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Les rois sans couronne : Baggio, "Roby" le maudit

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La détresse de Roberto Baggio après son penalty manqué face au Brésil, en finale de la Coupe du monde 1994

Crédits Getty Images

ParVincent Bregevin
23/05/2020 à 21:43 | Mis à jour 24/05/2020 à 15:00
@VB_eurosport

Un talent fou, une personnalité marquante, une gigantesque carrière… Ces sportifs avaient tout, absolument tout, pour être les maîtres de leur sport. Mais ils ont toujours manqué le Graal. Dès ce mercredi et jusqu'à dimanche, Eurosport.fr revient sur ces rois et reines qui n'ont jamais décroché la couronne. Comme Roberto Baggio, le divin Italien maudit en Coupe du monde.

"C'est mon pote… Regarde la mine qu'il va mettre… Il va tirer au-dessus". Celui qui prononce ces paroles, c'est Vincent Candela. Tous ceux qui ont vu le documentaire "Les yeux dans les Bleus" ne l'ont pas oublié. Dans la foulée, Luigi Di Biagio place le ballon sur la barre de Fabien Barthez et qualifie bien malgré lui la France pour les demi-finales du Mondial. L'Italie est éliminée. On ne le sait pas encore, mais ce 3 juillet 1998 a vu les derniers espoirs de remporter une Coupe du monde s'envoler pour l'un des joueurs les plus marquants de la décennie. Peut-être même le plus marquant.

Dire que Roberto Baggio était un joueur dominant serait presque réducteur. Il était bien plus que cela. Pour reprendre le slogan d'un célèbre chocolatier, il offrait quelques grammes de finesse dans un monde de brutes. Le football n'était pas toujours beau à voir au début des années 90. Il dégageait souvent une odeur nauséabonde de corruption. Il se complaisait régulièrement entre violence, rigidité et tricherie sur le terrain. Il ne laissait plus de place aux artistes. Baggio a su mettre de la poésie dans une époque qui n'en voulait pas. Cela n'apparaîtra jamais sur son CV. Mais c'est peut-être son plus bel exploit.

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Roberto Baggio sous le maillot de la Fiorentina, lors de la saison 1989-90

Crédits Getty Images

"Il Divin Codino" (Le divin à la queue de cheval) n'a pas seulement marqué la première moitié des années 90. Il l'a illuminée. Baggio était loin du prototype de l'attaquant moderne, incarné quelques années plus tard par le Brésilien Ronaldo. Il ne faisait pas la différence sur ses qualités athlétiques, même si sa conduite de balle exceptionnelle lui donnait beaucoup de vitesse dans le jeu. Il était tout sauf un monstre de puissance. Du haut de ses 174 centimètres, il n'a jamais été dominateur dans les airs. Mais cela ne l'a pas empêché d'être le plus grand de son époque.

La classe inclassable

Si un joueur se démarquait par sa capacité à faire la différence avec sa tête, c'était bien lui. Il avait un temps d'avance sur tout le monde et une créativité qui lui permettait de faire le geste auquel personne ne s'attendait. "Le numéro dix a une caractéristique : voir l’évolution d’une situation avant les autres, voir l’action avant qu’elle ne se passe, décrira-t-il plus tard dans une interview à So Foot. À savoir faire une seule passe, quand d’habitude, on aurait besoin d’en faire trois pour arriver au même point donné. Et c’est justement ça qui enthousiasme les gens, et qui les rend heureux. C’est une caractéristique que tout le monde n’a pas et une composante du numéro dix."

Baggio était ce joueur-là. Une vista incomparable, un toucher de balle inimitable, un instinct de buteur intraitable. Il incarnait l'essence même du jeu avec un profil inclassable. Numéro 10 ou 9 et demi, comme Platini l'a décrit. Certains joueurs n'entrent pas dans le cadre des postes du football et l'Italien en faisait partie. Entre les rôles de meneur de jeu et d'attaquant de rupture, il avait trouvé sa véritable place. La définition même de l'électron libre qui s'appliquera également pour des artistes comme Alessandro Del Piero ou Youri Djorkaeff sur la deuxième moitié des années 90.

