UN ALLIAGE DE TALENTS
A titre liminaire, il s'agit d'éclaircir ce qu'est réellement l'Euro Espoirs, qui n'est pas forcément une compétition comme les autres. Parfois présenté comme un tournoi "réservé au moins de 21 ans", il se déroule en vérité sur deux saisons. La phase finale n'est que la partie clinquante et médiatique d'un exercice qui débute par les éliminatoires. Pour pouvoir y participer, le règlement stipule que les joueurs doivent avoir moins de 21 ans au début de ces derniers, soit deux ans avant la phase finale. Pour les sélections, cela signifie que le travail ne se fait pas sur une seule catégorie d'âge, mais sur plusieurs. Le titre acquis par l'Espagne en 2011 a ainsi été le fruit du travail d'un homme, Luis Milla, passé par toutes les catégories d'âge.

Après avoir démarré chez les U19 pour atteindre le titre de vice-champion d'Europe 2010 (battu par la France), il a récupéré les Espoirs pour les porter jusqu'à la victoire finale lors de l'Euro disputé au Danemark. Dans son sillage, les éléments les plus précoces de la génération 90 sont aussi montés en grade, intégrant un groupe jusqu'alors emmené par les champions du monde Mata et Javi Martinez. Deux ans plus tard, ces mêmes éléments (De Gea, Montoya et Thiago) sont devenus des hommes de base du successeur de Milla, Julen Lopetegui, qui a pris en charge les Espoirs après la déception des Jeux Olympiques (élimination au premier tour). A l'instar de son prédécesseur, l'actuel sélectionneur a lui aussi apporté dans le groupe les meilleurs éléments qu'il avait eu sous ses ordres dans les catégories d'âge inférieures.
Reprenant en main la génération 1991, Lopetegui l'a dirigé lors du Mondial colombien des moins de 20 ans en 2011. Achevé en quart de finale aux tirs au but face au Brésil, futur vainqueur, le parcours de l'Espagne a permis au sélectionneur de construire autour de certains joueurs qui se sont retrouvés au cœur du succès de la Rojita en Israël ce mois-ci. Bartra en défense ou encore Koke et Isco dans l'entrejeu font partie des indispensables des Espoirs aujourd'hui, alors que Tello et Rodrigo occupent des rôles importants en attaque. Evidemment, quelques talents en avance se sont aussi faits une place dans le groupe grâce à leurs performances chez les U19 : meilleur buteur de cet Euro Espoirs 2013, Alvaro Morata a toutes les chances de devenir le leader de la génération appelée à défendre le titre dans deux ans.
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FOOTBALL - 2013 - Euro U21 - Thiago - Isco - Bartra

Crédit: AFP

UN COPIE-COLLE
Mais si promouvoir des talents est une chose, les associer pour construire un collectif en est une autre. Et comme en 2011, ce succès de l'Espagne est celui de la continuité sur le plan des principes de jeu. Possession du ballon, solidarité à la récupération et système de jeu en 4-3-3 écrivent les grandes lignes du projet de jeu. Un projet en adéquation avec les critères de formation, évidemment axés sur la qualité technique des joueurs. Un projet mis en application par tous les responsables des catégories de jeunes : Julen Lopetegui a ainsi repris, voire librement copié-collé, le système de jeu mis en place par son prédécesseur à la tête des Espoirs. Cela saute particulièrement aux yeux lorsque l'on compare les onze espagnols qui ont disputé les finales de l'Euro Espoirs en 2011 et 2013.
Il y a deux ans, face à la Suisse, l'Espagne évoluait évidemment en 4-3-3 : Javi Martinez, Ander Herrera et Thiago Alcantara formaient le trio dans l'entrejeu. Adrian occupait la pointe de l'attaque, encadré par Juan Mata et Iker Muniain. Tous ces joueurs évoluaient dans des registres bien définis : devant par exemple, Mata repiquait dans l'axe tandis que Muniain se comportait en véritable ailier, chargé d'apporter percussion et profondeur le long de la ligne de touche. Deux ans plus tard, Lopetegui a repris ces rôles prédéfinis et a fait ses choix en conséquence. Isco a naturellement repris le rôle laissé par Mata, tandis que Tello, plus convaincant sur les derniers mois de compétition, a chipé la place de titulaire à Muniain en tant qu'accélérateur sur les ailes. Devant, Morata a succédé à Adrian en tant que buteur attitré de l'équipe. Bref, un véritable copié-collé qui a permis à un joueur comme Thiago, déjà titulaire il y a deux ans, de s'adapter très facilement aux nouveaux arrivants.

Álvaro Morata celebra un gol con la selección Sub 21

Crédit: Getty Images

UNE MATURITE EXCEPTIONNELLE
Mais si l'Espagne a été très forte cette année, c'est dans sa capacité à toujours trouver une solution face aux divers systèmes proposés par ses adversaires. Sans surprise, ce sont les milieux de terrain qui ont donné à l'équipe cette capacité à changer de visage en fonction des problèmes. L'intégration d'Asier Illarramendi dans l'entrejeu a été la clé de ce nouveau palier franchi sur le plan tactique. Le milieu de terrain de la Real Sociedad est capable de tenir aujourd'hui beaucoup plus de rôles que ce que pouvait réaliser Javi Martinez il y a deux saisons. Dans un même match, il a ainsi montré qu'il était capable de passer par tous les postes de l'entrejeu espagnol, de numéro 6 relanceur à hauteur de ses défenseurs centraux à numéro 10 derrière l'attaquant, en passant évidemment par le numéro 8 chargé de remonter les ballons... Le tout sans que son niveau technique et son volume de jeu ne s'en ressentent.
Koke et Thiago étant eux aussi capables de changer de registre, la Rojita pouvait librement changer la forme de son milieu de terrain. Face à l'Italie, le triangle de l'entrejeu a ainsi débuté avec Illarramendi devant la défense, encadré par les décrochages de ses partenaires. En deuxième mi-temps, face à un bloc italien positionné plus haut car renforcé par la présence d'un milieu de terrain, les milieux espagnols sont passés à deux devant la défense pour conserver l'avantage du nombre face à la première ligne italienne. De cette manière, ils bénéficiaient toujours d'une solution courte autour de laquelle repartir "proprement" de l'arrière. Les mouvements d’Isco associés à la capacité des trois milieux espagnols à aller de l'avant et à se trouver dans les petits espaces ont fait le reste. Bref, malgré les claques reçues par ses meilleurs clubs en Ligue des Champions cette saison, le modèle espagnol a encore de beaux jours devant lui.
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