Les propositions de changement du calendrier international, lancées avec le soutien transparent de la Fifa, se heurtent à l'opposition de nombreuses instances et organisations, dont celle qui représente joueurs et joueuses professionnelles au niveau global, la FIFPro, qui a publié un communiqué cinglant sur le sujet ce mardi.
Le lendemain, ce 15 septembre, le Secrétaire-général de l'organisation Jonas Baer-Hoffmann s'est ouvert à un parterre de journalistes lors d'une conversation d'une heure à laquelle Eurosport avait été convié. Le moins qu'on puisse dire est qu'on est encore très loin d'un accord entre l'instance dirigeante du football mondial et l'organisation qui représente ceux et celles sans qui aucune Coupe du monde ne peut se jouer.
M. Baer-Hoffmann, comment la FIFPro et vous-même vivez-vous le débat actuel autour d'une Coupe du monde qui serait organisée tous les deux ans à partir de 2028?
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J. B-H. : D'un point de vue personnel, c'est profondément frustrant, on a l'impression de vivre la septième version de Groundhog Day, comme tous les six ou douze mois. On a constamment ce genre de conversation. Pour nous, c'est mettre la charrue avant les boeufs. Je ne crois pas que ce soit une chose utile que cette discussion ait lieu dans les médias avant d'avoir eu lieu entre les principaux acteurs du football. Nous aurons bientôt une réunion avec la Fifa, mais tout ce que nous savons aujourd'hui, c'est à peu près ce qu'on en dit sur la place publique, pas plus. C'est qu'il y a un gros déficit de confiance entre les instances et le football. Les propositions qui circulent aujourd'hui nous inquiètent, évidemment.
Pourquoi?
J. B-H. : Il y a la pression sur le calendrier et sur les [autres] compétitions, il y a l'impact culturel, savoir si c'est quelque chose que la communauté du football et les gens impliqués dans le football veulent [vraiment], à savoir un tournoi international majeur tous les étés. Et puis il n'y a pas vraiment de conversation parallèle sur ce qui pourrait marcher pour le football masculin d'une part, et ce qui pourrait marcher différemment dans le football féminin de l'autre. Ces propositions ont été lancées comme si cette idée pouvait marcher pour ces deux footballs.

Gianni Infantino, FIFA President.

Crédit: Getty Images

Comment aller de l'avant, alors?
J. B-H. : Ce dont nous avons besoin, et ce que nous avons demandé dans notre communiqué publié hier, c'est une négociation sérieuse, de bonne foi, plutôt que ce à quoi nous assistons en ce moment. On parle [aussi] d'une Coupe du monde des clubs en ce moment, comme on en avait déjà parlé avant, et on parle d'une réforme de la Ligue des Champions, et de Super Leagues...Les paramètres semblent similaires, et n'ont jamais débouché sur une résolution satisfaisante. Sans démarche digne de ce nom, des réformes qui ont du mérite échoueront, et d'autres qui n'en ont pas mèneront à des conflits; voilà la seule conclusion qu'on peut tirer des conversations que vous avez avec différents acteurs du football aujourd'hui. C'est ça qui mène à des Bosman, c'est ça qui mène à des clubs qui refusent de libérer leurs joueurs pour leurs sélections, parce le bon processus décisionnel n'est pas respecté.
Comment souhaiteriez-vous qu'on procède, alors?
J. B-H. : Tout est interconnecté. Par exemple, beaucoup de conversations sur la réforme des compétitions tendent à se concentrer sur l'Europe, quand il y a beaucoup de football qui est joué ailleurs et qui mérite considération. Nous aimerions voir davantage d'innovations et d'investissement aux niveaux inférieurs du football professionnel, et pas seulement à celui de l'élite. Nous pensons que nous avons besoin d'un cadre réglementaire robuste, avec des trêves obligatoires, des périodes de récupération obligatoires, etc, une réduction du nombre de vols, et dans le monde entier, pour gérer le calendrier avant de se demander quel type de compétition on peut y intégrer.
Qu'est-ce qui vous gêne le plus dans la démarche actuelle?
J. B-H. : Quand on voit la façon dont on donne la priorité à cette conversation [sur la Coupe du monde organisée tous les deux ans] et qu'on compare ça à ce qui est fait pour confronter d'autres problèmes du football, comme le racisme, l'égalité, les lacunes du système des transferts, etc, c'est étonnant comme ça va très, très vite, alors qu'il faut attendre des années pour que [la résolution] de ces autres problèmes se voie donner l'impulsion qu'ils méritent. Les six à douze mois qui viennent s'annoncent très tendus. Je crois qu'il existe une réelle chance qu'on parvienne à un point de rupture dans le football à cause de ça, si on ne respecte pas un processus digne de ce nom. Et pour ça, on a besoin d'un leadership que je n'ai pas vu dans le football lors de ces dernières années.

