C'est la troisième fois que Zinédine Zidane quitte le Real Madrid avec un contrat en vigueur. Mais contrairement à son départ surprise en 2018, cette échappée n'aura pris personne au dépourvu. La rumeur était dans l'air depuis cet hiver déjà. Alors, le principal intéressé est apparu plus détendu et blagueur que jamais la veille du déplacement à Bilbao, tout le monde a pensé la même chose : la fin était imminente, le Marseillais semblait s'être ôté un poids des épaules. ZZ se retire en étant le deuxième entraîneur le plus capé et le deuxième entraîneur le plus titré de l'Histoire du club. Si cette nouvelle étape aura permis de prolonger artificiellement la durée d'une équipe en déclin, elle aura aussi permis d'en apprendre beaucoup plus sur Zidane lui-même.

L'affreux doute du début

"En juin passé, Zidane a pris sa meilleure décision en tant que madridiste. Là, il vient de faire exactement le contraire, et on l'en remercie" écrivait le journaliste de Marca, Ramón Álvarez de Mon, lors du retour de ZZ. Pourtant, cette fois les médias assuraient que ce serait différent. Si Zidane était revenu, c'est qu'il devait avoir obtenu des garanties sur le mercato. Les termes "plein pouvoirs" et "révolution" se mirent alors à dégouliner des pages des journaux espagnols. Au final, l'idée d'un entraîneur omnipotent n'aura pas duré bien longtemps.
Liga
Premier match, premier but : Falcao réussit ses débuts avec le Rayo
18/09/2021 À 14:41

Zidane

Crédit: Eurosport

Elle n'aura pas survécu au départ de Keylor Navas et au refus des dirigeants d'acheter Paul Pogba. Dans la hiérarchie merengue, rien n'avait vraiment changé ; Florentino Pérez était toujours omnipotent, ses voies demeuraient impénétrables. Si le Real n'évoluait pas, ce serait donc au Français de le faire. Néanmoins, pendant longtemps on a cru que ce dernier était resté exactement le même entraîneur mi-fade mi-simpliste.
À l'automne 2019, le Bernabéu s'est mis à siffler plusieurs fois son équipe. Celle-ci ne semblait aller nulle part. Zidane était revenu sur le banc avec les mêmes défauts et les mêmes discours. Ses joueurs étaient toujours incapables de démanteler des blocs bas, rendant le spectacle sur le terrain insipide et prévisible au possible. Et trop cher pour ce qu'il était en plus. Mais selon les dires d'El Míster, il n'y avait pas de quoi s'affoler.
"Tout ne va pas si mal comme on peut l'entendre" lâchait-il après un piteux match nul à domicile contre Bruges. Cet excès d'optimisme était douché deux semaines plus tard : tout autre résultat qu'une victoire à Istanbul lui coûterait son poste, apprenait-on dans la presse locale, unanime. À partir de cette date aux allures fatidiques, le triple champion d'Europe démantelait le système électrique de son siège éjectable, resserrait sa ceinture et s'accrochait solidement à son poste de contrôle. Le moment était venu de reprendre le dessus sur les évènements.

Meilleur tacticien qu'il n'y paraît

Lors du mois de novembre, le Real était la meilleure équipe de Liga. En ayant intégré Valverde au onze de départ, l'équipe gagnait en dynamisme. Elle fixait l'adversaire à gauche grâce au trio Ramos-Kroos-Hazard et à l'heure de renverser à droite, Valverde et Rodrygo attaquaient les zones libres. En l'espace d'un mois, ce collectif ressemblait enfin à une quelque chose de cohérent et non plus à un amas de joueurs sur pilote automatique. Hazard blessé par Meunier, l'entraîneur devait toutefois revoir ses plans. Place désormais à la versatilité : retour du 4-4-2 losange à certaines occasions, intronisation d'un 4-3-3 asymétrique par moments, Valverde placé en ailier droit à d'autres. De match en match, le technicien improvisait et s'adaptait à l'adversaire. À défaut d'être devenu brillant, le Real était devenu fiable. Et question fiabilité, le meilleur restait encore à venir…
Avant le début du sprint final de Liga, le Real avait deux points de retard sur le Barça de Quique Setién. Un consensus était alors de mise : si Los Vikingos remportaient les dix matches restants, le trophée à pics de la Liga serait à eux. Pour ce faire, Zidane adoptait une approche plutôt simple mais non moins bien pensée : le Real devrait gagner ses matches par érosion. Avec le temps, un but finirait bien par tomber, et ce serait suffisant. Son équipe se retrouvait ainsi à contrôler les matches de fond en comble, quitte à les rendre totalement monotones (en l'absence de public, pas besoin de se prévenir contre d'éventuelles huées).
En défense, elle s'exposait au minimum. Lors des dix matches menant au titre, elle n'encaisserait que quatre buts malheureux buts. Cette souveraineté défensive acquise, il lui suffisait de se créer une ou deux bonnes occasions par match pour remporter les trois points. Vu la qualité de ses joueurs, ces rares opportunités finissaient forcément par émerger. Minimaliste, râpe, ennuyeux, mais terriblement fonctionnel. El Mister avait au moins eu le mérite d'avoir parfaitement lu la situation des siens. Grâce à son tableau noir, il avait fait de ce Real vieillissant un champion d'Espagne ! Enfin on lui reconnaissait ses qualités de tacticien.
La saison 2020/2021 aura été celle de la consécration tactique pour le double Z. Au vu des blessures hebdomadaires, des départs anticipés et du manque de qualité de son effectif, il aura redoublé de créativité lors de chaque rencontre. Là où le talent des joueurs ne suffisait pas, l'entraîneur devait intervenir. En conséquence, les sorties de balle n'auront jamais été aussi travaillées tandis que ce Real se sera montré plus versatile que jamais. Chaque match apportait son lot d'adaptations dans les hauteurs de bloc, les rôles des joueurs, leur positionnement à la relance.
Si la Maison Blanche a réussi le miracle d'être en course jusqu'au bout en Liga, c'est aussi grâce à l'interventionnisme de Zidane. L'époque où ce dernier n'était loué que pour ses talents de psychologue est révolue. Comme tous les entraîneurs exceptés quelques élus, le Français a des faiblesses au niveau tactique (la lecture en cours de match et attaquer face à des blocs bas). En revanche, elles sont largement excédées par ses forces. En résumé, on pourrait dire que la Zidane tacticien brille davantage par les petites touches apportées çà et là à son collectif que par une approche holistique très poussée. Il est plus Allegri que Guardiola, plus Deschamps que Klopp.

