Le paradoxe est que les tournois internationaux, grands et moins grands, n'ont jamais vraiment réussi au Soulier d'Or de la Coupe du Monde de 2018. Oui, il est bien question de Harry Kane, qui marqua la moitié des douze buts anglais grâce auxquels la sélection de Gareth Southgate atteignit les demi-finales en Russie. Certes, trois de ces buts étaient des pénaltys - deux contre Panama en phase de groupe, un contre la Colombie en huitième de finale. Mais de même que l'on met pas de côté les six pénaltys transformés par Zinédine Zidane lorsqu'on dresse le bilan de ses douze années passées avec les Bleus, il serait absurde de faire autrement quand il s'agit de l'avant-centre des Three Lions. Le problème est ailleurs.

Sancho en tribunes et Kane fatigué : que se passe-t-il chez les Three Lions ?

Kane, qui, ce mardi contre les Tchèques, disputera son septième match à un Euro, n'a pas encore trouvé la cible en deux participations à ce tournoi. Sélectionné douze fois dans des matches de Nations League, il n'a marqué qu'un seul but dans une compétition que l'Angleterre avait pris très au sérieux dès sa première édition (ce qui lui valut d'ailleurs d'en finir troisième). Autrement dit, dans ce contexte compétitif avec les Three Lions, Kane est très loin d'avoir un rendement comparable à celui qui est le sien lors des phases de qualification et des matches amicaux (*). Lors de ses apparitions à Wembley contre la Croatie et l'Ecosse, il n'a pas cadré la moindre frappe, et la surprise n'est pas qu'il ait été remplacé les deux fois, mais que Gareth Southgate attendit les 82ème et 74ème minute pour ce faire.
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08/09/2021 À 20:43
Transparent dans le jeu, rarement sollicité (et presque jamais dans la surface adverse), incertain et malhabile dans ses gestes et ses choix les rares fois où il hérita d'un ballon digne de ce nom, Kane n'avait été que l'ombre de l'avant-centre qui acheva l'exercice 2020-21 sous le maillot des Spurs avec 33 buts et 17 passes décisives à son crédit, un bilan d'autant plus remarquable qu'il avait dû évoluer au sein d'un club et d'une équipes en crise. Alors, subit-il aujourd'hui le contrecoup des efforts consentis lors de cette saison qui ne ressemblait à aucune autre ? Après tout, il ne serait pas le premier footballeur de Premier League à se présenter éreinté à une grande compétition.
Mais lorsqu'on compare son temps de jeu à celui des autres grands numéros 9 présents à l'Euro et qui, tous, paraissent bien plus vifs que lui, on constate que sa charge de travail n'a pas été significativement plus conséquente que la leur. Il compte 43 titularisations avec Tottenham, exactement autant que Karim Benzéma avec le Real Madrid, une de plus qu'Insigne avec Naples, deux de plus que Cristiano Ronaldo avec la Juve, tandis que Lukaku et Lewandowski pointent à quatre et cinq longueurs de lui. Ceci n'explique pas cela.

L'été 2021, un tournant de sa carrière

Kane n'a pas non plus été freiné par une blessure comme cela a pu être le cas auparavant. Ses chevilles, toujours fragiles, ne l'ont empêché de jouer que trois rencontres en 2020-21, et il acheva d'ailleurs sa saison en club avec un but et une passe décisive pour les Spurs dans leur victoire 4-2 contre Leicester City. Rien ne laissait présager que ce serait un Kane diminué qui aborderait cet Euro. Rien, si ce n'est qu'il se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins - ou plutôt, au bord d'un chemin qu'il s'est refusé d'emprunter jusque-là, mais qu'il ne peut plus se permettre d'ignorer.
Ce chemin est celui qui le mène hors de Tottenham, le club qu'il rejoignit il y a dix-sept ans de cela. Il en aura 28 en juillet. Attendre n'est plus une option quand on est le meilleur buteur anglais de sa génération et qu'on n'a qu'une place de finaliste de la Ligue des Champions à son palmarès. Sa destination pourrait être Manchester United, ou Manchester City, ou la Juve, ou Chelsea ou qui que ce soit d'autre qui soit en mesure de mettre 120m€ ou plus sur la table. Kane les vaut. Il sait les valoir. Il sait qu'on le veut. Il est tenté comme il ne l'a jamais été auparavant. Il regarde autour de lui et voit un Tottenham qui s'apprête à disputer la Europa Conference League, et qui, deux mois après le licenciement de José Mourinho, n'a toujours pas d'entraîneur.
Pochettino ne reviendra pas. Nagelsmann allait toujours choisir toujours le Bayern. Antonio Conte a dit 'non', tout comme Paulo Fonseca, qui se retira du jeu alors qu'on croyait qu'un accord avait été trouvé. Gennaro Gattuso, dont les supporters de Tottenham ne voulaient pas, de toute façon, a finalement été écarté par Daniel Levy. On parle maintenant, dans le plus grand désordre, d'Ernesto Valverde, Ralph Rangnick (pas pour la première fois), Erik ten Hag et Nuno Espirito Santo. Tout cela, ce cirque, cette farce, Kane en est le témoin comme nous autres. On peut comprendre ses envies d'ailleurs. On peut aussi comprendre comment et combien ce tumulte peut l'affecter, pourquoi le Kane que nous avons vu avec l'équipe d'Angleterre a donné l'impression de ne pas être totalement 'là', alors que nous ne sommes plus qu'à moins de huit semaines du coup d'envoi de la nouvelle saison.

