Aujourd’hui plus que jamais, la frénésie du football laisse peu de place à la réflexion. Pour les clubs les plus prestigieux, les rencontres s’enchaînent tous les trois jours, les dynamiques s’inversent au fil des résultats et chaque acteur du sport roi doit trouver une solution express à chaque problème car, comme le dit si bien l’adage, "tout va très vite dans le football". Seulement, cette spirale chronophage et infinie s’est enraillée le temps d’un match de la vingt-neuvième journée de Liga entre Cadix et Valence, le 4 avril dernier.
À la vingt-neuvième minute de jeu sur la pelouse du stade Ramón de Carranza, le joueur du FC Valence Mouctar Diakhaby quitte sa position de défenseur central et se lance à la poursuite de Juan Cala, son homologue du côté des Gaditanos. Visiblement désireux d’en découdre sur le champ, le stoppeur formé à l’Olympique Lyonnais reçoit un carton jaune puis baisse en température grâce à son coéquipier de charnière centrale Gabriel Paulista et son capitaine José Luis Gayà. Cela étant, Diakhaby ne souhaite pas en rester là. Suivi dans sa démarche par Paulista qui s’insurge devant les propos retranscrits par son acolyte ("Noir de merde, non !"), le numéro 12 des Chés prend la direction du vestiaire et toute son équipe lui emboîte le pas. Incrédules, les Andalous restent quelques minutes sur la pelouse avant de se rendre à l’évidence : le match est arrêté.

Mouctar Diakhaby a quitté la pelouse après s'etre dit victime de propos racistes de la part d'un joueur de Cadix

Crédit: Eurosport

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Dans le vestiaire, les joueurs de Valence discutent ensemble de l’incident et comprennent que Diakhaby aurait été victime d’une insulte à caractère raciste. "Nous attendions de savoir ce qui allait se passer et nous étions solidaires envers notre coéquipier, explique Gayà à la fin d’une rencontre finalement retardée de vingt-quatre minutes et perdue par les visiteurs (2-1). Mais ils sont venus nous voir pour nous dire que nous devions sortir, au risque de perdre les trois points et peut-être d’autres. Diakhaby nous a alors demandé d’y aller et de jouer la suite du match. S’il ne nous avait pas demandé de le faire, nous ne serions pas sortis. Nous sommes avec Diakhaby jusqu’à la mort." Plusieurs questions viennent alors en tête : qui sont les personnes venues alerter Valence d’une possible sanction ? Et surtout, quelles sont les suites à donner à une problématique aussi grave ?

Cala : "Dans ce pays, il n’y a pas de présomption d’innocence"

