En plein Euro, sans coéquipier et en moins d’un quart d’heure, Sergio Ramos a été remercié pour ses 16 ans de bons et loyaux services au Real Madrid. Des adieux a minima pour l’homme aux 22 trophées qui interviennent après un ultime feuilleton pour obtenir une dernière prolongation de contrat mais dont le déroulé laisse nettement présager que Florentino Pérez voulait tourner la page. Cette fin amère ressemble finalement à de nombreuses "despedidas" de capitaines emblématiques qui sont malgré tout tous revenus un jour ou l’autre à la Casa Blanca.
12h35 : Real Madrid TV envoie le générique d’ouverture de la conférence de presse d’adieu de Sergio Ramos, avec un double écran sur la famille qui écrase une larme. Ce 17 juin 2021, le capitaine habillant la déesse Cybèle d’un drapeau merengue après un titre appartient désormais au passé. Seize ans après son arrivée à la Casa Blanca, l’Andalou a tiré sa révérence avec un hommage de très exactement 13 minutes et 30 secondes photos comprises avant le retour plateau.
Aucun message de ses coéquipiers, de glorieux anciens ou de socios : la période limitant les flux de personnes aurait pu être contournée pour rendre l’instant plus chaleureux. L’acte a partagé l’afición merengue : dans une enquête réalisée par Marca, largement en faveur de Florentino Pérez, à la question concernant cet adieu officiel (quasiment 110.000 votes), 50% des participants ont répondu qu’il avait été froid quand l’autre moitié l’a trouvé à la hauteur de la légende. Parmi les observateurs avisés du Madridismo, une constatation fait l’unanimité ou presque : "FloPer" ne voulait plus du défenseur au Real Madrid.
Liga
5 ans et 50% de ristourne : Messi devrait bien prolonger au Barça
14/07/2021 À 13:09

Florentino Pérez, président du Real Madrid, et Sergio Ramos

Crédit: Eurosport

Sergio Ramos ne s’imaginait certainement pas vivre un mois de juin aussi pourri. Après avoir été écarté de la liste de Luis Enrique pour l’Euro en raison de ses blessures récurrentes qui ont saboté son année 2021, voilà l’homme aux 671 matches en merengue et 180 sélections éconduit par le Real Madrid. La conférence de presse organisée dans les salons d’honneur de Valdebebas était beaucoup trop impersonnelle, le discours de Florentino Pérez bien trop distant (sans parler de son body language, observez son regard, c’est particulièrement éloquent), les réactions de Pilar Rubio bien trop expressives malgré le botox pour masquer les stigmates d’un divorce loin d’être encore consommé.
Fred Chichin n’est plus là mais les histoires d’amour finissent toujours mal en général. L’insigne or et brillants, décoration remise aux grands du Madridisme, ne parvient pas à illuminer la fin de cette conférence de presse expéditive, pas plus que l’abrazo très bref et sans cariño entre les deux hommes.

Huit ans de montagnes russes

Premier transfert espagnol de Florentino Pérez (il a fallu attendre… 5 ans !) après que le président a flashé à la suite d'une frappe monumentale de 30 mètres décochée devant la Biris Norte du Ramón Sánchez-Pizjuán, Sergio Ramos s’est converti en monument du Madridisme. Nombre de matches, nombre de buts inscrits par un défenseur, nombre d’exclusions en Liga (comment pouvait-il en être autrement quand on a été pris sous son aile par Pablo Alfaro ?) : le latéral droit devenu défenseur central a réalisé le tour de force de supplanter Fernando Hierro dont il a également récupéré le numéro 4 dès sa signature.
La preuve d’une confiance en soi inébranlable, à l’image de son inénarrable costume blanc porté à Las Rozas lors de sa première convocation avec la Roja (et accessoirement dernier jour du mercato) alors que René, son frère et agent, a enfin en sa possession le contrat prêt à être signé.
Mais en dépit d’événements historiques pour le Real Madrid, à commencer par l’égalisation à la dernière seconde qui a conduit à la Décima tant désirée depuis 2002 (et qui a peut-être sauvé par la même occasion le mandat du président), Sergio Ramos et Florentino Pérez ne sont pas du genre à faire dans le sentiment. Et quand "FloPer" l’a évoqué dans son discours de despedida, peut-être a-t-il eu en tête la telenovela de 14 mois qui a suivi la conquête de ce titre.