Roberto Baggio sous le maillot de Brescia et Alessandro Del Piero sous celui de la Juventus Turin, en 2001

Crédits Getty Images

Baggio était beau, Baggio était libre. Et, par-dessus tout, Baggio faisait gagner des matches. On avait eu le temps de voir le phénomène venir. Quand le gamin de Caldogno avait débuté dès l'âge de 15 ans avec Vicence, quand il avait porté la Fiorentina en Serie A et jusqu'à la finale de la Coupe de l'UEFA en 1990, quand il a éclaté aux yeux du grand public avec des buts et des gestes de grande classe quelques mois plus tard lors de la Coupe du monde en Italie. C'était l'aube de sa suprématie. "Roby" s'est mariée avec la Vieille Dame. Et sous le maillot bianconero, il est devenu injouable.

La légende de "Roby"

Pendant quatre saisons, Baggio va dominer le foot avec la Juventus. Le plus flagrant, c'est en 1993. Le PSG serait bien placé pour en parler. En demi-finale de la Coupe de l'UEFA, la star italienne élimine à lui tout seul le club de la capitale. Ses deux buts pour répondre à l'ouverture du score de George Weah au match aller sont somptueux : une demi-volée limpide à l'entrée de la surface et un coup franc magistral dans les arrêts de jeu. Au retour, il crucifie encore Paris au Parc des Princes avant de marquer à deux reprises en finale face au Borussia Dortmund. Baggio éblouit l'Europe et enlève le Ballon d'Or. Le monde du football est à genou devant son roi.

Roberto Baggio, Ballon d'Or 1993, pose avec un autre numéro 10 légendaire de la Juventus Turin, Michel Platini

Crédits Getty Images

La consécration suprême est attendue en 1994. C'est pourtant loin d'être la meilleure équipe d'Italie pour la Coupe du monde aux Etats-Unis. Elle commence d'ailleurs par un énorme couac avec une défaite face à l'Eire (0-1), puis se retrouve à dix après une grosse vingtaine de minutes lors de son deuxième match face à la Norvège. Gianluca Pagliuca expulsé, Arrigo Sacchi choisit de sortir Baggio pour faire entrer Luca Marchegiani. Sur la pelouse, "Roby" est incrédule. Comme tout le monde. Ironie de l'histoire, c'est un autre Baggio, Dino, qui donnera la victoire à l'Italie (1-0) et un pénible nul arraché face au Mexique (1-1) la maintiendra en vie dans le tournoi.

La suite restera dans les mémoires. C'est la légende de "Roby". Face au Nigeria, il égalise d'une frappe de l'intérieur du pied pleine de sang-froid, à la 88e minute, avant de donner la qualification à l'Italie sur penalty dans la prolongation (2-1 a.p.). Face à l'Espagne, encore à la 88e minute, il vient contourner Andoni Zubizarreta avant de redresser le ballon au fond des filets pour envoyer la Squadra Azzurra en demi-finale. Face à la Bulgarie, c'est son chef d'œuvre. Baggio marque deux buts qui transpirent la classe, une frappe enveloppée à l'entrée de la surface et une demi-volée dans le petit filet opposé. Il vient littéralement de porter l'Italie jusqu'en finale.

Robereto Baggio, héros de la demi-finale de la Coupe du monde 1994 face à la Bulgarie

Crédits Imago

Le cauchemar de Pasadena

Ce Brésil-Italie est symbolique à plus d'un titre. Si un joueur pouvait éventuellement contester la suprématie de Baggio dans la première moitié des années 90, c'était certainement Romario plutôt que Hristo Stoïchkov. Comme l'Italien, le Brésilien du Barça réalise un tournoi de haute volée. Cette finale est la leur. Quelque part, il y a plus qu'un titre mondial pour un pays en jeu. Il y a aussi une couronne pour départager les deux meilleurs joueurs du moment. Mais les dés sont pipés. Blessé face à la Bulgarie, "Roby" n'était pas apte à jouer. Il est pourtant évident que l'Italie ne peut pas se passer de lui. Alors, même sur une jambe, Roby est bien sur la pelouse dans la chaleur accablante du Rose Bowl de Pasadena.

