Habituellement anodin, le protocole d'avant-match entre le PSG et l'AS Monaco va être le théâtre de belles retrouvailles : plus de vingt ans après avoir été sous ses ordres à Naples (1991-1992), Laurent Blanc va serrer la main de Claudio Ranieri, cette fois en tant qu'entraîneur. Une petite anecdote parmi d'autres qui jalonneront ce premier choc de la saison entre les deux formations, mais qui permet de mettre en perspective l'énorme CV du technicien italien. Claudio Ranieri entraîneur, c'est une carrière de 25 ans qui s'étale quatre décennies : fin des années 80, années 90 et 2000 et, enfin, début des années 2010. C'est aussi des passages dans quatre des cinq grands championnats européens (Italie, Espagne, Angleterre et maintenant France), qui lui ont permis de se confronter à d'autres visions du football afin de continuer à apprendre, année après année. Et pourtant, malgré un CV certainement plus long que ses bras, Ranieri traîne une réputation d'éternel loser.
Il faut dire que son palmarès est maigre pour un tel parcours : seulement huit titres remportés en 25 ans, pour deux "majeurs" (Coupe d'Italie en 1996 avec la Fiorentina, Coupe d'Espagne en 1999 avec Valence). A titre de comparaison, Louis Van Gaal, né lui aussi en 1951, compte une Ligue des champions (et une finale), une Coupe de l'UEFA et sept titres de champion (Pays-Bas, Espagne, Allemagne) et trois coupes nationales (Pays-Bas, Espagne et Allemagne). Quand le Néerlandais impressionnait l'Europe avec son Ajax Amsterdam, Claudio Ranieri commençait tout juste à faire parler de lui en Italie en faisant remonter la Fiorentina en Serie A (1993-1994). Dix-neuf ans après, c'est le même processus qui est en cours avec l'AS Monaco : un titre à l'échelon inférieur et la construction d'une équipe toujours en cours.
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Ligue 1
Ranieri : "Il y a encore beaucoup d'histoires à écrire"
01/09/2013 À 22:03
Pour comprendre la méthode Ranieri, il faut d'abord se pencher en détails sur son parcours entre ces deux clubs. Après une histoire d'amour de quatre saisons avec la Viola, l'Italien a décidé de faire un saut dans l'inconnu en partant à l'étranger. Posant ses valises à Valence à l'été 1997, il a qualifié le club ché pour la Ligue des Champions. Un an plus tard, Hector Cuper menait l'équipe en finale de la compétition. Après avoir été une erreur de casting à l'Atletico, Ranieri est parti en Angleterre, où il a façonné Chelsea avant que le club ne soit repris par Roman Abramovitch et José Mourinho. Poussé vers la sortie, il est reparti à Valence mais n'est pas parvenu à surfer sur la vague de succès lancée par Rafa Benitez. Cet échec est peut-être le meilleur révélateur des qualités et défauts du coach italien.
S'il sait repartir de zéro et créer les fondations d'une équipe, il a toujours connu des difficultés lorsqu'il a fallu travailler dans la continuité d'un précédent coach. Ses dernières expériences en Italie ont d'ailleurs confirmé ce constat. Après deux ans d'inactivité entre 2005 et 2007, Ranieri a repris une équipe de Parme condamnée à la relégation aux yeux des spécialistes. Il a relancé l'équipe qui a arraché son maintien. Puis est venu la Juve, fraîchement promue, qu'il a qualifié pour la Ligue des champions dès sa première saison : dès la seconde, il s'est heurté à des problèmes de vestiaire et a dû céder sa place à Ciro Ferrara. Même histoire à la Roma, où il a succédé à l'emblématique Luciano Spalletti, terminant vice-champion d'Italie avant de quitter le club durant la saison suivante. Enfin, ses quelques mois en l'Inter ont été l'occasion d'assister au même schéma mais en accéléré : la reprise d'une club à la dérive au mois de septembre, son redressement pendant l'hiver puis dès le printemps.
Un entraîneur "des premières années"
