Les progrès d’une sélection et son développement au cours des années se jugent dans sa capacité à briller là où elle avait auparavant failli. Des talons d’Achille dont on sait pertinemment qu’ils auraient pu changer le cours de l’histoire.
La défense, premier des points faibles
Il fut un temps où la Belgique misait l’entière responsabilité du secteur défensif au superhéros Vincent Kompany, les supporters du plat pays en ont encore le souvenir amer : Sa perte de balle mortelle offrait à l’argentin Gonzalo Higuain un but synonyme d’élimination pour les Belges en quart de finale de la Coupe du monde 2014. Arrivé le 3 août 2016, Roberto Martinez a permis d’atténuer année après année ce phénomène d’omniprésence. Grâce à son 3-4-2-1 qu’il utilise encore, le technicien espagnol a rationalisé le jeu de Kompany pour l’entourer d’une animation de jeu défensive différente, moins responsabilisante.
Euro 2020
Un supporter anglais condamné à 10 semaines de prison pour injures racistes
03/11/2021 À 15:19
Le départ de Vincent Kompany après la Coupe du monde 2018 laisse un vide abyssal mais l’expérience de Jan Vertonghen - devenu depuis capitaine des Diables - et Toby Alderweireld seront des atouts fondamentaux. La paire flamande, qui cumule à 234 sélections, entretient des automatismes depuis leur début à l’Ajax Amsterdam et cela constitue un atout, même si le point faible de cette sélection reste la défense.

Vincent Kompany

Crédit: Imago

Bien qu’annoncé comme le digne héritier de Kompany, Jason Denayer n’a pas encore apporté de garanties suffisantes et la lenteur du trio défensif avec Jan Vertonghen et Toby Alderweireld ne rassure pas. Pour réussir, il faudra se plier de manière drastique à la philosophie de Martinez : défendre à onze joueurs tout en avançant afin de dépasser les possibles faillites individuelles. L’erreur est humaine, il faudra y survivre.
L’éternelle absence de latéral gauche
Il fut un temps où c’était un problème majeur. Aucun latéral de formation disponible pour jouer sur le côté gauche de ce milieu à quatre. Heureusement, la situation est différente en 2021 : Timothy Castagne a joué plus de 26 % de ses matches à ce poste avec Leicester City en Premier League, dont quatre confrontations de haut niveau où le natif d’Arlon a tenu son rang face à Manchester United, Manchester City et Arsenal. Il constitue donc une alternative viable même si plus défensive.
Pourtant, l’option privilégiée par l’entraîneur catalan est offensive - avec Thorgan Hazard par exemple - toujours dans cette idée que les mouvements avec ou sans ballon, en phase de possession comme en situation de repli, doivent subsister au poste prédéfini du joueur. Il lui faut des hommes au volume de jeu conséquent, malléables à souhait, polyvalents et consentants… Surtout dans sa ligne à plat du milieu. Avec Nacer Chadli à ce poste en 2018, cela avait plutôt bien fonctionné mais vu sa (mé)forme actuelle et la nécessité de trouver un piston fiable, ce secteur de jeu demeure encore nébuleux à ce jour.

Thorgan Hazard (Belgique), lors d'un match amical face à la Grèce

Crédit: Getty Images

Un milieu de terrain sans repères
À la fin du Mondial 2018, les Diables perdaient deux certitudes : Mousa Dembele et Marouane Fellaini, partis profiter des millions du championnat chinois pour rentabiliser leurs performances en Russie. Dembele maintenait l’équilibre avec Axel Witsel et organisait l’animation du jeu, Big Mo’ apportait lui le déséquilibre lorsque les circonstances de matches n’était pas favorable (comme lors du 8e de finale face au Japon). Leur absence couplée à la blessure d’Axel Witsel (qui devrait revenir lors du 3e match de poules de la Belgique face à la Finlande), posent questions. Malgré l’avènement de Youri Tielemans avec Leicester, le cœur du jeu s’est fragilisé au cours des deux dernières années tant il manque encore de consistance et d’efficacité sans ses soldats habituels. Un constat paradoxal tant l’expérience reste l’un des points forts de la Belgique.
Un groupe qui a de la bouteille
Avec une moyenne d’âge de 29,1 ans, les Diables Rouges sont la deuxième équipe la plus expérimentée de cet Euro derrière la Suède (29,2 ans) alors que les Bleus ne se classent que… 8es (27,8 ans). Mieux encore, les 26 joueurs de la sélection ont déjà disputé 178 matches, Coupe du monde et Euro compris. Le plus haut total de la compétition devant la France, qui en compte 12 de moins avec 166 matches. Le vécu engrangé par ce groupe qui se connaît à la perfection renforce le lien commun qu’entretient le sélectionneur de la Belgique avec ses joueurs, c’est sans doute cette raison qui pousse Martinez à garder en son sein des éléments moins performants dans leur club respectif : la science du groupe.
Mais aussi la polyvalence…
Lorsqu’il a dû s’expliquer au sortir de l’annonce de la liste pour l’Euro, Roberto Martinez a fait comprendre une volonté de posséder des profils capables d’intégrer rapidement son football, d’où l’importance de la polyvalence dans ses choix. Gérer un groupe qui se connaît, souple et qui s’adapte aux plus pointilleuses consignes pour créer une atmosphère propice à la victoire finale, telle est sa mission. L’exemple d’Hans Vanaken est assez éloquent. Doué dans le jeu aérien, capable d’évoluer en relayeur comme en métronome, le milieu offensif du Club de Bruges n’est pas le plus talentueux à ce poste mais apporte des qualités que n’ont pas d’autres prétendants. Décrié par certains, Nacer Chadli peut évoluer à cinq positions différentes et c’est à cela qu’il doit sa sélection.
Selon le paradigme de pensée football voulu par Roberto Martinez, la capacité d’un joueur à s’insérer dans son schéma prévaudra quoi qu’il en coûte face aux plus belles qualités individuelles d’un autre. C’est ce pourquoi nous n’avons plus revu le milieu de terrain Radja Nainggolan après 2016. L’ancien manager de Wigan et d’Everton étant incapable d’intégrer ce profil anarchique à la bulle qu’il polit avec orfèvrerie… Ce qui pourrait lui jouer des tours ! En 2021, la Belgique manque toujours de guerriers dont le leadership est capable de porter le collectif lorsque le contexte n’est pas favorable.