Le club n'a pas totalement compris Zidane

Et ça, c'est à se demander si le Real Madrid l'a bien saisi. Car ce deuxième mandat aura été parsemé d'une incompréhension entre les dirigeants et leur entraîneur. Les hauts mandataires l'auront souvent laissé seul face aux critiques de la presse à son encontre. Ils les auront même alimentées en faisant filtrer à deux reprises l'imminence d'une destitution en cas de défaite comme s'il s'agissait ici d'un Lopetegui ou un Solari (contre Galatasaray en 2019 et contre l'Inter en 2020). Son coup de sang hivernal en conférence de presse illustre d'ailleurs cette situation.
Certaines des saillies imprimées dans les journaux avaient directement été mandatées par les sommets du pouvoir. Exemple, après une défaite contre le Shaktar, El Mundo publiait un article dans lequel des dirigeants faisaient preuve de leur scepticisme quant à l'avenir de Zidane. Le journaliste avait-il eu le temps de recueillir ces témoignages en seulement 30 minutes ? Non, l'article était pré-commandé. Écrit depuis des jours, il était prêt à être publié au moindre faux pas. Ça ne vaut peut-être pas une tête de cheval dans un lit, mais ce genre d'avertissements a le mérite d'être clair.

Zinédine Zidane

Crédit: Getty Images

Tour à tour, Zidane aura été l'entraîneur de l'équipe première, le porte-parole de l'institution et le coupable idéal sur lequel les reproches pouvaient être déversés. Les dirigeants pouvaient tranquillement se cacher derrière la figure d'un entraîneur devenu expert en relations publiques. En Espagne, on a par exemple souvent condamné le Ballon d'Or 98 pour le manque de confiance manifesté à l'égard des jeunes joueurs plutôt que de s'interroger sur la viabilité de ce rajeunissement orchestré par Florentino Pérez et du véritable niveau des jeunes en question. Zidane s'est retrouvé à faire les frais d'une politique allant à l'encontre de l'histoire du club. Même procédé concernant le niveau de jeu et l'absence de titres, quand bien même cet effectif est le pire depuis plus de dix ans du côté de Chamartín.
D'une façon générale, le club a très mal "vendu" Zidane. Jamais il n'a œuvré pour le rapprocher des journalistes. En quatre ans à la tête du Real, jamais il n'a donné d'interview en Espagne. Résultat, les médias ne se sont toujours pas départis de cette image de sorcier du football aux succès inexplicables. Les fausses narratives au sujet des départs d'Hakimi, de Llorente et de Reguilón se sont définitivement installées, tout comme celles au sujet des échecs de Jovic et Odegaard ou encore de sa présupposée aversion pour les jeunes joueurs.
Le deuxième mandat de Zidane se termine donc sur un simple communiqué, symbole de cette distance entre le club et son technicien. Cette fois, pas de comparution publique aux côtés du président. Ce n'est pas pour autant que la porte a été claquée avec fracas. Jusqu'au bout, ZZ sera resté un type calme et sans histoires. Et ça, on ne peut pas dire qu'on l'a appris durant ce deuxième mandat, car on le savait déjà.
Liga
Tebas en remet encore une couche : "Ce que fait le PSG est intolérable, c'est du dopage"
12/09/2021 À 12:05
Liga
Le fameux "burofax" révélé : Messi a bien fait le forcing pour quitter le Barça à l'été 2020
05/09/2021 À 16:38