Football hongrois: Viktor Orban à la pêche aux supporteurs-électeurs

Football hongrois: Viktor Orban à la pêche aux supporteurs-électeurs
Par AFP

Le 11/04/2013 à 06:18Mis à jour

Dans une Hongrie frappée par la crise économique et des coupes budgétaires importantes, le Premier ministre conservateur Viktor Orban redouble d'efforts à coups de millions d'euros pour que son pays renoue avec la gloire d'antan de son football, comptant s'attirer ainsi les faveurs de supporteurs-électeurs dans la perspective des élections législatives en 2014.

Ainsi, le vétuste stade Albert-Florian de Budapest, vieux de 39 ans, accueillait 16.000 spectateurs à la mi-mars pour le dernier derby de la capitale dans cette enceinte, le gouvernement ayant décidé de le raser et de construire un stade flambant neuf de 22.000 places. Livraison prévue pour fin 2014.

A la mi-temps du derby, Tibor Kovesdy, supporteur de toujours du Ferencvaros, ou "Fradi" pour les fidèles, fait part de son impatience: "Je ne peux pas emmener mon fils ici, car ce n'est pas un endroit plaisant et sûr. Ce club mérite un meilleur stade", explique ce père de famille de 55 ans.

Depuis sa victoire lors des élections législatives d'avril 2010, le Premier ministre conservateur hongrois Viktor Orban, licencié dans le club amateur du village de Felcsut (nord) et fan du club de Videoton, n'a pas lésiné sur les moyens pour rénover les stades de foot.

Pour le seul stade Albert-Florian, la reconstruction coûtera pas moins de 44 millions d'euros (13,5 milliards de forints), financée à 100% par ... l'argent public. Le nouveau stade de Debrecen, qui coûtera 38 millions d'euros, sera pris en charge à 90% par l'Etat et 10% par la Ville.

Un luxe en temps de crise, alors que la Hongrie négocie depuis novembre 2011 avec le Fonds monétaire international (FMI) une ligne de crédit de 15 à 20 milliards d'euros.

Et l'Etat ne s'arrête pas là, puisqu'il envisage de construire un stade de 65.000 places pour les rencontres de la sélection nationale.

"Les stades de foot devraient être financés par les clubs eux-mêmes!", pouvait-on lire en janvier sur une banderole lors d'une manifestation estudiantine pour dénoncer les coupes dans l'enseignement supérieur.

Viktor Orban le voit différemment: "Le futur de tout pays passe par sa jeunesse, ce qui renforce la priorité du gouvernement pour le sport", a-t-il affirmé à Felcsut.

Depuis l'équipe dorée des Ferenc Puskas et Sandor Kocsis dans les années 1950, finaliste du Mondial-1954 en Suisse contre la République fédérale d'Allemagne, aucun dirigeant hongrois n'a investi dans le football et les investisseurs privés ont délaissé progressivement le ballon rond après la chute du communisme en 1989.

Tibor Kovesdy se souvient d'affluences de 70.000 personnes au Stade Albert-Florian dans les années 1960, alors qu'actuellement il n'affiche qu'une moyenne de 5.000 spectateurs.

"A quoi bon investir dans un nouveau stade, s'il ne sera rempli que rarement, voire jamais", a indiqué à l'AFP Gaby Kovacs, qui tient le blog hungarianfootball.com.

Proche du Premier ministre et riche homme d'affaires, le président de la Fédération hongroise de football (MLSZ), Sandor Csanyi, souhaite augmenter l'affluence moyenne du championnat hongrois de 3.000 à 10.000 spectateurs en 2018.

Candidate avec l'Autriche pour accueillir l'Euro-2004 et avec la Croatie pour organiser l'Euro-2012, la Hongrie a échoué à cause de ce déficit de structures sportives adéquates, contrairement à ses voisins autrichien (Euro-2008), polonais (Euro-2012) ou roumain (finale de l'Europa League en 2012).

Dépenser de l'argent dans le sport pourrait pourtant avoir du sens, selon l'économiste hongrois Ferenc Denses, si les fonds vont au bon endroit. Cela pourrait réduire les coûts de santé si plus de jeunes pratiquaient une activité sportive. "Une aide de l'Etat peut corriger une faille du marché, mais peut également provoquer des distorsions", explique-t-il à l'AFP.

Le propriétaire du deuxième plus grand club de la capitale hongroise, Ujpest, le Belge Roderick Duchatelet, estime que ces aides publiques favorisent les clubs qui en bénéficient par rapport à ceux détenus par des investisseurs privés.

Les supporteurs de football pourraient passer outre ces anomalies si la Hongrie, absente d'une grande compétition internationale depuis le Mondial-1986 au Mexique, fait son retour dans l'élite.

"Orban est le dirigeant le plus populiste d'Europe", affirme à l'AFP le journaliste de la revue quotidienne hongroise Vie et Littérature. "Il croit que le football peut encore unir la nation et il souhaite renforcer ce sentiment".

pmu/tba/pfe/cac

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