"De Bruyne a montré à Neymar tout ce qu'il lui manquait"

L’explosion des stars offensives
Depuis deux ans, Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku n’ont cessé de progresser. Le buteur belge de l’Inter Milan est impliqué dans 40 buts sur les 44 matches qu’il a disputés avec son club cette saison. Un Scudetto et un trophée de meilleur joueur de Serie A en poche sous l’égide d’Antonio Conte, Big Rom’ se place en 2021 comme l’un des meilleurs attaquants du monde. Jeu dos au but, technique dans les petits espaces, justesse dans la passe, délicatesse dans sa qualité de remise, le Lukaku d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui de la Coupe du monde 2018.
Mis à part cette vilaine blessure intervenue en finale de la Ligue des champions, le 29 mai dernier, et qui devrait l’embêter en phase de groupes, Kevin De Bruyne sera, a priori, en forme pendant le tournoi. Celui qui a égalé le record de Cristiano Ronaldo et de Thierry Henry en remportant pour la 2e année consécutive le trophée de meilleur joueur de Premier League a (encore !) étoffé son jeu et épaissi son importance dans le collectif de Pep Guardiola. Déjà décisif face à la Seleçao en demi-finale après un match titanesque, le milieu de terrain le plus complet d’Europe sera capital pour permettre aux Diables Rouges de libérer leur football, mais encore faut-il qu’on lui laisse les manettes…

Thorgan Hazard et Yannick Carrasco (Belgique) célèbrent un but face à la Grèce, en amical - 03/06/2021

Crédit: Getty Images

Quant à Yannick Ferrera Carrasco, champion d’Espagne après une saison merveilleuse (cinq passes décisives et trois buts sur les huit derniers matches) avec l’Atletico Madrid, il est le troisième réacteur de la fusée. Alors qu’il s’était permis une escapade chinoise plutôt vénale en 2018, le Colchonero retrouve son meilleur niveau au moment propice. La sélection profitera assurément de son efficacité retrouvée, son sens du travail et sa dévotion collective.
Le cas Eden Hazard
L’ailier gauche belge, qui marchait sur le football européen avec Chelsea en 2018 juste avant d’éclabousser de sa classe le Mondial en Russie n’est plus. Il ne faut rien attendre du natif de La Louvière, au risque d’être déçu. Depuis que le Merengue s’est fait placer une plaque à la cheville droite en mars 2020, son jeu est devenu prévisible, robotique, manque de fluidité, d’insouciance, marqué par la hantise d’une nouvelle blessure qu’il avoue naïvement en conférence de presse. Le champion de France 2010-2011 avec le LOSC a perdu son grain, incapable de développer le jeu instinctif qui l’habite. Et si le cas d'Eden Hazard permettait aux joueurs offensifs cités plus haut de libérer leur football ? En Russie, le joueur du Real Madrid cristallisait le jeu des Diables, qui penchait dangereusement vers la gauche. Une situation qui autrefois a pu brider voire frustrer Kevin De Bruyne. À quelque chose malheur est bon…
L’atout Thierry Henry
Une bonne nouvelle arrivant sans crier gare, Thierry Henry revient comme en 2018 pour armer la Belgique d’une expérience des tournois internationaux, mettre Romelu Lukaku (dont il est proche) dans des conditions optimales durant la compétition, le tout galvanisé par l’envie d’effacer des mémoires ses échecs à l’AS Monaco et à l’Impact Montréal en tant qu’entraîneur principal. Prévu pour durer le temps d’un Euro, cette collaboration avec les Diables Rouges pourrait s’étendre dans le temps et prendre une autre forme. En cas de départ de Roberto Martinez, laisser les clés au coach français permettrait d’abord à la Belgique de préserver un groupe qui le connaît bien, de poursuivre le travail mis en place et d’entretenir l’héritage construit par le technicien catalan… De quoi tirer sa révérence sereinement auréolé d’un titre sous le bras ?

Thierry Henry

Crédit: Getty Images

Euro 2020
Le retour de Benzema en Bleu a "créé un déséquilibre tactique" selon Giroud
15/10/2021 À 15:51
Euro 2020
Le Graët a rassuré Mbappé après l'Euro... et lui conseille de rester au PSG
27/08/2021 À 12:38