Dans son communiqué d’après-match, le FC Valence avait indiqué que "l’arbitre avait précisé aux joueurs les conséquences potentielles de ne pas revenir sur le terrain". Le Comité Technique des Arbitres (CTA) a immédiatement répondu en expliquant que David Medié Jiménez, arbitre central de la rencontre, n’avait pas obligé les Valenciens à revenir sur la pelouse et qu’ils avaient agi de leur plein gré.
Remplacé au retour des deux équipes sur la pelouse et en tribune pour assister à la fin de la rencontre, l’international Espoirs français s’est légitimement senti blessé par cet incident pendant que Cala, finalement remplacé à la pause, s’enfermait dans le silence. En conférence de presse, Alvaro Cervera précise : "Il ne m’a pas dit qu’il ne lui avait rien dit, il m’a dit qu’il ne l’avait pas insulté, divulgue l’entraîneur de Cadix. C’est mon joueur, je le crois". De retour à l’entraînement le lundi matin, le stoppeur andalou annonce qu’il prendra la parole le lendemain mais marque déjà son territoire. "On dirait que dans ce pays, il n'y a pas de présomption d'innocence."
Dans les bureaux de presse, la Une du quotidien Marca titre "No estás solo" (Traduction : "Tu n’es pas seul") et la couverture isole Diakhaby assis dans les gradins. Le jour suivant, le footballeur s’explique pour la première fois depuis une vidéo sur son compte Twitter : "Il y a une action où un joueur m’insulte, détaille le plaignant. Les mots sont ‘Noir de merde’. Cala m’a dit cela et c’est intolérable. Vous avez bien vu mes réactions, cela ne peut pas se produire dans la vie normale et surtout dans le football, un sport de respect. Ensuite, un joueur de Cadix a demandé à l’un des nôtres si le jeu pouvait reprendre dans le cas où Cala s’excuserait. Nous avons dit non. Ça ne se passe pas comme ça, tu ne peux pas dire ce genre de chose, t’excuser et faire comme si de rien n’était. Aujourd’hui je me sens bien, mais cela m’a fait beaucoup de mal sur le coup. (…) J’espère que La Liga va agir et établir des sanctions."
Diakhaby a mal entendu
Concrètement, La Liga, perçue comme une association engagée dans la lutte contre la propagation du racisme et de toute autre forme de discrimination, n’a pas voulu sanctionner Cala dans le feu de l’action. Comme l’indiquait la Cadena COPE dès le lundi suivant, aucune image et aucun enregistrement audio à disposition ne pouvaient confirmer et accréditer la thèse d’éventuelles insultes de Cala. Dès lors, l’intéressé s’est présenté "très calme" pour donner sa version des faits et expliquant vouloir "intenter une action en justice contre tous ceux qui ont endommagé mon image depuis dimanche. (…) J’ai reçu plus de 500 messages d’anciens coéquipiers, de coachs, etc. Ce sont des moments difficiles pour ma famille car je subis un véritable lynchage public (...) J’ai joué dans quatre championnats, face à des Sud-Américains, des Africains, c’est un choc. Je n’ai jamais eu ce genre de problèmes. Il existe deux options : soit Diakhaby l’a inventé, soit il s’est trompé. Le reste est un cirque…"
Sans surprise, deux versions des faits s’opposent et les deux camps semblent convaincu l’un comme l’autre de la véracité de leurs propos. Dès lors, La Liga, malgré de nouvelles séquences audios sortant au fur et à mesure de l’enquête, se mure dans le silence. Et cela exaspère Diakhaby, qui ne se prive pas pour réagir sur les réseaux sociaux. Vendredi dernier, c’était au tour de Javier Tebas de s’exprimer sur l’affaire qui fait jaser outre-Pyrénées et d’affirmer l’innocence de Cala. "Il est prouvé que Cala n’est pas raciste et que Diakhaby a mal entendu, expliquait le sympathisant de Vox dans l’émission radio Super Deporte. J’ai aussi confiance en ce qu’il dit mais il a dû mal comprendre comme cela se passe tant de fois dans la vie." Sur Instagram, l’ancien Lyonnais a tourné en dérision les propos d’un homme également connu pour être sympathisant au parti politique d’extrême-droite VOX.

Le combat continue

Aujourd’hui, l’affaire est toujours à l’étude. Cala et Diakhaby, tous les deux titulaires le week-end dernier contre Getafe (1-0) et la Real Sociedad (2-2), se sont reconcentrés sur les intérêts sportifs respectifs de leurs équipes. Mais si le quotidien du championnat reprend ses droits, Diakhaby ne compte absolument pas en rester là. "L’enquête n’a pas encore donné raison à Cala, déclarait le joueur dans l’émission Top of The Foot sur RMC ce lundi. Elle suit son cours. On va passer devant la fédération, un juge va essayer de résoudre cette affaire. (…) L’histoire n’est pas finie. Je ne comprends pas cette situation, sachant les preuves qu’ils ont. Ils connaissent des indices qui sont confidentiels. Il y a des enregistrements, mais ils ne disent pas tout apparemment. (…) Je compte aller au bout de cette histoire."
Dernièrement, la COPE avait laissé entendre que les mots de Cala proférés à l’encontre de Diakhaby était "Mierda, déjame en paz" (Merde, fous-moi la paix), puis quelques secondes plus tard "Perdona, no te cabrees" (Pardon, ne t'énerve pas). De nouveaux rebondissements dont Diakhaby ne se satisfait pas. "Je ne suis pas fou, je ne vais pas sortir du terrain et créer une fausse polémique. Ce serait fou de faire ça. J’aurais fait le maximum, mais les gens verront que la gestion de cette notion de racisme ne veut pas être forcément éradiquée. Ils ne sanctionnent pas les protagonistes. Je ne vais pas dire qu’ils sont complices de cela mais entre guillemets, c’est ça. (…) Je ne connais pas Juan Cala personnellement, je ne sais pas s'il est raciste, mais il a tenu des propos racistes." Une chose est sûre : jusqu’à preuve du contraire, la Liga va désormais marcher avec une épine dans le pied.
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