The logo of the International Federation of Association Football (FIFA) with hanging icicles is pictured at the FIFA headquarters in Zurich, during meeting of the FIFA's governing council on January 10, 2017

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Pensez-vous que cette idée d'avoir un tournoi majeur tous les étés soit une façon de préparer le monde du football à une sorte de Nations League de la Fifa?
J. B-H. : Je n'ai pas de boule de cristal! J'essaie de ne pas interpréter les actions de la Fifa et ce qu'il se cache derrière! (rires) Je ne sais pas. La CONCACAF et l'UEFA ont leurs Nations Leagues maintenant...et peut-être serait-ce un débat qui en vaille la peine? On aurait un petit tournoi à huit nations, peut-être que ce serait mieux qu'une Coupe du monde tous les deux ans? Tout cela, c'est de la spéculation. [...] Il n'y a plus d'équilibre dans le processus. Le niveau de confiance entre les institutions en ce moment est épouvantable. Les raisons en sont en partie institutionnelles, en partie personnelles, et ca a pour conséquence que nous nous bagarrons sur ces questions avant même que qui que ce soit aie pu déterminer si ça valait la peine qu'on en parle! Je l'ai dit, ça ne nous mènera qu'au conflit. Des cadres réglementaires obligatoires sont nécessaires. En ce moment, personne n'est prêt à lâcher quoi que ce soit, parce que tout le monde craint que quelqu'un d'autre le prenne.
La Fifa s'était prononcée en faveur d'une 'étude de faisabilité' sur une Coupe du monde organisée tous les deux ans lors de son Congrès de mai dernier. En avez-vous vu une? Souhaiteriez-vous en voir une?
J. B-H. : Bien sûr que je voudrais en voir une, et pas seulement sur le côté commercial de la chose! Qu'est-ce que le monde du football pense de cette idée? Quel impact est-ce que cela aurait sur les autres compétitions? Par exemple, on parle en parallèle de trêves internationales plus compactes. Ce pourrait être une très bonne idée. Mais le débat public, à cause de la façon dont c'est présenté, c'est: 'voilà, la Coupe du monde, c'est tous les deux ans', et on n'a plus de plateforme sur laquelle on puisse discuter le reste. Alors oui, je voudrais voir cette étude. Nous allons bientôt rencontrer la Fifa, et nous demanderons toutes ces informations.
En quoi le processus actuel est-il une source de frustration pour vous?
J. B-H. : Parfois, je pense que le football manque vraiment de créativité. Ce que nous aimerions, c'est qu'on réfléchisse à la façon dont on pourrait rendre le football joué à un niveau moins relevé et ses marchés moins importants plus attrayants et plus durables, qu'on le fasse comme on réfléchit aux compétitions de l'élite. Bien sûr, c'est plus facile de gagner beaucoup d'argent avec ces compétitions de l'élite, c'est clair, mais si votre ambition et vos obligations statutaires sont de construire la pyramide toute entière, nous pensons qu'il faut faire beaucoup plus d'efforts de réflexion [...] pour qu'il n'y ait plus de dépendance économique vis-à-vis des grandes compétitions.
Et les membres de votre organisation, dans tout cela?
J. B-H. : Il y a deux sources de friction aujourd'hui. Entre les compétitions européennes et les compétitions globales; et ensuite, entre les clubs et les sélections. Parce que, bien sûr, quasiment tous les joueurs de premier plan sont en Europe, et ce sont eux dont les gens essaient de se servir pour créer des produits attractifs du point de vue commercial en dehors. C'est exactement pour ça que nous disons ce que nous disons: 'vous ne pouvez pas continuer à faire ce genre de choses sans un processus transparent et inclusif dans lequel les joueurs ont vraiment leur mot à dire'. Parce qu'il y a une chose dont toutes ces compétitions ont besoin: les joueurs. Sans eux [et elles], rien n'est possible.
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