Ce 17 juillet 1994 restera marqué par une forme d'injustice. Pas parce que le Brésil a été sacré champion du monde. Sur son tournoi, la Seleçao de Romario l'a largement mérité même si elle n'a pas signé une grande finale. Mais bien pour Baggio. Déjà parce qu'il il n'a jamais été en condition pour jouer son jeu dans le match le plus important de sa carrière. Surtout parce qu'il a sacré le Brésil en expédiant son tir au but dans le ciel de Californie. Avec tant d'exploits balle au pied, tant de passes inimaginables, tant de buts à se damner, l'image la plus forte de sa vie de footballeur ne devait pas rester un tir au but manqué. Mais c'est bien la première qui vient à l'esprit. Celle de "Roby" le maudit. Il ne s'en est jamais vraiment remis.

Roberto Baggio manque son tir au but face au Brésil en finale de la Coupe du monde 1994

Crédits Imago

"C’est ancré en moi, a-t-il reconnu dans So Foot. Il restera là pour toute ma vie. Quand j’étais petit, je rêvais de remporter la Coupe du monde avec l’Italie, contre le Brésil. C’était le rêve parfait, mon rêve préféré. Sauf que je ne savais pas comment ce rêve finissait. Et bien voilà : il s’est terminé de la pire façon possible. J’ai toujours pensé qu’il aurait mieux valu perdre cette finale trois zéro que de la perdre aux tirs au but. C’est mon plus grand regret, une amertume immense. Si tu perds le match, tu perds le match, voilà, c’est fini. Là, c’est une erreur, mais une erreur de quoi ? Hein ? Une erreur de quoi ? Un ballon frappé trop haut de dix centimètres (il montre l’espace avec ses doigts, NDLR). Ça reste toute ta vie."

Maudits centimètres !

Cet espace qu'il montre avec ses doigts, tout le monde l'a revu en France quatre ans plus tard. Et personne n'avait vraiment pu reprendre son souffle. Le temps s'est arrêté au cœur de la prolongation quand Baggio a reçu l'offrande de Demetrio Albertini. Le ballon lui vient de derrière, il est très difficile à reprendre. Mais "Roby" le magnifique exécute le geste parfait. Enfin presque. La volée est limpide mais elle fuit le cadre de Fabien Barthez pour ces quelques centimètres que l'Italien mime avec ses doigts. Baggio marquera son tir au but quelques instants plus tard, comme huit ans plus tôt dans la séance fatale face à l'Argentine. Mais Di Biagio manquera le sien. Et son dernier espoir de consécration s'envolera.

La volée de Roberto Baggio fuit le cadre pour quelques centimètres face à la France, lors de la Coupe du monde 1998

Crédits Imago

Le lobby du peuple ne suffira pas en 2002. Giovanni Trapattoni le laisse à la maison quand l'Italie s'envole disputer la Coupe du monde en Asie. Il n'y aura pas de quatrième chance. Juste une malédiction qui aura vu Baggio échouer trois fois dans sa quête du titre mondial. Les trois fois aux tirs au but. "Moi, j’ai un très bon souvenir de mes trois Coupes du monde, a-t-il affirmé dans So Foot. Parce que j’ai bien joué à chacune des Coupes du monde que j’ai jouées. Hélas, il m’a manqué la victoire. Contre l’Argentine, l’Italie perd aux tirs au but. J’ai perdu une finale aux tirs au but. Et je me suis fait éliminer en France aux tirs au but. Le tout sans perdre un match. Si tu y penses, c’est étrange. Mais c’est comme ça."

Baggio n'a pas eu le palmarès qu'il méritait. Il y a bien son Ballon d'Or, ses deux titres de champion d'Italie, sa victoire en Coupe de l'UEFA et une collection de distinctions individuelles. Mais pas l'essentiel. Une Ligue des champions n'aurait même pas semblé suffisante pour consacrer un tel talent, peut-être le plus grand qui ne soit jamais sorti de la Botte. Seule la Coupe du monde aurait été une récompense la hauteur de son impact sur le football de son époque. Le destin a voulu que "Roby" le maudit reste sans couronne. Mais il gardera toujours son aura. Et c'est surtout à cela qu'on reconnaît la grandeur d'un roi.

Roberto Baggio lors de la Coupe du monde 1994

Crédits Imago

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