"Il faut que Griezmann joue dans un rôle qu’il connaît et où il peut montrer toutes ses qualités." En quelques mots, livrés le mois dernier à la chaîne de télévision néerlandaise NOS, Ronald Koeman a fait naître beaucoup d’espoirs… et de questions. Car si le nouvel entraîneur du Barça a souligné que le champion du monde n’était "pas un ailier traditionnel", définir son meilleur poste n’est pas chose aisée. Pas beaucoup plus que pour Frenkie de Jong, autre recrue que l’ancien défenseur compte utiliser différemment de ses prédécesseurs mais dont la palette permet plusieurs formules. Et qui a beaucoup plus l’habitude d’affronter des blocs bas, l’Ajax et les Pays-Bas ayant la confiscation du ballon dans leur ADN.

Rôle hybride

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Depuis qu’il a quitté la Real Sociedad pour l’Atlético Madrid en 2014, Antoine Griezmann s’est souvent retrouvé dans une configuration précise : deuxième attaquant d’un 4-4-2 qui reste en bloc et attaque en petit comité, il devait décrocher pour faire le lien entre le milieu et un partenaire moins habile entre les lignes (Mario Mandzukic, Diego Costa, Alvaro Morata, Kevin Gameiro…). Une configuration qui le transformait sans le dire en numéro 10, dans la zone occupée comme dans les tâches confiées. Sa capacité à se retrouver en zone de finition grâce à une VMA exceptionnelle et une vraie grinta dans les duels, et surtout à y être plus efficace que ses compères qui ne la quittaient pas, entretient cependant l’idée qu’il est aussi un excellent attaquant axial.

Avec les Bleus, Antoine Griezmann occupe un rôle différent.

Crédit: Getty Images

Son utilisation avec les Bleus confirme l’incompréhension. Ou, plutôt, la difficulté à cerner un joueur qui peut briller à plusieurs hauteurs sur le terrain. Lors de l’Euro 2016, où il donna sa pleine mesure en soutien d’Olivier Giroud, puis du Mondial 2018, où il fut le relayeur qui permet de sortir les ballons sous pression et le meneur qui crée les décalages, sa position moyenne resta celle d’un meneur. Un 10 façon Alfredo di Stefano, qui s’éloigne du champ de bataille de la surface et l’investit quand il a l’opportunité de marquer, avec beaucoup moins de créativité dans le dribble mais le jeu en une touche qui permet de casser le pressing adverse. Une qualité qui, comme sa capacité à s’insérer au milieu pour défendre, a désormais moins d’utilité.

Nouveau contexte

Car, contrairement à l’Atlético et aux Bleus, parfois contraints de faire le jeu mais qui préfèrent le bloc médian et les transitions, le Barça veut toujours être décideur. Ce qui passe par une volonté d’avoir la possession sur de longues séquences, pour préparer ses attaques et occuper les meilleures positions en cas de perte de balle. Pour se reposer aussi, les Catalans n’ayant plus les jambes de 2015. D’où une configuration qui se répète souvent en championnat : 21 joueurs dans un camp, dont une bonne dizaine autour de la surface adverse, et des espaces à trouver dans la taille d’une cabine téléphonique.

Rien d’insurmontable en théorie, la version coachée par Pep Guardiola l’a d’ailleurs prouvé pendant des années, à condition de savoir s’y prendre. Les solutions ? Créer de l’espace plus bas sur le terrain (le milieu a nettement perdu en créativité par la passe), centrer (les réceptionneurs manquent de gabarit et tous les pourvoyeurs ne se valent pas), tirer de loin (Koeman le fait sans doute encore mieux que la plupart de ses joueurs) ou dribbler tout le monde (Lionel Messi y arrive régulièrement mais il faut des appels pour occuper une partie de la défense). Rien qui ne semble immédiatement coller aux qualités naturelles de Griezmann, qui n’a pas non plus été biberonné au jeu de position et ses codes précis dans les circuits de construction du jeu.

