Musique épique. Voix-off espagnoles qui se mêlent aux images d’archives. Phrases chocs et débuts d’argumentation. Pour faire la promotion de sa chronique en partenariat avec Amazon Prime, Marca coche tous les cases de la bande-annonce caricaturale du blockbuster. Le tout avec un titre alléchant qui appelle un jugement tranché : "Zidane, entre ombre et lumière : est-il meilleur comme joueur ou comme coach ?".
Bon courage à celui qui s’y colle. S’il y a une chose que l’on a retenu concernant ZZ, c’est de ne jamais tirer de trait définitif. Demandez aux journalistes espagnols, persuadés que l’heure du Français avait sonné en décembre dernier, alors que son Real ne tenait plus qu’à un fil en Ligue des champions et semblait largué comme rarement en Liga. Quatre mois plus tard, Zidane est en passe de réussir un plan secret complètement fou : profiter de la défaillance de l’Atlético pour garder la couronne espagnole et rêver haut et fort d’un doublé avec une C1 qu’on pensait déjà réservée à d’autres que lui.
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Dans ce genre de scénario, le savant à l’origine d’un tel renversement habite toujours un personnage déséquilibré, névrosé et en marge de la société. Mais puisque Zidane prend un malin plaisir à décocher les cases que le monde moderne lui impose, il a échafaudé tout ça à son image : calme, patient, sûr de sa force et raisonnable au vu des armes à sa disposition. Au plus fort de la bourrasque, il n’a pas dévié de sa ligne de conduite, un mantra qui lui a permis de survivre à tout jusqu’ici : les cadres d’abord, tout le reste après.

Généraux au niveau et gamins enfin tueurs

Quand les matches sans enjeux s’enchaînaient, que les effets d’une préparation tronquée touchaient de plein fouet un effectif madrilène vieillissant, on lui a reproché de s’être trop appuyé sur le passé pour continuer à survivre au présent. Le constat est là et reste similaire quelques mois après : son Real, illisible sur une saison entière, vit de bric et de broc et garde le cap à la faveur de victoires arrachées plutôt que construites. Mais puisque qu’une saison est une longue guerre, il faut savoir s’habituer aux tranchées. Chaque petit pas en avant est déjà une victoire en soi. Puis, quand le grand soir arrive, les généraux entrent en scène. Avec Zidane, ils répondent systématiquement à l’appel du combat.
Mardi, face à une armée de Reds franchement pâlichonne (3-1), même sans son caporal du vice, Sergio Ramos, sans son soldat le plus "propre" derrière, Raphaël Varane, Zidane a pu compter sur des capitaines au sens large. Casemiro - Kroos - Modric - Benzema : avec eux, pas de coups de Trafalgar mais un niveau minimum systématiquement garanti dans les moments critiques. Mais mardi a aussi marqué la récompense de l’immense patience du double Z. Car, pour une fois, ses gamins ont fini par tuer l’ennemi après avoir si souvent échoué dans cette quête.

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Pas tacticien, vraiment ?

Vinicius Jr et Marco Asensio, logiquement critiqués pour leur apport statistique insuffisant jusque-là, ont offert une autre occasion à Zidane de mettre en avant sa méthode : jamais il n’a eu un mot déplacé, jamais il n’a crié, jamais il n’a remis en cause sa confiance envers eux. Peut-être parce qu’au fond, il n’avait pas d’autres choix que d’y croire avec cet effectif mal construit. Mais le résultat est là : cet acte de naissance européen n’aurait sans doute jamais existé s’il avait tapé du poing sur la table, s’il avait coupé des têtes ou s’il avait réclamé des renforts. Il le sait mieux que personne : tout Zidane qu’il est, on ne réclame rien au Real, on n’impose rien au Real, surtout quand c’est Florentino Pérez aux commandes. On s’adapte, simplement.
Le caméléon Zidane a donc enfilé sa tenue multi-usages. Là où Jürgen Klopp est passé à côté de son choc, le Français a eu une lecture tactique parfaite. Rien de révolutionnaire mais de petits ajustements bien sentis : un Vinicius en électron libre, Lucas Vazquez et Ferland Mendy sur-responsabilisés à la sortie de balle pour éviter des catastrophes de sa charnière expérimentale et inquiétante, un Casemiro en mouvement constant pour laisser Kroos à la baguette, dans un fauteuil. Basique ? Sans doute. Mais systématiquement efficace dans ces matches à enjeu.

Vinicius Jr. vient célébrer son doublé face à Liverpool avec son entraîneur Zinédine Zidane

Crédit: Getty Images

A la question initiale de Marca, on serait tenté d’avancer une piste : Zinédine le joueur était clinquant car esthétique, Zidane l’entraîneur est anachronique car minimaliste. A l’heure où Pep Guardiola a fait des émules et où on attend de chaque entraîneur une idée à la seconde, il est resté vieille école. Les joueurs décident du sort d’un match, surtout quand il est capital, pas les circuits ou les schémas de jeu. Le seul point commun entre le joueur et le coach : cette capacité à faire le choix juste au moment décisif. La marque des géants, assurément.

La thèse CR7 a volé en éclats

Le grand Atlético de Diego Simeone, le Bayern de Jupp Heynckes ou de Carlo Ancelotti, le Barça de Luis Enrique, celui d’Ernesto Valverde et de Ronald Koeman, la Juve de Max Allegri ou l’Inter d’Antonio Conte : son tableau de chasse est trop prestigieux pour n’être qu’un hasard. Reste cette question lancinante qui risque de se faner à mesure que ses stars disparaissent sous le poids des années : Zidane n’est-il que le simple accompagnateur de joueurs au talent trop immense pour rester discrets ? Au fond, que vaut-il sans Benzema, Modric, Kroos ou Sergio Ramos ?

Zinédine Zidane, sur le bord du terrain

Crédit: Getty Images

C'est tout le charme du débat. Reste que la thèse, quasiment devenue vérité générale du temps de Cristiano Ronaldo au Real, a pris un sacré coup dans l’aile. Au fond, certains y voient une critique. C’est pourtant tout l’inverse qu’il faut s’efforcer de constater : la capacité de Zidane à mettre ses meilleurs joueurs dans les meilleures dispositions est sans doute proche de ce qui se fait de mieux en Europe. Un art que tout le monde n’a pas réussi à reproduire, surtout dans l’hystérique capitale madrilène.
Quand les cadres lâchent, le bateau tangue, forcément. C’est le revers de la médaille. Mais aussi la beauté de celle-ci : quand ses fidèles compagnons lui rendent la pareille, son Real revit. A un moment charnière de la saison, forcément. Quand le Real tape à la porte du dernier carré de C1, stade plus atteint depuis 2018, et qu’il aborde le Clasico dans la position du chasseur. Il fallait être fou pour croire à un scénario pareil. Mais le raisonnable Zidane avait un plan : il a bien fait d’y croire jusqu’au bout.
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