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Pour survivre, le Celta a misé sur une option étonnante : rapatrier ses anciens élèves

Pour survivre, le Celta a misé sur une option étonnante : rapatrier ses anciens élèves

Le 22/08/2019 à 07:39Mis à jour Le 22/08/2019 à 08:09

Dix-septième de la Liga 2018-2019, le Celta de Vigo souhaite éviter une nouvelle saison galère. Pour viser un maintien rapide avant de batailler dans la première partie de tableau, le président du club galicien compte accorder une confiance maximale aux joueurs passés par le centre de formation de La Madroa. Un choix fort pour un effet que le Celta espère bénéfique à long terme.

"Nous ne méritons pas ce public avec le spectacle que nous produisons." Les mots pèsent, mais ils ont le mérite d’être sincères. En larmes au terme d’un match où le bonhomme est passé par tous les états, Iago Aspas sait que son équipe du Celta de Vigo revient de très, très loin. Menés de deux buts contre Villarreal à la pause, les Galiciens se retrouvaient virtuellement englués dans la zone rouge, quatre points derrière la première équipe non-relégable et victimes d’une dixième défaite sur les douze dernières journées de Liga. Mais ça, c’était avant une splendide remontada en deuxième période, où le capitaine Aspas s’est offert un doublé pour faire basculer la rencontre en faveur des siens (3-2). À vrai dire, ce sursaut d’orgueil des Célticos va devenir un déclic pour la suite.

Mouriño et l’objectif des 60%

Non sans mal, le Celta parvient à assurer sa place dans l’élite à la dernière journée de la Liga 2018-2019. Comment ? Grâce à un pénible match nul à domicile contre le Rayo Vallecano (2-2) pour terminer à la dix-septième place du championnat juste devant le FC Gérone, troisième et dernière équipe condamnée à la Liga Adelante. En coulisses, le président Carlos Mouriño reste partagé entre le soulagement du dénouement et l’analyse de cette longue période de souffrance : si l’équipe évite la catastrophe après trois changements d’entraîneur en cours de saison (Antonio Mohamed, Miguel Cardoso puis l’actuel coach Frán Escribá), la dépendance au talisman Aspas est bien trop évidente pour être considérée comme anodine.

Carlos Mouriño, président du Celta de Vigo

Carlos Mouriño, président du Celta de VigoGetty Images

À la présidence du club depuis 2006, Mouriño est surnommé « El Salvador » (Le Sauveur, en VF) par les fans du Celta. Depuis l’antichambre de La Liga, cet homme d’affaires né à Vigo s’est chargé d’assainir les finances du club par le biais d’un plan de redressement à moyen et long terme. Dix ans plus tard, Mouriño récolte le fruit de ses efforts : les Celestes se qualifient pour la Ligue Europa 2016-2017, où l’équipe atteint les demi-finales de la compétition, battue par Manchester United (0-1, 1-1). Dès lors, comment expliquer une telle baisse de régime en deux ans ? Si la compétitivité au sein de la Liga espagnole n’est pas un argument à exclure, l’équipe semblait surtout en quête d’une identité perdue au milieu des départs de Nolito, Daniel Wass ou Santi Mina, sans oublier la convalescence d’Aspas. Un vide sportif à combler pour Mouriño, prêt à passer à l’action.

" Si l'on s'amuse à placer un U15 chez les professionnels, il saura où se placer sur un terrain"

"Donner la même vision de jeu à toutes nos catégories, du groupe professionnel aux jeunes de notre centre, c’est censé, expliquait le président pour So Foot en 2016. Pourquoi ? Parce que si l’on s’amuse à placer un U15 chez les professionnels, même s’il n’aura pas la résistance physique nécessaire pour un match, il saura où se placer sur un terrain et quoi faire du ballon." De fait, les résultats des jeunes catégories donnent entièrement raison à Mouriño : sur les 12 championnats mineurs dans lesquels était engagé le Celta de Vigo en 2019, 11 d’entre eux furent remportés par le club. Une dynamique positive que le gestionnaire de 76 ans souhaite installer au sein de son équipe première, où 60% du onze de départ doit être formé à La Madroa, le prolifique centre de formation du Celta.

