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Les 9 questions que posent les affaires de la FIFA

Les 9 questions que posent les affaires de la FIFA

Le 27/05/2015 à 15:15Mis à jour Le 27/05/2015 à 19:51

Mercredi, la FIFA a vécu une journée noire avec l'arrestation de neuf élus dans le cadre d'une affaire de corruption sur le continent américain et une perquisition dans ses locaux pour l'enquête sur l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022. Le résumé de la journée en 9 questions.

Quelles affaires ont été révélées?

La FIFA et la justice suisse l'ont répété plusieurs fois : les deux affaires qui ont connu des rebondissements mercredi n'ont aucun lien entre elles.

La première, qui a mené à l'arrestation de sept personnes à l'hôtel Baur au Lac très tôt dans la matinée, concerne l'attribution de droits médiatiques et commerciaux lors de la diffusion de tournois aux États-Unis. En tout, quatorze personnes ont été interpellées à la demande de la justice américaine, dont certaines hors de Suisse. Elles sont soupçonnées d'avoir profité d'un système de corruption en place depuis 20 ans, comprenant des pots-de-vin dont le montant pourrait atteindre les 100 millions de dollars. Elles doivent toutes être extradées vers les États-Unis

La seconde, elle, concerne l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar le 2 décembre 2010. Ce mercredi, la justice suisse a annoncé avoir saisi des documents électroniques au siège de la FIFA à Zurich et prévoit l'audition de dix personnes qui ont participé au vote. Une opération menée à la suite de la plainte déposée le 18 novembre dernier par l'instance du football mondial, quelques semaines après la remise du rapport Garcia révélant des irrégularités dans le processus de désignation des pays hôtes.

Michael J Garcia et Hans-Joachim Eckert devant le siège de la FIFA

Michael J Garcia et Hans-Joachim Eckert devant le siège de la FIFAAFP

Pourquoi la première affaire est-elle gérée aux États-Unis et la seconde en Suisse?

L'enquête pour corruption menée par la justice américaine concerne des compétitions diffusées aux États-Unis et n'implique que des dirigeants des continents américain et sud-américain. À ce titre, elle est menée par le FBI et le procureur général des États-Unis. C'est pour cette raison que les personnes interpellées mercredi matin doivent être extradées prochainement.

L'affaire concernant l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, elle, concerne uniquement la justice suisse. D'abord parce que le siège de la FIFA, au cœur de l'enquête, est à Zurich. Ensuite parce que la plainte déposée par l'instance en novembre l'a été devant le Ministère public suisse et concerne des "transferts internationaux de patrimoine avec comme point de contact la Suisse".

Qui sont les neufs élus arrêtés?

Le département de la justice américaine a publié la liste des quatorze personnes impliquées dans l'affaire qui a conduit aux arrestations à Zurich mercredi matin. Parmi elles se trouvent neuf élus de la FIFA, dont le président de la Concacaf (Confédération d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes) et un ancien président de la Conmebol (Confédération sud-américaine de football).

Jeffrey Webb Président de la Concacaf
Costas Takkas Attaché du président de la Concacaf
José Maria Marin Président de la Confédération brésilienne de football
Eugenio Figueredo Ancien président de la Conmebol
Eduardo Li Président de la Fédération costaricienne de football
Julio Rocha Président de la Fédération nicaraguayenne de football
Rafael Esquivel Président de la Fédération vénézuélienne de football
Nicolas Leoz Ancien président de la Conmebol
Jack Warner Ancien vice-président de la FIFA et ancien président de la Concacaf

Sept ont été arrêtés à Zurich : Jeffrey Webb, Costas Takkas, Eugenio Figueredo, Eduardo Li, Rafael Esquivel, Julio Rocha et José Maria Marin. Nicolas Leoz et Jack Warner n'étaient pas en Suisse. Les cinq autres personnes concernées sont des responsables marketing de l'instance.

Jeffrey Webb, président de la Concacaf - 2015

Jeffrey Webb, président de la Concacaf - 2015Panoramic

Pourquoi aujourd'hui?

"Les autorités avaient tout le monde sous la main à Zurich". Le directeur de la communication et des affaires publiques de la FIFA Walter de Gregorio a bien résumé la raison qui a mené aux arrestations à l'hôtel Baur au Lac mercredi matin. Les États-Unis, qui disposent d'un accord d'extradition avec la Suisse, ont pu profiter du congrès annuel de la FIFA, qui se tient cette semaine, pour demander l'interpellation des dirigeants impliqués dans l'enquête menée par le FBI.

