Dans l'Allemagne du football, tout le monde connaît “die Bayern Achse”. Il est plus ou moins fourni selon les époques, mais “l'axe bavarois”, parfois fantasmé, souvent concret, est une constante en équipe nationale outre-Rhin. Avec des monstres de charisme et de professionnalisme, pour ne pas dire des sales caractères, comme Oliver Kahn ou Klaus Augenthaler, la troupe bavaroise au sein de la Nationalmannschaft a souvent eu poids et influence sur l'équilibre de la sélection, parfois même en franche hostilité avec des franges issues d'autres clubs de Bundesliga.
Le contingent venu du sud-est de l'Allemagne, pour cet Euro 2020, est conforme à cette constante : pas moins de huit joueurs du Bayern apparaissent dans le groupe que Joachim Löw a décidé de former pour l'été. Manuel Neuer, Niklas Süle, Leon Goretzka, Joshua Kimmich, Thomas Müller, Leroy Sané, Serge Gnabry et Jamal Musiala font partie des élus du moment non seulement en raison de leur valeur intrinsèque, mais aussi parce qu'ils bénéficient des succès obtenus ces derniers mois sous les ordres de leur entraîneur Hansi Flick, en partance pour... l'équipe nationale.

Hansi Flick et Jogi Löw

Crédit: AFP

Euro 2020
DD préféré à ZZ sans condition: "On continue comme si rien ne s'était passé, or..."
09/07/2021 À 17:16
Flick lui est resté fidèle et loyal tout le temps
C'est tout particulièrement au milieu de terrain que Löw va pouvoir s'appuyer sur le travail de son successeur. Sous réserve, évidemment, d'être aptes physiquement, Kimmich, Goretzka et Müller sont incontournables, Gnabry et Sané ayant quant à eux de sérieux arguments à présenter sur les ailes. Et si le frêle et brillant Musiala fait partie de l'aventure, c'est parce que Flick a plaidé pour lui auprès de Löw. Pas besoin pour cela d'une audience papale : les deux techniciens échangent activement.
Au moment où Jogi Löw était sous le feu des critiques, dans la foulée de l'élimination précoce au Mondial 2018, les observateurs soulignent aussi qu'Hansi Flick lui est resté fidèle et loyal tout le temps”, expose Arne Bensiek, journaliste du quotidien Tagesspiegel, pour illustrer la relation particulièrement complice qui unit les deux hommes. “On peut même élargir à un quartet qui comprendrait, outre le sélectionneur et son adjoint, Oliver Bierhoff (le manager) et Andreas Köpke (l'entraîneur des gardiens). Un quatuor totalement soudé. Partant de ce postulat, on peut aisément imaginer qu'une fois devenu entraîneur du Bayern, Flick a continué à entretenir une relation très étroite avec le sélectionneur.”

Hansi Flick et Löw

Crédit: Getty Images

Müller appelé à un rôle central

Et celle-ci se poursuit aujourd'hui, d'autant plus que Flick va prendre la succession de Löw. “Évidemment qu'ils ont échangé quand cela s'est décidé”, avance Arne Bensiek. “Et c'est pareil pour le cas Müller. Il est certain qu'il y a eu un échange entre les deux entraîneurs”, estime-t-il. Si l'absence de Jérôme Boateng, auteur d'une grosse saison, garde une part de mystère – on peut discuter, sur le plan stratégique, de l'aligner avec Hummels en défense centrale, et donc de l'impertinence de le rappeler si c'est pour ne pas le faire jouer –, le retour de Thomas Müller s'imposait.
Flick a pleinement relancé l'attaquant bavarois, dont les qualités d'évitement, de placement, de passes et le caractère de leader ont retrouvé tout leur éclat ces derniers mois. Meilleur passeur du championnat d'Allemagne, le meilleur buteur du Mondial 2010 jouera un rôle central au sein de la Mannschaft au cours du tournoi. “Toute autre approche n'aurait de toute façon pas de sens”, abonde Lothar Matthäus, le recordman des sélections au pays (150). Débat terminé.
Ce rappel était d'autant plus inéluctable que “Löw estime énormément Flick, encore une fois pour cette loyauté dont on parlait plus haut”, poursuit Arne Bensiek. “Si jamais l'Allemagne n'allait pas très loin dans ce tournoi, on peut être sûr que Flick, une fois en place, ne pointerait pas son prédécesseur du doigt en le désignant ouvertement comme le coupable. Pour Löw, cet aspect des choses est un atout. Il sait pouvoir faire confiance à son successeur. J'irai même plus loin : Löw est très demandeur des conseils et des opinions de Flick, dont il connaît la compétence de technicien. Même si l'on peut supposer qu'il n'ira pas jusqu'à lui téléphoner le matin du match pour savoir s'il est d'accord avec le onze de départ, je suis sûr qu'en amont du tournoi, il y a eu un échange intense entre les deux hommes. Étant donné que Flick est très proche de Löw, il joue évidemment déjà un rôle dans la destinée de la sélection.”
Flick a continué, d'ailleurs, et encore récemment, à protéger l'actuel sélectionneur contre les vents mauvais. “Je trouve les critiques actuelles très, très exagérées”, formulait-il à l'automne. Certains experts “n'ont pas touché un ballon depuis 25 ou 30 ans…” Visés ? Matthäus, Hamann, Thon, Schweinsteiger ou autre Vogts, coupables aux yeux de Flick d'avoir un peu trop aiguisé les couteaux. Rideau. Double, même.

Hans-Dieter Flick etJoachim Löw en 2014

Crédit: Getty Images

Les phases arrêtées, domaine de Flick

Ce n'est pas nouveau : outre une estime personnelle réciproque, le futur sélectionneur complète à merveille les compétences techniques de “Jogi”. Sans cela, nul doute que leur longue collaboration (2006-2014, avec Bierhoff comme entremetteur) jusqu'au titre mondial aurait cessé plus tôt. Hansi Flick est connu en Allemagne comme l'artisan invisible du dernier grand titre de la Mannschaft. “Je ne sais pas précisément combien de contacts les deux ont eu ces derniers mois mais la période au cours de laquelle Flick était l'adjoint de Löw est éclairante”, rappelle de ce point de vue Mario Harter, journaliste munichois collaborateur du podcast Nachholspiel.
Jusqu'en 2014, Flick avait une large part de responsabilité dans la tactique, tout particulièrement le travail des coups de pied arrêtés. C'est lui qui a fait travailler l'équipe sur ces séquences. Le but décisif de Mats Hummels contre la France en Coupe du monde en 2014 (1-0) en est le symbole. Löw, lui, n'a jamais tellement aimé les coups de pied arrêtés…” Les sondages en témoignent, le public allemand ne veut plus de son sélectionneur actuel. Cela tombe bien : le successeur est déjà dans la place.
Euro 2020
Les tirs au but, tout sauf une "loterie" : "Mbappé a imité Bolt, c’est un signe de nervosité"
08/07/2021 À 16:47
Euro 2020
Benzema : "Merci d'avoir accueilli mon retour avec autant de bienveillance"
04/07/2021 À 20:24