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Avec les Three Lions, un jeu qui ne lui correspond pas

Et puis il y a le jeu de cette équipe d'Angleterre, qui n'en est encore qu'au stade de l'ébauche à certains égards, mais dont on devine les contours espérés, et dans lequelle la place de son capitaine est devenue difficile à cerner. Même s'il est redoutable dans le jeu aérien, Il n'a jamais été un numéro 9 coulé dans le moule traditionnel du centre-forward à l'anglaise. Il est trop subtil pour cela. Avec son club, on le voit décrocher, non pas pour aller chercher les ballons qui ne lui parviennent pas, mais pour orienter le jeu à la manière d'un numéro 10, ce qu'il fait admirablement. Peut-être lui manque-t-il l'accélération que possèdent d'autres attaquants - mais il n'en est pas beaucoup qui aient une palette aussi large que la sienne.
Or cette complétude, si elle a fait le bonheur de Tottenham, ne s'incrit pas naturellement dans le projet actuel de l'Angleterre, et pas seulement parce que Gareth Southgate ne peut faire appel à Son Heung-Min, le complément idéal de Kane, lui aussi finisseur et créateur. Southgate se repose avec raison sur un groupe de jeunes attaquants dont les vertus sont autres que celles de leur capitaine, et dont la complémentarité demeure à prouver. S'ils n'ont pas forcément la rondeur, le poli du jeu de Kane, ils sont plus tranchants, plus dynamiques, plus explosifs. Ils ne jouent pas au même tempo que lui et, de ce fait, perdent eux-mêmes de leur rythme naturel. Ce n'est pas un hasard si c'est Raheem Sterling - un joueur à cheval sur deux générations, un improvisateur plus proche de l'esprit de la nouvelle vague - qu'on trouva à la réception de la passe lumineuse de Kalvin Phillips qui mena au but contre la Croatie. Pas Kane.
Il est vrai que l'Angleterre n'a pas encore déployé de meneur de jeu qui puisse donner ce tempo comme Thomas Müller a pu le faire pour l'Allemagne contre le Portugal, et même comme Billy Gilmour le fit pour l'Ecosse contre les Three Lions, ce qui n'a pas échappé à certains observateurs anglais. Phil Foden et Jack Grealish (réclamé à cor et à cris par une grande partie de l'opinion anglaise) pourraient l'être, à condition de ne pas les exiler sur un flanc, et d'avoir le culot de les associer avec un Bellingham, un Henderson, un Rice ou un Phillips en milieu de terrain. Peut-être, alors, retrouverait-on le 'vrai' Kane, lui ferait-on oublier son Tottenham blues, et peut-être que l'Angleterre cadrerait enfin plus d'un tir et demi par rencontre comme elle l'a fait depuis le début de l'Euro(*). Vu la réticence de Gareth Southgate à prendre ce qu'il considère être des risques inconsidérés dans le jeu, il n'est malheureusement pas certain que ce voeu soit exaucé.
(*) 22 buts en 21 matches de qualification pour l'Euro et le Mondial, et 5 en 11 rencontres amicales.
(*) L'arrière droit des Pays Bas Denzel Dumfries a cadré à lui seul autant de tirs (trois) en deux rencontres que ne l'ont fait les quinze joueurs auxquels Southgate a fait appel à ce jour. Seules la Finlande et la Slovaquie ont cadré moins de tirs que les Anglais.
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