Être sélectionneur d'une grande nation de football, c'est mener l'existence d'un funambule. Pas au quotidien, parce que les qualifications pour les grandes compétitions sont ce qu'elles sont et qu'il faut vraiment faire exprès pour y connaître des pépins ou rater la marche. Non, le grand frisson et la vie sur un fil, c'est tous les deux ans, l'été venu. Là, Didier Deschamps - comme les autres - remet son mandat en jeu. Soit il traverse le précipice bien en équilibre, soit il trébuche et prie pour ne pas tomber trop loin du bord. A défaut, il ne trouvera aucune branche pour se raccrocher. Bref, un sélectionneur joue sa tête et son avenir sur un mois.
Didier Deschamps possède un crédit immense, auprès de son patron, déjà. Auprès des Français, aussi, malgré ce qu'on entend ici et là, parfois. Neuf ans à la tête de la sélection, un quart de finale de Coupe du monde, une finale d'Euro et un titre mondial : quand DD trébuche, ce n'est jamais trop loin du bord et il lui arrive même de traverser le gouffre sans tomber. Dès le 15 juin, à Munich face à l'Allemagne, il reprendra son balancier avec un équilibre nouveau, qui n'est plus celui de la campagne de Russie. Parce qu'ils ne sont plus que 14 champions du monde, déjà. Un "bas" historique. Mais, aussi, parce que Karim Benzema est de retour, cinq ans et demi après sa 81e et dernière sélection. Et Benzema dans les bagages, ça change tout. Partout. Et pour DD.

Mbappé, Benzema, Griezmann ? "Plus belle promesse de l'Euro, plus grand danger pour les Bleus"

Liga
200e but en Liga pour Benzema, le Real écrase Majorque
IL Y A UN JOUR
A partir du 26 mai et l'arrivée des premiers contingents bleus à Clairefontaine, tout sera vu par le prisme Benzema. Tout va tourner autour du meilleur attaquant français de la dernière décennie. Parce que le Madrilène a nourri tous les fantasmes des Français (ou d'une partie d'entre eux) depuis qu'il a été éloigné des Bleus. L'équipe de France, c'est cette équipe létale qui a gagné une Coupe du monde avec un avant-centre titulaire à zéro but. L'équipe de France, c'est cette équipe qui, pensent certains, aurait été plus forte avec Benzema en son sein et à sa pointe. C'est possible. Mais c'est aussi loin d'être une certitude.

Gagner l'Euro avec lui ne sera pas plus facile que remporter le Mondial sans lui

Le principal intéressé, lorsqu'il avait usé d'une métaphore automobile pour se comparer à Olivier Giroud n'avait pas manqué d'ajouter que le style du numéro 9 était parfait pour les Bleus, même si cela n'était pas sa tasse de thé. "Il est bien parce qu'il y a des joueurs comme Mbappé ou Griezmann qui sont rapides et qui évoluent dans les couloirs ou tournent autour de l'avant-centre. Lui, devant, il pèse sur les défenses, ce qui permet aux deux autres de beaucoup bouger et de se montrer. Il bloque et ça marche". Karim Benzema avait aussi justement ajouté que cela n'était "pas spectaculaire" et il avait raison sur toute la ligne.
En rappelant Benzema, Deschamps a-t-il changé son fusil d'épaule et profondément modifié l'ADN de cette équipe ? Non, évidemment. Mais le patron des Bleus sait mieux que quiconque qu'une équipe qui n'avance pas est une équipe qui recule. Il l'a montré à l'automne dernier lorsqu'il a multiplié les essais et, notamment, tenté sans succès d'installer une défense à trois éléments. Il n'y a pas d'entre-deux et l'envie de KB9 conjuguée à ses besoins du moment collaient parfaitement. Néanmoins, cette décision comporte une part de risque au moins égale à celle qu'il avait prise il y a cinq ans en décidant de ne pas emmener Benzema à l'Euro.

Comment intégrer Benzema dans le onze des Bleus ?

Il ne faut pas se leurrer : gagner l'Euro avec Benzema ne sera pas forcément plus simple que remporter le Mondial sans lui, il y a trois ans en Russie. Non, le défi est au moins aussi grand. Il est assumé par le sélectionneur qui, s'il n'a pas semblé aussi à l'aise qu'à l'accoutumée lors de la conférence de presse qu'il a donnée, a pesé le pour, le contre et tout le reste. Une chose est sûre : il n'aurait pas retenu Benzema s'il avait subsisté le moindre doute sur l'homme.
Reste à voir comment le footballeur va se fondre dans le onze et au sein d'une ligne d'attaque où il ne peut jouer un autre rôle que l'un des premiers. Sur le papier, c'est formidable. Mbappé, Griezmann et Benzema ensemble... Si ça fonctionne, on saluera - ou caricaturera - une fois de plus le pragmatisme (réel) de Didier Deschamps. On ne pourra cependant pas remettre sa prudence et son immobilisme supposés sur le tapis. Si la mayonnaise ne prend pas, on dira que Didier Deschamps s'est renié, qu'il a renoncé à ses principes, ceux qui font gagner. C'est un risque. DD l'a pris. Parce qu'il valait le coup d'être tenté. Aux Bleus, Benzema et Deschamps en tête, de montrer que le mieux peut aussi être l'ami du bien.
Liga
Un triplé pour Benzema, un premier but pour Camavinga : les Français portent le Real
12/09/2021 À 20:53
Qualif. Coupe du monde
"Je préfère que Kylian soit là, il n’y a pas photo" : Deschamps n’imagine pas la vie sans Mbappé
07/09/2021 À 22:39