La victime s'appelle Gaizka Garitano. Profession : entraîneur. Faits d'armes : s'être assis sur le banc d'un Athletic Club relégable pour le situer à une barre transversale de l'Europe quelques mois plus tard puis avoir mené ce même Athletic en finale de la Coupe du Roi la saison passée. Coupables : les dirigeants de l'Athletic ayant viré Garitano, un homme du cru, par l'entremise d'un communiqué de sept lignes. Un dimanche. Juste après une victoire. Le timing interroge, la forme encore davantage. Au-devant d'un tel manque de classe de la part du club se voulant plus familial que tout autre, les dirigeants ont évidemment essuyé une volée de critiques.

"Si le club prétend conserver un modèle singulier, il ne devrait pas se comporter comme le département des ressources humaines d'un supermarché" accusait le journaliste Santi Segurola dans les colonnes d'El País. Reste une question en suspens, pourquoi un tel licenciement si la situation de l'Athletic n'avait rien d'irréversible, les Basques étant neuvièmes au moment des faits ? Certes, le football pauvre et pingre pratiqué par l'équipe de Garitano ne jouait pas en sa faveur. À vrai dire, son licenciement aurait même pu arriver plus tôt. Pourtant, l'explication n'a pas forcément à voir avec le sportif. Comme souvent dans les clubs de socios, elle est politique.

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Gaizka Garitano lors de Athletic Bilbao - Atletico Madrid en Liga le 14 juin 2020

Crédit: Getty Images

Un club divisé de partout

"Il y a deux ans ont lieu des élections à la tête de l'Athletic et une fracture se produit dans la masse sociale. Après que des milliers de votes ont été émis, ceux qui ont remporté les élections l'ont fait avec 84 voix d'avance. Dès le départ, les dirigeants ont dû faire face à une très forte opposition" détaille Iñigo Markinez, narrateur des matches de l'Athletic pour la Cadena Ser. La fronde est si forte (et l'amateurisme des dirigeants parfois si fort), que fin décembre les administrateurs "rouge et blanc" ont essuyé une humiliation historique de la part des socios : ces derniers ont rejeté en bloc toutes leurs propositions. D'ordinaire une formalité, la validation du budget et des comptes annuels s'est soldée par un échec.

"Je crois que même si les dirigeants avaient proposé que la cotisation soit gratuite cette année, ça ne serait pas passé. Tout ce que voulaient les socios c'était faire tomber les dirigeants. L'ambiance à Bilbao autour de l'Athletic est irrespirable" relate Iñigo Markinez. Obligés de réagir au-devant d'une telle fronde, les responsables ont alors enclenché la mécanique du siège éjectable de leur entraîneur. "Au final, Garitano est une tête de Turc. Il fallait présenter la tête de quelqu'un sur un plateau d'argent et ils ont choisi celle de Garitano" confie Iñigo Markinez. Toutefois, les divisions à l'interne sont si saillantes que cette décision n'a rien de consensuelle. Quelques jours à peine avant son licenciement, Garitano avait d'ailleurs reçu le soutien public de son président… qui allait faire volte-face 96 heures plus tard. La cohérence brille par son absence, l'un des plus grands clubs du pays navigue à vue.

L'un des meilleurs entraîneurs du pays débarque

Garitano licencié, le nouvel entraîneur des Leones s'appelle Marcelino García Toral. Marcelino était tout simplement le meilleur entraîneur espagnol sur le marché (et peut-être le meilleur entraîneur espagnol derrière Pep Guardiola). Sa venue tombait sous le sens, il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir. Lui et son mythique 442 ont fait les 400 coups en Liga : qualification européenne avec le Racing Santander, qualification pour la Ligue des Champions avec Villarreal, sacre en Coupe du Roi avec Valence. Le tout en pratiquant un football réactif mais divertissant, à la différence de la majorité des entraîneurs espagnols du moment. D'un point de vue sportif, les Basques ont tiré le gros lot ! Pour le club ayant la marge de manœuvre la plus réduite au monde sur le marché des transferts, pouvoir compter sur une valeur sûr des banc de touche est fondamental. Pour cause d'erreurs de casting, ces dernières années ont été le théâtre de trop de déceptions. Malgré tout, la venue de l'un des meilleurs entraîneurs nationaux de ces dernières années ne fait une fois de plus pas l'unanimité...

