La décision de l’arbitre Antonio Lahoz de siffler un pénalty pour Anthony Martial provoque la réprobation immédiate des joueurs du PSG. A l’image TV, l’attroupement général dans la surface parisienne confirme ce que la rétine avait imperceptiblement capté depuis le début de ce PSG-MU : de nombreux joueurs des deux équipes… portent des chaussures noires !
En cette soirée de Ligue des champions, Martial, Rashford, Telles, Pogba (entré en fin de match), Navas, Kurzawa et Neymar portaient des "crampons" noirs. Une originalité sur les terrains, où les couleurs chaussent depuis des années la quasi totalité des pieds de nos footballeurs chéris. Mais une originalité qui s’est pas mal accentuée en ce début de saison dans la plupart des grands championnats. Avec la rentrée foot, il y a eu bien sûr l’épisode habituel des "chaussures masquées", qui poussent certains joueurs à porter des crampons noirs (pour masquer les marques), dans l’attente de redéfinir leur contrat avec les équipementiers. Mais un rapide aperçu confirme à vue de nez la tendance.

La chaussure noire est à la mode à Manchester United, comme pour Telles (à gauche) ou Martial (à droite)

Crédit: Getty Images

Bundesliga
Le président du Bayern l'assure : "Le contrat de Lewandowski dure encore deux ans et il reste ici"
IL Y A 22 MINUTES

Neymar, chaussé comme Pelé

Outre les sept acteurs du PSG-Manchester de C1, à l’OM, Mandanda, Alvaro, Kamara et Payet (promoteur en chef de la Puma Future) portent le deuil aux pieds. Tout comme Aguerd et Truffert (Rennes), Denayer (OL), Demba Ba (Basaksehir), Jules Koundé (FC Séville), Bellerin et Saka (Arsenal), Matic (MU, encore) ou bien Luis Suarez, qui avait inauguré d’un doublé face à Grenade son bail à l’Atletico Madrid botté de Puma noires liserées d’orange. Sans compter toutes les chaussures bicolores à large dominante noire… On se rappelle de l’exception inouïe du bon vieux Thiago Motta qui incarnait, avec ses Mizuno Black Morellia II, une élégance presque surannée, seul au milieu de ses collègues aux pompes flashy, multicolores !
C’est dans un contexte un peu vintage aussi que Neymar vient de renouer avec la tradition de la mythique Puma King, la seule, la vraie : noir brillant et bande féline blanche. Après 15 ans passés chez Nike, la star brésilienne a connecté sa gloire planétaire à la lignée des ambassadeurs légendaires de la "King", Pelé, Cruyff et Maradona. Un deal de plus de 20 millions d’euros, avec un lancement très médiatisé lors du clasico PSG-OM du 13 septembre dernier. Au Mundial 1970, le roi Pelé faisait retarder le coup d’envoi des matchs de la Séleçao en relaçant exprès ses Puma pour une exposition publicitaire des plus roublardes. Après le Clasico, lors du Reims-PSG, Neymar avait éprouvé subitement le besoin de changer de crampons à la 12ème minute de la rencontre. Avec effet visuel garanti !

Neymar a exhibé ses Puma King en Ligue 1 avec le PSG

Crédit: Getty Images

La finale de Ligue des champions 2006 avait acté le triomphe absolu des chaussures de toutes les couleurs lors d’un Barcelone-Arsenal (2-1) durant lequel aucun joueur ne portait du noir aux pieds. Longtemps conservateur, le milieu du foot avait résisté à cette excentricité colorée, à l’inverse de l’athlétisme qui, dès les années 70, avait adopté les souliers à pointes jaunes, bleus, verts ou rouges. La première rupture notable intervint lors de la fameuse finale de C1 Ajax-Milan (1-0) de 1995 : à l’inverse des 21 autres acteurs aux souliers sombres foncés, Marco Simone arborait des chaussures blanches. Après la défaite, dans un élan de conformisme rigide et de vague superstition, le camp milanista (supporters et certains dirigeants) avait fustigé le pauvre Marco et son cuir blanc coupable !
"Tu es à l'Ajax, alors pas de chaussures de clown, compris ?"
Une superstition réelle avait, par contre, poussé les joueurs brésiliens du Mondial 1958 à refuser de porter leurs Puma : ils exigèrent un noir total, et sans bande blanche ! En juillet 2003, quand Julien Escudé avait débarqué à l’Ajax, après les recommandations rituelles, le directeur sportif lui avait glissé : "Eh, Julien ! Ici tu es à l’Ajax. Alors pas de chaussures de clowns, compris ?" Les "groles de clowns", ce sont bien sûr celles de couleurs qui se généralisaient alors de plus en plus, au point même d’assortir deux chaussures différentes, telles les Puma King de Rigobert Song à la Coupe du monde 1998 : l’une rouge et l’autre jaune... L’explosion colorée de la deuxième moitié des années 2000 qui vira même au coloris "or brillant" (Zidane, Ronaldinho, Cristiano Ronaldo) désola ce pauvre Alex Ferguson, attaché à la noirceur du cuir cramponné. En 2010, en bon gardien des valeurs et des traditions, Sir Alex exigera des équipes de jeunes de MU que les joueurs s’en tiennent exclusivement aux crampons "old-school black" plutôt que les "flashy colours".

