Halte là, personne ne passe. En l'espace de trois mois, Zinedine Zidane et ses hommes ont réussi l'impensable. Les Madrilènes, 2es du classement de la Liga à trois points de l'Atlético de Madrid, sont pleinement impliqués dans la course au titre de champion d'Espagne après un départ cahoteux. Ce début de saison en montagnes russes a failli coûter à ZZ son poste à trois reprises. Mais tout cela est du passé : les hommes à la tunique immaculée vont pouvoir viser une 14e Ligue des champions, si l'UEFA n'y met pas son grain de sel et peut-être se succéder à eux-mêmes sur le plan national. Avouez, que cette fois vous n'avez pas cru à leur retour du diable vauvert.
Voir le Real être dans le coup à ce moment-là de la saison n'est pas non plus la surprise du siècle. C'est une continuité. Depuis que Zidane a pris les commandes de la Casa Blanca pour la première fois en janvier 2016, le Real a toujours carburé au printemps, au moment où ça compte vraiment. Merci au style italien imprimé par Carlo Ancelotti, et magnifiquement repris par l'ancien meneur de jeu des Bleus mais à sa façon, façon Juventus fin des années 1990, où tout était préparé pour avril. Zidane l'avait vécu comme joueur, il a répété la recette en étant entraîneur : la première partie de la saison est plus une opération survie qu'autre chose. Malgré les coups reçus en interne, et la pression inhérente au poste d'entraîneur du Real, Zidane a encore tenu bon. Ses joueurs aussi. Ils sont dans le même bateau de toute façon.
Le disciple de Marcello Lippi et Carlo Ancelotti peut aussi dire merci à son collectif, admirable sur tous les plans malgré le contexte lié au Covid et les blessures en cascade qui ont pulvérisé tout ce beau monde depuis le début de l'année civile. Il y a une semaine, le Real avait ramené un bon nul du Coliseum Alfonso Perez (0-0) en ayant emmené un groupe composé de seulement 13 professionnels, dont un étant dans l'incapacité de jouer (Toni Kroos).
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Face à Getafe, le Real a souffert, mais il a surtout tenu bon défensivement. Comme il l'avait fait quatre jours avant à Anfield en prenant Liverpool dans sa toile d'araignée. Ce secteur défensif, magnifié par le travail - d'occupation du terrain, de récupération du ballon, et de choix balle au pied - du trio Modric - Casemiro - Kroos, revenu à son niveau de la saison 2016-2017, est la clé du succès pour Zidane malgré les problèmes d'effectif qu'il rencontre depuis quelques semaines. Le Real va bien en ce printemps 2021, il gagne, il est dans le coup. Mais il souffle, comme tout le monde. Décryptage de quelques chiffres improbables de la défense la plus amochée d'Espagne. Parce que c'est le secteur le plus important de l'ère II de Zizou entraîneur au Real Madrid.

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18 : Avec Nacho, le Real a trouvé son Ramos made in "Fábrica"

Invaincu depuis onze rencontres en Liga, le Real Madrid s'est trouvé un nouveau chef de défense, en l'absence de Sergio Ramos, opéré du genou en janvier dernier. Il s'agit de... Nacho Fernández. Oui Nacho Fernández. Soldat de Zidane lors de son premier passage, le joueur formé à la "Fábrica", le centre de formation du Real, comptait ses apparitions depuis le retour du Z. Utilisé à 8 reprises seulement entre octobre et décembre, dont 6 fois en Liga, le joueur de 31 ans rongeait son frein et la perte de confiance du "diez" de la Castellane demeurait un sacré mystère.
Mais cet homme de la maison a patiemment attendu son tour. Depuis le début de l'année 2021, ses performances ont été celles d'un patron de défense dans les interventions, le placement, le sang-froid. Son temps de jeu a lui été exponentiel depuis cet hiver : le voilà avec un compteur à 18 rencontres, c'est mieux que Ramos (15 matches). S'il n'est pas question de les comparer avec celles de l'Andalou, les prestations du joueur du cru sont celles d'un référent.
Nacho est l'anti-joueur du Real de Florentino Pérez par excellence. A une autre époque, c'est Francisco Pavon qui occupait son rôle. Lui aussi ne jure que par son club formateur. Depuis qu'il a intégré l'équipe de manière continue en janvier, le Real ne perd plus quand il joue. "Le Real m'a tout donné. Je ne peux pas imaginer ma vie sans le Real Madrid. Il m'a tout enseigné dans la vie : l'éducation, les valeurs, savoir gagner et perdre. Ce n'est pas qu'un club, c'est une famille", expliquait-il à AS vendredi au sujet de son club de toujours.
Sur le terrain, c'est encore mieux. "Je vis le meilleur moment de ma carrière." Et son club en profite. Approché par l'AS Rome il y a deux ans avec un juteux contrat à signer, José Ignacio Fernández Iglesias de son vrai nom avait dit : "Non". Il y a une dizaine de jours, après la blessure musculaire de Ramos, Zidane s'était entretenu en tête-à-tête avec son n°6 pour lui transmettre son indéfectible confiance avant les grandes échéances printanières. Nacho lui a rendu au centuple.