Suárez, Mina, Diop : les retours dans la fourmilière celte

Dans cette optique, le marché des transferts à Vigo s’est concentré sur des cas très précis : l’ancien canterano Denis Suárez s’est engagé en provenance du Barça pour 13 millions d’euros, idem pour Santi Mina utilisé comme monnaie d’échange dans le transfert de Maximiliano Gómez au FC Valence, sans oublier le prêt payant à 500 000 euros de Pape Cheikh Diop par l’OL, muni d’une option d’achat fixée à 9 millions d’euros. Voilà donc trois recrues formées à La Madroa parfaitement capables de s’immiscer dans l’équipe première déjà composée d’autres canteranos : les deux gardiens Rubén Blanco et Sergio Álvarez, le défenseur Hugo Mallo, le milieu offensif Braís Méndez et bien entendu le mythique capitaine Iago Aspas.

Denis Suarez (Celta Vigo) face au Real Madrid en Liga

Denis Suarez (Celta Vigo) face au Real Madrid en LigaGetty Images

À ces huit produits de La Madroa s’ajoutent le latéral droit Kevin Vázquez et le stoppeur David Costas, tous les deux titulaires lors de la première rencontre de Liga perdue face au Real Madrid (1-3). Un match où six joueurs sur onze provenaient de la pouponnière du Celta sans compter Santi Mina, spectateur depuis les tribunes de Balaídos en raison d’une blessure à la cheville droite. Grâce à un marché des transferts toujours ouvert en Espagne, le Celta de Vigo active de nouvelles pistes dont l’une d’elles mène à… Nolito. À défaut de ne pas avoir été formé au Celta, l’actuel milieu offensif du FC Séville pourrait revenir dans un club où il a donné et reçu beaucoup d’amour. Reste à savoir si le principal intéressé souhaite se rabibocher avec son ex…

Quoi qu’il en soit, les avantages de cette méthode de développement sont triples. D’abord, faire connaître la qualité du centre de formation afin de vendre au prix fort. Fin 2017, une étude du CIES plaçait le Celta de Vigo en treizième position des clubs à compter le plus d’anciens pensionnaires de son centre de formation dans les cinq grands championnats européens (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie, France). "Nous recevons beaucoup d’approches de clubs pour nos joueurs dans toutes nos catégories, en Espagne comme à l’étranger, expliquait fin mai Mouriño pour El Desmarque. Je souhaite émettre une réflexion pour les parents de ces enfants : de tous ceux partis du centre de formation du Celta, aucun n’est devenu professionnel. Cette saison passée, six jeunes du centre ont débuté en Liga." Ou comment inciter ses génies en herbe à ne pas brûler les étapes.

Iker Losada, le garçon plein d’avenir

Ensuite, rapatrier ces anciens élèves à des prix raisonnables permet d’éviter le temps d’adaptation au nouvel environnement et perpétue des liens fondamentaux au club par la même occasion. "Je recherchais un club dans lequel j’allais me sentir aimé et mis en valeur, et j’ai senti que revenir à la maison était la meilleure option, expliquait ainsi Denis Suárez au moment de son retour au Celta, huit années après avoir quitté son club formateur à 16 ans pour Manchester City contre un million d’euros. À présent, notre objectif commun est de remettre le Celta de Vigo à la place qu’il mérite, à savoir en Europe. Je suis persuadé que ce socle de joueurs formés au club va faire du bien à l’équipe, et j’espère que d’autres suivront." Depuis, Mina et Diop ont répondu à l’appel.

Santi Mina (Celta Vigo)

Santi Mina (Celta Vigo)Getty Images

Enfin, cet afflux massif de canteranos dans l’équipe première permet d’acquérir un soutien de poids pour la prochaine saison : le public de Balaídos. Très friands des retours au bercail comme ceux d’Aspas ou Suárez (vendus pour des raisons plus financières que sportives afin de tirer un trait définitif sur la crise économique connue par le club dans les années 2000), les socios du Celta soutiendront les enfants du cru qui chérissent ce maillot essentiel à leurs yeux, à la manière d’Iker Losada Aragunde. Malgré un écart de trois buts face au Real Madrid, l’attaquant de 18 ans a optimisé les deux minutes de temps de jeu offertes par Escribá pour sauver l’honneur des siens. Une preuve supplémentaire que la formation reste la véritable arme fatale du Celta de Vigo.

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