Sergio Ramos

Crédit: Getty Images

La friture sur la ligne remonte à 2013. Le défenseur a déjà 8 ans d’ancienneté à la Maison Blanche et estime qu’un meilleur contrat s’impose (un contrat d’attaquant pour résumer) alors qu’il touche 6.5M€ nets par an et qu’il en réclame 10.
Le défenseur avait failli rejoindre Manchester United et un salaire mirobolant de 11M€ nets (peu ou prou ce que touchait Cristiano Ronaldo et Gareth Bale) alors qu’il lui restait encore 2 ans de contrat à honorer. Considérant que les dirigeants vikingos, dont certains n’hésitaient pas à la critiquer ouvertement, voulaient le vendre, se sentant déprécié par rapport à Karim Benzema, Luka Modric et Raphaël Varane, prolongés et augmentés alors qu’on ne lui proposait "que" 7.5M€ par an, Ramos avait mandaté son frère pour entamer discrètement des tractations, en prenant garde d’éviter les critiques de l’afición merengue.
In extremis en août 2015, le "pacte de Chine" avait scellé une prolongation de contrat de 5 saisons avec un salaire net situé entre 8.5 et 9M€ + bonus inclus qui avait rabiboché tout le monde. La signature avait même eu droit aux honneurs du palco du Bernabéu, chose jusque-là réservée à Cristiano Ronaldo. Les relations s’étaient même clairement réchauffées à la suite de la conquête de la Undécima, de la SuperCoupe d’Europe et de deux buts salvateurs à la dernière minute d’un Clásico (1-1) puis contre le Deportivo de La Corogne (3-2) qui avaient propulsé le Real Madrid vers la conquête de la Liga.
Un nouveau bail, le dernier, avait donc été signé pour très bons et très loyaux services. Témoignages dithyrambiques de glorieux anciens, confiance de l’effectif, de Zinedine Zidane et de Florentino Pérez : Ramos avait enfin la reconnaissance qu’il méritait.

Capitaines abandonnés…mais toujours de retour à Casa Blanca

Les fins de parcours des capitaines du Real Madrid sont rarement un lit de roses avec Florentino Pérez. La dernière prolongation de Sergio Ramos n’aura donc finalement pas lieu et les deux parties se quittent de manière aigre, surtout pour le joueur. Question de salaire, de refus de baisse d’émoluments pendant la pandémie, de péremption de la dernière proposition, d’exception à la règle pour prolonger 2 ans au lieu d’un comme il est d’usage au Real Madrid : l’entourage de Sergio Ramos a usé de toute son influence pour que la conférence de presse devant les journalistes ne se transforme pas en règlement de comptes à O.K. Real. Un léger goût de déjà-vu après le départ de Zinedine Zidane il y a quelques jours.

Zidane, révolution avortée : "Il n'avait pas les compétences pour être directeur sportif"

Avant l’Andalou, plusieurs emblèmes du club avaient été éconduits sans ménagement. Première victime : Fernando Redondo, en 2000, dès l’arrivée de "FloPer". Soutien public de Lorenzo Sanz, président déchu, l’Argentin avait été expédié au Milan malgré le désir de Vicente del Bosque (qui à son tour connaîtra la porte de service) de le conserver. En 2003, Fernando Hierro avait vu une prolongation de contrat accordée verbalement ne pas se concrétiser sur le papier après une dispute avec "FloPer" qui avait failli conduire les joueurs à boycotter les célébrations institutionnelles. En 2010, Guti a dû se contenter d’une conférence de presse avec Jorge Valdano mais sans la présence du président.
La même année, Raúl González Blanco avait tiré sa révérence en très petit comité, 3500 supporters au Bernabéu, car le club n’avait pas communiqué à temps. Le trophée Bernabéu 2013 s’est transformé en hommage controversé car le club ne l’avait pas annoncé comme tel ni dans son communiqué ni dans son affiche officielle, ce qui avait provoqué de nombreuses réactions de socios indignés. Cependant, le mythique numéro 7 avait pu disputer un dernier match devant 80.000 personnes et marquer un dernier but contre Al-Saad.
Enfin en 2015, Iker Casillas s’était carrément retrouvé seul, sans Florentino Pérez ni coéquipiers en tournée d’été en Australie pour faire ses adieux, ce qui avait donné lieu, au vu des protestations, à une "redespedida" sur la pelouse du Bernabéu à laquelle Pérez avait cette fois-ci assisté et qui avait reçu une bordée de sifflets et de "Florentino démission". Finalement, seul Álvaro Arbeloa a eu droit à des adieux réussis lors d’un match. Le Spartiate restera une exception.

Juve, PSG, équipe de France : Zidane dans l'impasse ?

Cependant, malgré des départs houleux, Florentino Pérez n’a jamais fermé la porte à un retour d’une légende du Madridisme : Hierro, Guti, Raúl et Casillas sont tous revenus pour jouer un rôle dans l’organigramme du club. Les adieux manqués peuvent se convertir en retours heureux. La fin de carrière de Sergio Ramos au Real Madrid et son retour dans quelques temps tiennent dans les paroles du chanteur flamenco José Mercé, son idole.
Aire pasa,
Aire nuevo, aire fresco
Para la casa
Aire, aire,
Pasa, pasa
Que tengas la puerta abierta,
La alegría para la casa.
Lele pom, pom
Lelelele pasa, que tenga la puerta
Abierta la alegría de mi casa
Au Real Madrid, les mauvais jours de despedida font souvent des lendemains qui chantent. Sergio Ramos a déjà la mélodie.
Liga
Un échange Griezmann - Saul pour mieux prolonger Messi, le plan du Barça
14/07/2021 À 10:30
Liga
Du podium du Ballon d'Or à laissé-pour-compte au Barça : Comment Griezmann en est-il arrivé là ?
09/07/2021 À 17:17