Expériences ratées

L’incompréhension s’est manifestée dès le début de la saison dernière. Aligné d’entrée lors des cinq premières journées, le Français peine à se situer. Avec Luis Suarez titulaire à ses côtés, Barcelone s’incline à Bilbao (0-1) – l’Uruguayen sortant blessé peu avant la pause – et Grenade (0-2) en cumulant trois tirs cadrés. Sa présence en pointe du 4-3-3 n’empêche pas non plus de concéder un nul très heureux à Osasuna (2-2), et seul le retour dans le onze de Lionel Messi après une blessure lancera une série de treize victoires en quinze matches. Une spirale positive entamée par un corner déposé sur la tête du Français contre Villarreal (2-1), passe décisive suivie d’une franche accolade.

Le câlin de Griezmann à Messi face à Villarreal

Crédit: Getty Images

La suite ressemble à une grande incompréhension. Ernesto Valverde continue à bâtir autour de Lionel Messi, qui lui a offert deux Liga à lui seul et semble parti pour le refaire, préférant que Griezmann joue les utilités plutôt que de construire une relation qui pourrait bénéficier aux deux… ou brider son meilleur joueur. Quique Setien, qui prend le poste d’entraîneur en janvier, tente de résoudre les problèmes par le jeu (un 3-4-3 d’inspiration cruyffiste pour multiplier les circuits en triangle) et les associations (un 4-4-2 losange où Messi, Suarez et Griezmann occupent une place axiale) mais abandonne vite faute de réussite et de poids dans le vestiaire. Et renvoie donc le problème au point de départ : peu importe sa position et ses partenaires, jamais le Français ne brille sur la durée.

Réflexion en cours

Alors, comment Ronald Koeman compte-t-il s’y prendre pour refaire du Barça une équipe performante ? En intégrant pleinement Grizou à sa réflexion, donc, ce qui sera plus facile (et obligatoire) sans Luis Suarez. Et en jouant en 4-2-3-1, un dispositif à contre-courant de la philosophie de jeu catalane depuis trois décennies mais qui a le mérite de fixer deux joueurs dans l’axe.

Les deux derniers matches de préparation ont montré que, si le technicien tient à son système, l’utilisation du quatuor offensif reste à définir. Contre Gérone, Griezmann a joué numéro 10 derrière Messi, avec Trincao à sa droite et Philippe Coutinho à sa gauche. Avec moins de permutations qu’attendu, l’Argentin quittant peu sa position d’avant-centre, mais donc plus d’espaces. Trois jours plus tard, face à Elche, Ansu Fati a été intégré à gauche, Coutinho décalant dans l’axe et Griezmann à droite. Une position d’ailier surtout visible en début d’action, l’idée étant qu’elle se développe à l’opposée et que le natif de Mâcon repique pour prendre l’espace. C’est d’ailleurs dans cette configuration qu’il a poussé au fond un centre de Jordi Alba pour le seul but du match.

En agrandissant l’écart entre les joueurs, le nouveau coach réduit les possibilités de combiner et de presser à la perte du ballon mais agrandit le champ d’expression. Forcément moins compact, surtout quand Messi reste haut pour fixer la charnière, l’adversaire donne de l’espace aux joueurs reculés, à commencer par Griezmann. Plus intéressante pour lui, l’approche pose tout de même des questions. Le Français, qui n’en faisait plus depuis son arrivée, a-t-il encore les cannes pour multiplier les appels ? A-t-il les qualités pour être le meneur d’une équipe de possession ? Et peut-il exister en pointe si Messi est meilleur à un poste reculé et qu’ils doivent inverser ? Le metteur en scène a changé, les répétitions sont prometteuses, mais la pièce est encore loin d’être terminée...

Griezmann et Messi lors du Trophée Joan Gamper 2020.

Crédit: Getty Images

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