À coup sûr, Julen Lopetegui se souviendra longtemps de son premier derby sévillan vécu sur un banc de touche. En visite dans l’hostile Benito-Villamarín, son FC Séville s’impose au terme d’une rencontre dominée (1-2), et fait pleurer le voisin du Betis plongé dans les bas-fonds de la Liga 2019-2020. En plein acte jubilatoire après la fin du match sifflée par l’arbitre central, Lopetegui brandit deux fois son poing droit à destination du ciel pour célébrer ce précieux succès. Dans la foulée, il enlace de joie Éver Banega, l’une des légendes vivantes de Séville, venu sauter dans les bras de son nouveau mentor. Tout un symbole.
Si Lopetegui s’est mis à lever deux fois son poing vers le haut pour crier victoire, cela n’est sans doute pas dû au hasard. Durant l’année civile 2018, le Basque de naissance s’est blessé deux fois pour former avec le temps deux cicatrices apparentes : l’une au fer rouge, l’autre au fer blanc.

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Le premier des deux accidents est arrivé au moment où l’homme s’y attendait sans doute le moins. Prêt à aller conquérir le monde avec la sélection espagnole après deux années de travail en interne, Lopetegui est démis de ses fonctions par le président de la fédération Luis Rubiales. La raison ? L’officialisation de son accord avec le Real Madrid afin de s’engager dans la Maison Blanche après le Mondial en Russie. Un engagement au préalable que le taulier de La Roja ne supporte pas. Résultat : Lopetegui prend la porte deux jours avant l’ouverture du Mondial de l’Espagne face au Portugal.
"Ce fut dur et je n’oublierai jamais cette sensation, car elle me prenait par surprise et je sentais que cela était très injuste, explique Lopetegui pour la BBC, en mars dernier. Lors du vol retour à Madrid, je n’ai rien dit pendant cinq heures. C’était une expérience très difficile mais je me devais d’avoir un état d’esprit optimiste." Malheureusement, ce licenciement dicté par Rubiales a causé des torts à la fois pour l’Espagne, éliminée piteusement en huitièmes de finale par la Russie (1-1, 4-3 aux tirs au but), et pour Lopetegui.

Julen Lopetegui n'est plus le sélectionneur de l'Espagne

Crédit: Getty Images

Fraîchement arrivé à Valdebebas, où il est présenté comme nouveau coach du Real dans une conférence de presse lunaire, ses émotions se mélangent entre larmes de joie et de tristesse associées à son éviction de l’équipe nationale. "Je n’avais pas dormi, poursuit Lopetegui. Je ne savais même pas où j’étais. Un jour, vous entraînez votre équipe en Russie pour le Mondial et le suivant vous vous retrouvez au Santiago-Bernabéu. Tout est allé très vite, c’était difficile d’assumer tout cela et mon moral était à fleur de peau."

Séville, meilleure équipe de Liga à l’extérieur

De toute évidence, aborder une aventure en tant qu’entraîneur du Real Madrid dans un état de traumatisme mental aggravé n’inspire pas une grande sérénité pour les mois à venir. Nommé pour succéder au légendaire Zinédine Zidane à la tête des Blancos, Lopetegui effectue quatre mois de tâtonnement avec son effectif à disposition avant de capituler lors du premier Clásico de la saison en Liga contre le Barça au Camp Nou (5-1). Trois jours plus tard, Lopetegui est une nouvelle fois démis de ses fonctions. "Je ne dirai jamais de mal du Real Madrid, confie Lopetegui. Entraîner ce club est une expérience fantastique pour n’importe quel entraîneur. J’espérais simplement bénéficier d’un peu plus de temps, mais maintenant, je dois regarder vers l’avenir."
Un futur que l’entraîneur a pris le temps de choisir avec un club à sa mesure : le FC Séville. Cantonnés aux billets pour la Ligue Europa depuis trois saisons consécutives, les Palanganas rongent leur frein pour retrouver la prestigieuse Ligue des champions. Pire encore : l’été dernier, les principales armes offensives du club comme Pablo Sarabia ou Wissam Ben Yedder ont quitté l’Andalousie pour rejoindre les têtes d’affiche du Championnat de France. Confronté à ces départs de taille, Lopetegui s’est retroussé les manches en partenariat avec Monchi pour recruter des joueurs offensifs déjà rodés au haut niveau : Luuk De Jong, Chicharito, Munas Dabbur, Rony Lopes ou encore Lucas Ocampos.

Marcelo et Julen Lopetegui lors de FC Barcelone-Real Madrid / Liga

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À cela s’ajoute la venue d’Oliver Torres, milieu de terrain espagnol prometteur que Lopetegui entraînait déjà au FC Porto, l’expérimenté ratisseur Fernando et les deux défenseurs centraux issus de la Ligue 1 : Diego Carlos et Jules Koundé. Cumulées à l’effectif déjà en place, ces recrues permettent à Séville d’être la meilleure équipe de Liga à l’extérieur avec 16 points pris sur 24 possibles, mais également de s’installer sur le podium du championnat derrière le Real et le Barça. Prochain adversaire des Andalous sur la liste, Osasuna a le mérite d’être prévenu : Séville ne compte pas venir à Pampelune pour y faire de la figuration. Mais au fond, comment cette équipe est-elle parvenue à renaître de ses cendres ?
Je plante les graines de Cruyff pour tenter de développer ses idées
Tout simplement parce qu’à l’image de son entraîneur, Séville recherchait un second souffle après un rythme éprouvant concernant la valse des entraîneurs et les schémas tactiques depuis le départ d’Unai Emery : la transmutation de Séville par Jorge Sampaoli en 3-5-2, 3-4-3, 4-3-3 puis 4-3-1-2, le retour au 4-3-3 sous Eduardo Berizzo puis Vincenzo Montella, puis un nouveau 3-5-2 avec Pablo Machín sans oublier le travail de l’ombre régulier de Joaquín Caparrós…
En clair, Séville avait besoin d’un guide capable d’établir une logique claire pour repartir de l’avant. C’est visiblement le cas de Lopetegui, influencé par une icône lors de son passé de joueur au Barça entre 1994 et 1997. "J’ai toujours pensé que Cruyff était différent des autres entraîneurs, explique Lopetegui. Il était brillant et toujours en avance sur les autres. Aujourd’hui, je plante les graines de Cruyff pour tenter de développer ses idées." Vers un FC Séville au football total ? Pourquoi pas…
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