Raul Garcia lors de Valence - Atletic Bilbao en Liga le 12 décembre 2020

Crédit: Getty Images

"Il a un bon palmarès et ses équipes jouent au football, mais ce qu'il se passe c'est qu'il n'est pas très aimé ici car il a eu des déclarations contre l'Athletic. À l'occasion il avait dit que les arbitres bénéficiaient l'Athletic plus que les autres. Une autre fois, il est entré en conflit avec Valverde [quand celui-ci entraînait à Bilbao ndlr]. Ça, ça ne passe pas ici" expose Iñigo Markinez. À Bilbao, Marcelino devra obtenir sa rédemption, chose loin d'être impossible, puisque Raúl García était dans un cas similaire il y a quelques années. Peu apprécié lors de son arrivée à San Mamés, l'attaquant a su se mettre le public dans la poche pour devenir l'un des joueurs les plus acclamés par les supporters.

Pour Marcelino, le chemin du salut passe pas des triomphes rapides. Mauvaise nouvelle pour son âme, le calendrier ne joue pas en sa faveur : après avoir affronté le Barça, ce sont l'Atlético et le Real qui l'attendent désormais. "Je ne suis pas un magicien" a-t-il lancé lors de sa présentation pour couvrir ses arrières. Et pourtant, le doute est permis… Cela fait des années que toute l'Espagne connaît ses tours (celui du 442, celui du bloc médian, celui du duo d'attaquants complémentaires, celui du 6 au jeu vertical) sans pour autant arriver à découvrir ses trucs. Peut-être, le secret de Marcelino réside-t-il dans la transmission de ses idées. Pour preuve, ses hommes semblent déjà avoir acquis plusieurs de ses principes après seulement… deux séances d'entrainements !

Un effectif taillé sur mesure

"Marcelino veut une équipe qui ne concède pas d'occasions, qui soit bien ordonnée et qui après avoir récupéré se mette à courir pour générer des situations de supériorité" décrit Ander Cotorro, journaliste couvrant l'actualité de l'Athletic pour Marca. Contre le Barça, c'est précisément ce que l'on a vu. On avait bel et bien sous nos yeux une équipe de Marcelino, si aisément reconnaissable. Il faut dire que le technicien est tombé dans un effectif compatible avec ses idées. "Je pense que les profils de l'effectif s'ajustent à son jeu. À la course, un joueur comme Iñaki Williams est déterminant. Ensuite, Iker Muniain peut être utile pour jouer sur le côté ou recevoir entre les lignes comme le faisait Rodrigo à Valence, et lancer Williams dans l'espace. Le reste est également adéquat. Il a des joueurs créatifs au milieu, des physiques, des ailiers et ensuite, la défense qui est la meilleure partie de l'Athletic" complète Ander Cotorro. Ce dernier mentionne au passage les qualités des latéraux Yuri Berchiche et Capa, qui forment probablement la meilleure paire de toute la Liga.

Inaki Williams lors de Valence - Atletic Club Bilbao en Liga le 12 décembre 2020

Crédit: Getty Images

Reste à trouver le joueur qui portera le projet. L'une des grandes forces de Marcelino est de faire passer des caps à ses joueurs. Dani Parejo, Rodrigo Moreno, Eric Bailly, croiser la route de Marcelino a donné une nouvelle direction à leur carrière. Au Pays basque, qui sera l'heureux élu ? Ander Cotorro mise sur Iñaki Williams, un joueur dont on attend qu'il explose réellement depuis des années. À son meilleur niveau, aucun défenseur de Liga ne peut arrêter l'enfant préféré de Bilbao. Mais ce fameux niveau, il peine à le maintenir. "Il y a deux ans, Williams a franchi un cap en ce qui concerne le jeu d'un attaquant pur : jouer en appui, remporter les duels aériens, faire office de pivot pour l'équipe. Mais la saison passée et cette saison-ci, cette progression a ralenti et on l'a même vu régresser. Marcelino peut être cet entraîneur qui donne à Williams un système et un contexte qui maximise ses qualités. Lui donner des espaces pour qu'il puisse courir. Mentalement, il peut l'aider grandement aussi".

Dans cette Liga plus serrée que jamais, l'Athletic a un coup à jouer. L'Europe a beau ne pas être à portée de main, il suffit d'une série de bons résultats pour grimper soudainement au classement. "Cela va dépendre de deux choses : la vitesse à laquelle les joueurs vont assimiler les idées de Marcelino et la vitesse à laquelle l'équipe va récupérer sa solidité défensive. Cette équipe se construit depuis derrière et dès le moment où l'équipe sera à nouveau solide, elle va pouvoir bondir en avant" conclut Ander Cotorro. Avec Marcelino, l'Athletic ne se relèvera pas de ses problèmes institutionnels mais il peut se relever de ses problèmes sportifs. Marcelino a beau être un colérique de première, il a en son pouvoir la possibilité d'apaiser toute une ville.

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