Habitué à tout faire du côté de son ancien club, lançant les attaques tout en bloquant celles de l’adversaire, Antoine Griezmann a plus de difficultés maintenant que sa zone d’expression s’est réduite – et ses responsabilités avec. Mais il n’est pas le seul à avoir été impacté : dépendant de son meilleur joueur, l’Atlético doit faire évoluer sa façon de jouer. Un travail en cours, que les résultats mitigés ne reflètent qu’à moitié. Toujours prudents dans la construction de leurs actions, les Colchoneros montrent pourtant des signes encourageants… que le manque de réalisme relègue au second plan.

Avec ballon : adaptation tactique mais manque de variété

Grand adepte du 4-4-2 à plat, Diego Simeone hésite de moins en moins à faire évoluer son dispositif. Après avoir testé des systèmes en losange, où Thomas Lemar occupait le poste de numéro 10, il a également expérimenté la défense à trois. Cohérente sur le papier, ses latéraux (Kieran Trippier à droite et Renan Lodin à gauche) ayant un profil très offensif et son effectif comptant quatre centraux capables d’être titulaires (Stefan Savic, José Gimenez, Mario Hermoso, Felipe), l’animation n’a pas résolu le problème majeur du début de saison : la variété des situations créées.
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Sur le papier, l’idée de jeu avec le ballon est aussi simple qu’efficace : contrôler l’entrejeu, en alignant des milieux techniques sur les côtés (Koke, Lemar, Saul Niguez) plutôt que des ailiers de débordement, attirer l’adversaire dans l’axe pour profiter des espaces libérés sur les côtés et mettre le ballon dans la surface.
Une idée où la patience est essentielle, puisqu’il s’agit d’éviter de faire l’erreur qui donnera une opportunité de contre-attaque, qui a tendance à emmener les matches dans un faux rythme. Et à amener du déchet quand l’espace laissé était un piège, puisqu’aucune équipe des cinq grands championnats n’a été plus souvent signalée hors-jeu. Avec l’émergence de Tomas Partey au milieu, des latéraux capables de délivrer d’excellents centres et Alvaro Morata et/ou Diego Costa pour les reprendre, le plan a cependant tout pour fonctionner. À condition que le réalisme soit au rendez-vous.

Thomas Lemar (Atlético de Madrid)

Crédit: Getty Images

Car si l’Atlético est l’équipe de Liga qui attaque le plus en zone axiale, c’est d’abord dans un esprit de conservation à une trentaine de mètres des buts adverses, et ses offensives sont plus qualitatives que quantitatives. Contrairement au voisin madrilène, qui envoie des vagues (16,9 tirs par match) au risque de s’en prendre, les Rojiblancos (11,5 tirs) n’y vont que quand le décalage est fait. Aux matches à dix “demi-occasions”, ils préfèrent ceux à deux opportunités quasi immanquables.
Malheureusement pour eux, toute la ligne offensive est en nette sous-performance, à commencer par Morata, l’attaquant numéro un. Avec seulement deux buts sur coup de pied arrêté, contre quatorze la saison dernière, l’Atléti doit créer pour marquer, après des années à plier d’un coup de tête des rencontres pas toujours passionnantes. Le bilan chiffré est à l’avenant : 16 buts en 14 journées, contre 35 au Barça mais aussi 27 à Villarreal, pourtant pas doté du même effectif.
En attendant un éventuel retour à la normale question réussite – ce qui n’est pas garanti puisque Morata reste sur trois saisons de sous-performance par rapport à ses expected goals –, la clé se trouve dans les performances de Joao Felix. Recruté pour remplacer Griezmann, il est le seul capable de combiner création et finition depuis l’axe à l’approche de la surface.
Une zone dense, où il faut penser et agir vite, que ses partenaires ne visitent que si un score défavorable les y oblige. Le Portugais, très bon en pré-saison mais irrégulier puis blessé par la suite, peut amener la variété qui créera l’incertitude. Moins dépendant d’un seul joueur, son club a gagné en circuits collectifs ce qu’il a perdu en talent brut. Sauf que dans un championnat où le seul talent de Lionel Messi permet au Barça d’empiler les titres sous Ernesto Valverde, la philosophie de jeu ne garantit pas les succès.

Joao Félix avec l'Atlético de Madrid

Crédit: Getty Images

Sans ballon : pressing et difficultés à défendre la surface

Pour éviter de construire ses attaques depuis l’arrière, l’Atlético évolue avec un bloc bien plus avancé que la saison dernière. Une adaptation assez facile à faire, puisque les lignes sont toujours aussi resserrées et les mécanismes les mêmes qu’auparavant – mais actionnés une dizaine de mètres plus haut. Ce pressing, d’habitude réservé à quelques grands matches et dont l’intensité pouvait noyer l’adversaire, a un autre avantage que la récupération dans le camp adverse : éviter de devoir défendre trop bas.
Contrairement à ses prédécesseurs, cette équipe a en effet de grandes difficultés à subir sans concéder de grosses situations. Et même son portier, un Jan Oblak au-dessus du lot depuis quelques années dans les buts (on passera son jeu au pied sous silence), n’est plus aussi décisif. Est-ce le seul départ de Diego Godin qui explique cette fragilité ? Sur les neufs buts encaissés en championnat, quatre l’ont en effet été sur coups de pied arrêtés, en plus des deux pris sur cette phase en Ligue des champions. Une balance déficitaire qui ne ressemble pas aux habitudes de la maison, où la capacité à subir sans craquer était inscrite dans les gênes, mais qui fait écho à la remontée subie face à la Juventus la saison dernière.

Jan Oblak

Crédit: Getty Images

Vainqueurs 2-0 à l’aller, les Colchoneros avaient concédé trois buts au cœur de la surface, le premier après un cafouillage sur corner, les deux autres sur des têtes de Cristiano Ronaldo au point de penalty. De quoi remettre en cause la solidité du bloc bas, qui n’est plus qu’une arme de protection. Sans Griezmann, parfait pour lancer les transitions des Bleus lors du dernier Mondial, l’Atlético ne s’épanouit même pas en contre-attaque. Pour l’instant, en tout cas.
Au tiers de la saison, les hommes de Diego Simeone sont remplis de paradoxes. À l’œil, ils peinent toujours à convaincre, le rythme tranquille qu’ils impriment s’accompagnant d’une prise de risque limitée, avec quelques joueurs devant le ballon et les autres en couverture. Eux qui gagnaient des rencontres qui avaient de bonnes gueules de 0-0 n’y arrivent plus, et leur difficulté à conclure s’accompagne d’inhabituelles erreurs défensives. Le plan A de Diego Simeone remis en cause, l’entraîneur argentin fait évoluer le projet collectif mais ses individualités ne le bonifient pas. Dans ce contexte, le turn-over, qui servait auparavant à perturber l’adversaire, trahit d’abord la recherche de la bonne formule.
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