Souvenez-vous, le printemps dernier. Même jour, un vendredi. Même date, ou presque. Même lieu, Rome. Le Stade Olympique, ses portes closes, son silence, son renoncement. L'Europe faisait connaissance avec un ennemi de l'intérieur, qui venait de bousculer nos vies et notre quotidien. Un an plus tard, l'ennemi n'est pas encore éradiqué et l'on peine, ici et là, à le maîtriser encore complètement. C'est dans ce contexte, dont on eût aimé qu'il soit plus festif et bondé, que l'Europe s'apprête à couronner son nouveau roi.
Il y a bientôt une décennie, à la veille de la finale du Championnat d'Europe des Nations 2012, Michel Platini, alors président de l'UEFA, s'était levé de bonne heure et avait eu une idée. On caricature un peu, mais à peine. Platoche avait lancé, devant un parterre de journalistes réunis à Kiev, qu'il verrait d'un bon œil l'édition 2020, année du 60e anniversaire de l'UEFA, se dérouler aux quatre coins de l'Europe. Ce qui, aussi, était censé régler un autre problème : celui de la facture de l'organisation d'une telle compétition, de moins en moins supportée par les gouvernements. Goguenard, comme à son habitude, Platini était ravi, plus que son bras droit d'alors, un certain Gianni Infantino, qui aurait à se débrouiller pour donner vie à l'idée du patron.
Neuf ans après, de l'eau a coulé sous les ponts. Platini a été rayé de la carte, Infantino a lui changé de crémerie. Et les Bleus, parce qu'il faut bien y venir, sont les grands favoris du Championnat d'Europe des Nations 2021, alors qu'ils entamaient à peine le processus de leur reconstruction du côté de l'Ukraine. Champions du monde en titre, renforcés par Karim Benzema, les hommes de Didier Deschamps débarquent avec une pancarte XXL dans le dos. Celle-là même que portaient les Espagnols en 2012, deux ans après leur titre mondial. Les hommes de Vicente del Bosque avaient donné raison à leurs laudateurs, avec un récital final face à l'Italie (4-0).
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Encore séduisante et déjà qualifiée : l'Italie a vraiment le droit de rêver
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Rien n'est jamais simple à l'Euro

La meilleure équipe, et de loin, avait gagné. Mais elle ne s'était pas baladée pour autant. Sa demie au couteau face au Portugal est là pour le rappeler. Méfiez-vous d'ailleurs, de ceux qui vous diront que les Bleus vont survoler la compétition, et tout écraser, de l'Allianz-Arena à Wembley. Pour une raison simple : on écrase rarement un Euro. Jamais, même. On le survole, parfois. Michel Platini - et ses 9 buts en 1984 - en est l'exemple le plus abouti, individuellement parlant. Collectivement, les Bleus de 2000 en sont aussi un échantillon remarquable et remarqué. Mais il leur avait fallu serrer les dents, jusqu'à la dernière minute. Et même quelques secondes supplémentaire. En 2021, la densité de la compétition, même si elle s'est légèrement réduite depuis le passage à 24, reste élevée.
Si les Bleus, en leur qualité d'organisateur du dernier Euro, s'étaient arrogé - comme tout le monde le fait - quelques avantages sur la route de la finale, ils ont subi cette fois un sévère retour de fortune avec un premier tour d'une densité exceptionnelle : le champion du monde 2014, l'Allemagne, le champion d'Europe 2016, le Portugal, et la Hongrie, de moindre calibre mais qui défiera la bande à DD à la maison et dans un stade plein.

France, Angleterre, Portugal... Qui remportera l'Euro ? Nos pronos avec MPP

On saura, sans doute, assez rapidement si cette nouvelle équipe, dont le centre de gravité s'est naturellement déplacé vers l'avant, garde l'ADN et les qualités de sa devancière russe. A cette heure et avant le coup d'envoi d'un alléchant Turquie - Italie, l'Europe en est complètement convaincue. Rarement une équipe de France a autant fait l'unanimité à l'orée d'un grand tournoi. Il y a bien 2002, mais on sait comment ça s'est terminé. Raison de plus pour se méfier.
"Football is coming home" ?
Derrière les Français se presse une cohorte de prétendants au sacre continental, parmi lesquels la Belgique, évidemment. Depuis 2014 et son retour dans le cercle des nations qui comptent, elle avance à pas assurés. Est-ce la bonne pour les déçus de Saint-Pétersbourg ? Réponse le 11 juillet, du côté de Wembley.
D'ailleurs, on a beau vous dire ici et là que cet Euro se dispute aux quatre coins du continent, il n'en reste pas moins que nos voisins insulaires se taillent la part du lion et qu'une fois encore, ils y croient dur comme fer. "Football is coming home", enfin ? L'Angleterre de Gareth Southgate rêve d'un sacre à Wembley, qu'elle pourrait fréquenter jusqu'à six fois (sur sept matches) si tout se passe bien pour elle. Harry Kane et ses partenaires connaissent le chemin. Déjà ça de pris. Reste à trouver la recette.

Nos favoris de l'Euro : le Portugal, un tenant si frustrant... mais si solide

Le Portugal, lui, a déjà les ingrédients. Avec une équipe sur le papier plus talentueuse que celle de 2016, mais sans Eder, elle s'avance avec son expérience et quelques certitudes dont, une fois n'est pas coutume, ne sont pas remplis nos voisins allemands, italiens ou espagnols, ces derniers ayant, comme si cela ne suffisait pas, aussi fort à faire avec le covid.
Ces trois-là ont été champions du monde au XXIe siècle mais ont perdu de leur lustre. En 2018, la Russie fut un cauchemar pour l'Allemagne, une désillusion pour l'Espagne et l'Italie, elle, n'y a même pas mis les pieds. Ces trois nations sont un immense point d'interrogation. Le point d'exclamation est accolé à l'équipe de France, dont on attend qu'elle mette les points sur les i le 11 juillet prochain.
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