en plus finir sur une finale entre voisins à Wembley. Conjurer le sort et célébrer la victoire des Diables Rouges à l’Euro 2020 pour qu’elle devienne l’enfant de la demi-finale perdue en 2018 face à la France, cette projection constitue un rêve réel, même une obsession chez certains. Dans leur esprit, Didier Deschamps a magnifiquement appris de ses échecs en 2016 face au Portugal comme coach et comme joueur lors de la défaite face à la Bulgarie en 1993 : Roberto Martinez doit s’en inspirer.
Tellement proches mais si éloignés à la fois, ces pays frontaliers aiment à se détester mais ne peuvent se passer l’un de l’autre. Attachés sur une même ligne telle le ruban de Möbius, ils sont inséparables. Deux perruches s’enorgueillissant de ce qui les sépare comme de ce qui les construit. Au final, n’est-ce pas cela la définition de l’amour universel ?
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