Les chaussures dorées de Zinédine Zidane lors de la Coupe du monde 2006

Crédit: Getty Images

Et les couleurs flashy l’ont emporté, bien sûr... Mais le noir n’abdique pas : il revient, subsiste. Chez les arbitres, d’abord, toujours abonnés aux chaussures noires ! "Il n’y a pas d’obligation réglementaire à en porter, précise l’ex-sifflet Tony Chapron. Mais le milieu de l’arbitrage qui reste très normé considère celles colorées comme une incongruité qui pourrait à l’occasion se répercuter sur l’appréciation, donc sur la notation des arbitres." Thomas Prouteau, spécialiste des équipements pour le site Footpack, confirme une persistance avérée : "Le noir fonctionne toujours ! Dans n’importe quelle marque, toutes les gammes déclinent un ou plusieurs modèles en noir. Les couleurs historiques d’Adidas sont le noir, le blanc et le rouge, comme pour la célèbre Predator, dont le modèle récent est porté actuellement par Paul Pogba. Les Copa Mundial et les Kaiser ont encore la cote chez les amateurs, en plein-air ou en indoor !"

Cycle de la mode et période "de deuil"

Plus généralement, le retour à un certain classicisme expliquerait aussi la tendance au coloris noir. Rédacteur en chef du magazine de mode L’Etiquette, Marc Beaugé confirme une évolution récente : "Dans le vêtement masculin, après la mode du marron/noisette, du kaki, style gentleman-farmer, on observe ces temps-ci un net regain du noir et notamment dans la chaussure de ville, jusqu’à parler de radicalité noire. Selon la théorie cyclique du créateur du siècle dernier, Paul Poiret, une mode succède à une autre en empruntant souvent une direction inverse : on passe des grands chapeaux féminins aux petits, de la couleur au noir, etc. Quand la mode unanime vire au quasi conformisme, elle génère les originaux, les rebelles, qui s’en détournent."
La sobriété du noir corrigerait ainsi les excès passés récents, déplaçant le curseur du chamarré-bariolé à la simplicité sombre absolue. Et c’est tant mieux ! Parce que les Puma d’Olivier Giroud à l’Euro 2016 piquaient vraiment les yeux : une chaussure rose bonbon et l’autre jaune fluo, lacets assortis à ces deux coloris et avec des talons noirs… "Le contexte de crise de notre époque anxiogène marquée notamment par le Covid-19 agit sur la marketisation de la mode, poursuit Marc Beaugé. Les fabricants et les concepteurs en sont conscients, ils captent l’air du temps. La sobriété s’impose donc en partie dans cette atmosphère 'de deuil'. Regardez-bien, le foot aujourd’hui n’est pas tellement festif : les tribunes sont vides, il n’y a plus autant d’argent, les joueurs tombent malades du Covid ou se blessent."
On ne s’étonnera donc pas du succès commercial foudroyant en France de la Puma King siglée Neymar, et qui ne doit pas seulement à l’étendue de ses 250 millions de followers sur les différents réseaux sociaux. Le concept de "chaussure-signature" qui associe le Ney à la King existe aussi chez Nike. Mais à travers deux autres footballeurs-influenceurs, plus politisés, comme Marcus Rashord, aux Mercurial Superfly noires désormais immédiatement visibles, et comme son coéquipier Anthony Martial, aux Mercurial Vapor tout aussi noires, et siglées "No racism". La mode trop conformiste des footballeurs aux chaussures colorées aurait-elle généré des originaux, des rebelles aux souliers noirs ?

Neymar et Hiroki Sakai lors de PSG-OM le 13 septembre 2020.

Crédit: Getty Images

Tokyo 2020
Maeda termine le travail des Japonais avec le 4-0 face aux Bleus
IL Y A 24 MINUTES
Serie A
Ronaldo responsabilisé, Bonucci sanctionné, Rabiot sermonné : Allegri, come-back tonitruant
IL Y A 27 MINUTES