Qu'il ait réussi ou échoué dans ses entreprises, Claudio Ranieri est devenu un entraîneur "des premières années" : celui vers lequel on se tourne quand il s'agit de lancer une nouvelle histoire, un nouveau cycle. Sa nomination à Monaco tombait donc sous le sens en mai dernier, alors que l'équipe s'habituait dangereusement à la Ligue 2. Arrivé avec son expérience, le coach a appliqué les mêmes préceptes que lors de ses expériences précédentes : il s'est adapté au contexte, à l'effectif et aux adversaires que retrouvait l'ASM tous les week-ends. Les Monégasques étaient au-dessus de la plupart de ces derniers. Ranieri est donc revenu au système qui a révolutionné le football lorsqu'il débutait tout juste sa carrière d'entraîneur : le 4-4-2, formation réputée pour être aussi difficile à mettre en place que compliqué à contrer une fois qu'elle est maîtrisée.
Sur le podium pendant quasiment toute la saison, Monaco a décroché un titre mérité de champion... et récolte aujourd'hui les vrais fruits du travail tactique effectué la saison dernière. Certes, le président Rybolovlev a arrosé le marché des transferts pour renforcer considérablement l'effectif. Mais là où, dans le même cas, le PSG a longtemps cherché la bonne formule sur le terrain, l'ASM était déjà prêt... car le collectif était déjà là. Ce n'est pas un hasard si Ocampos, Ferreira Carrasco brillent pour le moment plus que les joueurs recrutés à coups de millions pendant l'été, eux qui sont déjà rompus aux systèmes et aux circuits mis en place dès la saison dernière. C'est cette capacité à bâtir sur l'effectif déjà en place qui fait de Ranieri l'homme idéal pour lancer le projet monégasque.
Ocampos et Ferreira-Carrasco savent déjà
Si elles vont prendre une place grandissante dans le collectif au fil des rencontres, les recrues de l'été ne viennent pas combler les lacunes d'un collectif mais en augmenter sa qualité, sans en changer les caractéristiques premières. Ferreira Carrasco et Ocampos n'ont par exemple pas eu à s'adapter à l'arrivée de Falcao : ils bénéficient juste d'un attaquant de classe mondiale pour faire fructifier leur travail sur les ailes. A l'inverse, toujours au PSG, les arrivées d'Ibrahimovic ou de Cavani ont à chaque fois posé de nouvelles questions sur le plan tactique, poussant certains joueurs vers la sortie ou au moins le banc de touche. A Monaco, rien de tout cela et c'est certainement là que se trouve la plus belle réussite de Claudio Ranieri : savoir mettre en place des bases de travail claires qui facilitent l'intégration des recrues... et le travail de ses successeurs.
Après des débuts plus que réussis en Ligue 1, le coach italien va entrer dans une nouvelle phase : celle des ajustements et de l'optimisation. En d'autres termes, se donner la possibilité d'utiliser les qualités de ces dernières recrues, sans toutefois perturber l'équilibre et les habitudes des joueurs présents depuis la mise en place de son projet. On a pu apercevoir les prémices de ce travail au Vélodrome lorsque, d'une mi-temps à l'autre, l'AS Monaco est passé de son système traditionnel faisant la part belle aux ailiers (Ocampos, Ferreira-Carrasco) à une animation différente qui a vu Moutinho monter en régime au milieu de terrain. Une adaptation gagnante puisque l'ASM a renversé la tendance d'un match qui semblait promis à son adversaire à la pause. C'est au fil des ajustements autour de Falcao, Moutinho, mais aussi Kondogbia ou James Rodriguez que Claudio Ranieri continuera à faire progresser son équipe. Et de sa réussite dans cette entreprise dépendront les réelles ambitions du club pour cette saison : car si la Ligue des champions reste l'objectif raisonnable, la force collective de son équipe laisse augurer du meilleur...

Monaco Ligue 1 2013/2014 Ranieri

Crédit: Panoramic

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