La révélation des perquisitions au siège de l'instance, elle, tient sans doute plus à une volonté de choisir un moment symbolique. Attendre cette semaine très particulière pour la FIFA, celle où elle doit élire son président,  garantit une belle couverture médiatique à l'affaire en raison du nombre de médias présents sur place. C'est aussi un moyen de prendre l'instance de cours et l'empêcher de se préparer en amont. Ce qu'a reconnu Walter de Gregorio :

" Ce n'est pas une surprise que cette perquisition arrive, mais c'est une surprise qu'elle arrive aujourd'hui"

Comment la FIFA réagit-elle?

Officiellement, la FIFA se dit très heureuse de ces rebondissements judiciaires. "Pour la FIFA, c'est une très bonne chose même si ça l'est moins pour notre réputation, a lancé De Gregorio. Pour l'amélioration de la FIFA, cette enquête est dans notre intérêt. Sinon nous n'aurions pas demandé le rapport (le rapport Garcia, ndlr) qui a abouti à la plainte du 18 novembre."

Le directeur de la communication de l'instance a tout de même admis, que ces deux affaires n'arrivaient pas au bon moment pour la FIFA, y compris pour le président Sepp Blatter qui prépare sa réélection.

" Le président Blatter n'est pas en train de danser dans son bureau, il est calme, il coopère avec la police, mais il n'est en aucun cas heureux.  "
Walter de Gregorio, directeur de la communication de la FIFA - 2015

Walter de Gregorio, directeur de la communication de la FIFA - 2015Panoramic

Blatter est-il impliqué?

En tant que président, Sepp Blatter a été l'un des premiers noms cités après les arrestations et la perquisition au siège de la FIFA. C'est d'ailleurs le seul point sur lequel l'instance a communiqué avant la conférence de presse organisée en fin de matinée. Walter de Gregorio a déclaré une première fois que "le président n'est pas du tout impliqué" dans ces affaires. Il l'a martelé à nouveau quelques heures plus tard devant les médias :

" Je le répète, le secrétaire général Jérôme Valcke et le président ne sont pas concernés par cette affaire."

L'élection du président de la FIFA aura-t-elle lieu?

À l'issue de son congrès annuel cette semaine, la FIFA doit procéder à l'élection de son président. En poste depuis 1998, Sepp Blatter se présente pour un cinquième mandat. Le dirigeant suisse de 79 ans n'aura qu'un seul opposant : le prince Ali de Jordanie, son vice-président depuis 2011.

La révélation des deux affaires à deux jours du vote laissait planer l'incertitude sur la tenue de l'élection. Un doute balayé par De Gregorio :

" Il n'a jamais été question de repousser l'élection. Il n'y a aucun lien avec les affaire donc elle aura lieu comme prévu."

L'UEFA, elle s'est d'ores et déjà prononcée pour un report, par la voie de son secrétait général Gianni Infantino. "L'UEFA considère que le Congrès de la Fifa devrait être reporté et que l'élection à la présidence (prévue vendredi, ndlr) devrait se dérouler dans les six mois", a expliqué M. Infantino à l'issue d'une réunion du CE tenue à Varsovie en marge de la finale de l'Europa League.

Sepp Blatter, président de la FIFA

Sepp Blatter, président de la FIFAAFP

Est-ce que ça peut peser dans l'élection?

Probablement pas. Ces deux affaires arrivent très tard et trop près de l'élection pour changer réellement la donne. Blatter va pouvoir faire traîner jusqu'au jour de l'élection.

Si elles étaient intervenues plus tôt, quand Luis Figo ou Michael Van Praag étaient encore en course, elles auraient pu avoir un impact sérieux. D'autant que les deux ex-candidats – ils ont renoncé tous les deux jeudi dernier – dénonçait la perte de crédibilité de la FIFA avec les différentes accusations de corruption.

Certains vont peut-être réfléchir à deux fois avant de voter vendredi, mais les forces en présence ne proposent aucune alternative concrète puisque l'élection opposera le président en exercice et son vice-président. Sepp Blatter dispose, en plus, d'une base électorale imperméable aux doutes générés par les affaires. Mercredi, la Confédération africaine a maintenu son soutien au Suisse. La rapidité avec laquelle cette annonce a été faite après le séisme qui a secoué la FIFA montre bien que rien ne changera vendredi.

L'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 est-elle remise en question?

Officiellement non. "Comme le président l'a déjà dit dans le passé, les Coupes du monde 2018 et 2022 auront lieu comme prévu. C'est une certitude", a expliqué le directeur de la communication de la FIFA. Reste à savoir quelles seront les conclusions de la justice suisse dans cette affaire et si celles-ci seront de nature à changer la donne.

Sepp Blatter lors de l'obtention de la Coupe du monde 2022 au Qatar

Sepp Blatter lors de l'obtention de la Coupe du monde 2022 au QatarAFP

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