Vous pouvez maintenant en avoir la certitude : s'il y a un homme qui n'a vraiment peur de rien, c'est bien Luis Enrique. Par défaut ou non - mais certainement pas inconsciemment - le sélectionneur de la Roja a fait le choix de vivre dangereusement sa première grande compétition internationale avec l'Espagne. S'il a pu aisément justifier l'absence de Sergio Ramos, le technicien de 51 ans s'est aussi privé des autres Madrilènes disponibles. Une anomalie à l'échelle de l'histoire de la sélection espagnole. Et, déjà, une sorte de tout ou rien pour l'ancien coach du Barça.
Depuis plus de dix ans et l'exacerbation de la rivalité opposant le madridisme au barcelonisme, la Roja a appris à vivre sur ce clivage. Le problème, qui n'avait pas empêché la sélection de marcher sur toutes les grandes compétitions entre 2008 et 2012, avait fini par se dissiper de manière naturelle. Mais il a de nouveau rodé, tout de même, après la nomination de Luis Enrique.

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"Lucho" avait beau avoir porté le maillot des deux clubs durant sa carrière de joueur, il avait vite choisi son camp en s'engageant librement avec l'entité catalane, et ne s'était pas privé au moment de montrer son amour pour le maillot blaugrana après avoir marqué un but au Bernabéu. C'était en 1997 mais en Espagne, personne n'avait oublié, vingt ans plus tard, lors de sa conférence de presse de présentation à la tête de la Roja. "Je ne suis 'anti-rien' et c'est une fierté pour moi de représenter le football espagnol, lâchait-il alors. Avec l'âge, il y a de moins en moins de choses sur lesquelles on est 'anti'...".

Sergio Ramos mais aussi Nacho et Asensio

La non-convocation de Sergio Ramos a suffi à faire resurgir l'idée, même si la décision a été prise d'un commun accord. "Je l'ai appelé dimanche et ça a été difficile, a confié Luis Enrique, lundi, face à des journalistes particulièrement surpris. Je me sens mal parce qu'il est très professionnel et qu'il aide beaucoup la sélection. Il pourra encore l'aider dans le futur mais je dois chercher le meilleur pour le groupe." Ramos lui a rapidement emboîté le pas sur les réseaux sociaux : "J'ai lutté et travaillé corps et âme pour pouvoir revenir à 100% mais les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite, a écrit le défenseur sur les réseaux sociaux. C'est mieux de se reposer et de bien récupérer. Ça fait mal de ne pas pouvoir représenter ton pays mais il faut être honnête et sincère."
Le capitaine du Real souhaitait ainsi bénéficier des prochaines semaines pour retrouver du rythme... et se préparer pour les JO - l'un des derniers grands objectifs de sa carrière. Mais le quotidien AS a récemment révélé qu'il ne devrait finalement pas être du voyage pour Tokyo, faute d'avoir été vacciné contre le Covid-19 à temps. Mais aux yeux d'une partie de la presse madrilène, qu'importe : s'il était contraint de renoncer au joueur, Enrique n'avait pas l'obligation de négliger l'importance du symbole et du rôle du capitaine au sein du vestiaire. Surtout dans une liste élargie à 26 joueurs.
Le sélectionneur a d'ailleurs fait le choix de ne retenir que 24 éléments. Ce qui signifie qu'il est prêt à en installer un en tribunes. "Nous ne voulons pas en retenir plus car nous valorisons la sensation que les joueurs ressentent lorsqu'ils savent qu'ils peuvent participer et aider l'équipe à n'importe quel moment", a expliqué l'entraîneur. Aucun autre joueur ne pouvait donc prétendre aux deux tickets restants. "Deux joueurs du Real Madrid, Ramos et Carvajal, seraient allés à l'Euro s'ils avaient pu y participer, a-t-il justifié en conférence de presse. Je comprends que chacun souhaite que des joueurs issus de son club favori soient pris. Mais je ne fais pas la liste en fonction de ça. Je regrette que ces deux joueurs ne soient pas là en raison des blessures qu'ils ont subies au cours de la saison."

Face à la Grèce, aucun Barcelonais dans le onze de départ

Pas un mot, en revanche, sur l'absence de Nacho, auteur de prestations plutôt consistantes ces dernières semaines avec le Real, et dont le temps de jeu global dépasse allègrement ceux d'Aymeric Laporte et Eric Garcia réunis, à Manchester City. Pas un mot sur Lucas Vazquez, que Zinedine Zidane a souvent utilisé pour dépanner comme latéral droit, précisément le poste où la Roja manque d'atouts - César Azpilicueta en est le seul spécialiste parmi les 24 sélectionnés. Pas un mot, non plus, sur Marcos Asensio qui, à défaut d'épouser la progression qu'on lui prédisait il y a trois ans, s'est remis sur les rails après une grave blessure et incarnait encore la nouvelle génération espagnole.

Sergio Ramos et Luis Enrique

Crédit: Getty Images

Le sélectionneur de l'Espagne est-il donc "anti-madridista" ? On peut aussi se demander si les joueurs espagnols du Real sont aujourd'hui suffisamment incontournables pour figurer d'office sur les listes de la Roja pour les grands rendez-vous internationaux. Car au fond, les choix de Luis Enrique pourraient aussi découler d'une réflexion de fond. Si la compétitivité des deux mastodontes de Liga avait permis à la sélection de dominer le monde, leur déclin, mis en exergue cette saison, risquait aussi d'affecter la sélection. En mars dernier, d'ailleurs, l'Espagne a disputé face à la Grèce un match de qualification pour la Coupe du monde 2022 sans le moindre Barcelonais sur la pelouse au coup d'envoi.
Luis Enrique n'a pas poussé le raisonnement jusqu'à se priver de Jordi Alba, Sergio Busquets et Pedri qui, au contraire des Espagnols au Real, sont des indiscutables du onze du Barça. Mais c'est parce que ses choix sont radicaux, et difficilement justifiables du strict point de vue de la saison écoulée, que le sélectionneur s'expose. L'Espagne reste sur trois échecs consécutifs, Coupe du monde et Euro confondus, et la thèse de la reconstruction a une durée de vie limitée. La patience de la presse aussi. Ce n'est pas Julen Lopetegui qui dira le contraire. En 2018, l'entraîneur avait été viré à la veille du Mondial. La Fédération n'avait pu soutenir la pression des médias, surchauffés par l'annonce de son départ futur pour... le Real Madrid. Le plus grand club du monde n'est jamais très loin de la sélection.
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