Nacho Fernández (Real Madrid)

Crédit: Getty Images

6 : D'une défense emmental à une forteresse

Depuis le 6 février, date de la dernière défaite en Liga face à Levante à Valdebebas, le Real encaisse très peu de buts. Six en onze rencontres pour être exact. Ce sont des chiffres de champion. Le Real en avait encaissé 18 entre le 20 septembre 2020 et le 30 janvier 2021, la défaite du déclic pour les Madrilènes face à Levante.
Quel est le meilleur point de comparaison pour ces chiffres ? Il faut aller chercher les résultats du Real lors du "restart" de la Liga en juin 2020. Transformé après le confinement, le club madrilène avait tout dévoré sur son passage pour aller chercher le titre. Les Madrilènes n'avaient encaissé alors que... six buts en dix journées dont deux lors de la 38e journée sur la pelouse de Leganés. Leur bloc regroupé, le même utilisé depuis début février, leur avait permis de faire main basse sur la Liga de manière létale avec en prime le titre de meilleure défense devant l'Atlético de Diego Simeone (25 contre 27).
Si ce n'est pas le cas cette saison, les coéquipiers de Luka Modric ne seront quand même pas loin de la vérité. Avec 24 buts encaissés en 32 rencontres (4 de plus que l'Atlético, meilleure défense), le Real va faire moins bien que la saison dernière sur ce plan, mais pour aller chercher le titre ce sera peut-être suffisant.
Sur son bilan global, toutes compétitions confondues, le Real de Zidane version 2019-2021 encaisse moins de buts (0,9 par match) que lors de la période 2016-2018 (1,1). En championnat, la différence est plus frappante : le Real 2.0 n'a encaissé que 61 buts, contre 101 à son devancier (voir tableau).
Les buts encaissés par le Real Madrid en Liga sous Zidane
SaisonButs encaissésNombre de matches
2015/20161620
2016/20174138
2017/20184438
2018/20191411
2019/20202538
2020/2021 (saison en cours)2432

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20 : Des systèmes défensifs à en perdre la raison

Zidane, le bricoleur. Le technicien français a réussi à retrouver une stabilité défensive de premier plan sans que cela soit cohérent niveau ressources humaines. Handicapés par les blessures, les absences pour Covid, les suspensions et autres galères, l'effectif du Real Madrid a connu une saison longue et beaucoup de changements tactiques, ce qui est embêtant pour les repères. Zidane a utilisé au mieux ses ressources : ses huit défenseurs de base ont participé à l'aventure, plus Lucas Vazquez reconverti latéral droit au fil de la saison. Un seul nouveau : Victor Chust. le capitaine du Castilla qui a dépanné lors des deux rencontres contre Getafe. Cela fait dix hommes pour beaucoup de possibilités.
Pour voir à quel point Zidane a joué aux Mac Gyver, penchons-nous sur les chiffres. ZZ a utilisé 20 systèmes défensifs différents en 32 rencontres de championnat cette saison, rendez-vous compte de l'instabilité que cela peut engendrer pour un secteur de jeu qui a besoin d'automatismes. Zidane a même oublié sa traditionnelle défense à quatre pour essayer d'improbables système à trois centraux. Cela est arrivé quatre fois (J1 jouée le 9 février, J27, J29 et J31). Un seul homme à pu évoluer dans tous ces schémas : le polyvalent Nacho. Zidane a même placé Ferland Mendy comme central droit à deux reprises dans ce schéma inhabituel. La forte capacité d'adaptation du Francilien n'avait pas non plus échappé à Didier Deschamps qui l'avait aligné à droite lors d'un match en Croatie à l'automne 2020.
Le système le plus utilisé en 2020/2021 reste la défense type - Carvajal, Varane, Ramos, Mendy - utilisée six fois mais plus aperçue depuis le 23 décembre dernier. En 2021, à cause des absences prolongées de Ramos et Carvajal, Zidane n'a jamais pu y revenir en championnat. Utilisé pour la première fois lors de la 12e journée, le système - Vazquez, Varane, Nacho, Mendy - est devenu la nouvelle défense de référence pour ZZ qui a pu l'utiliser de manière consécutive entre la 24e et la 26e journée (5 fois au total). Hélas, ces quatre-là ont été vus ensemble pour la dernière fois le 20 mars en Liga. Lucas Vazquez est en plus blessé au genou. Dani Carvajal a, lui, fait son retour. C'est toujours ça de pris.
Ce que vous devez savoir :
  • L'ancienne défense-type - Carvajal, Varane, Ramos, Marcelo - n'a été utilisée qu'une seule fois, lors de la 16e journée.
  • Excellent à Anfield en quart de finale retour de Ligue des champions, le duo Militao - Nacho n'a évolué que deux fois ensemble en charnière en championnat et une seule fois dans une défense à quatre (30e journée).
  • Nacho Fernandez a joué dans les quatre systèmes à trois centraux (au centre et axial gauche), en plus d'avoir joué latéral droit, stoppeur droit et gauche dans un "back four" à quatre. Il ne lui manque que le poste de latéral gauche.
  • Les défenses utilisées plusieurs fois : Carvajal, Varane, Ramos, Mendy (6), Vazquez, Varane, Nacho, Mendy (5), Carvajal, Varane, Nacho, Mendy (3)

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79 : Courtois, le mur porteur

"Thibaut Courtois ha salvado el Real Madrid." La phrase a été lue et entendue une bonne dizaine de fois cette saison dans la presse madrilène. Mais de toute façon, pas d'équipe qui fonctionne sans un gardien qui sauve la boutique. Au niveau depuis un an, Thibaut Courtois a enfilé pour de bon la tunique de taulier dans ce Real Madrid, où il est indiscutable. En fin d'année 2020, quand Zidane était à nouveau menacé, un leitmotiv cette saison, il était question de deux piliers : Thibaut Courtois qui laissait le Real en vie, et Karim Benzema, dont le travail et les buts étaient indispensables.
Zidane sait ce qu'il doit à son portier cette saison. Il lui a rendu un bel hommage la qualification en demi-finale de Ligue des champions, à Anfield, où Courtois avait écoeuré l'attaque des Reds lors du premier acte. "C'est notre gardien. Ce qu'il réalise en ce moment est phénoménal. Je suis très heureux pour lui, parce que c'est très important d'avoir un gardien qui te donne de l'assurance, des garanties. Courtois effectue un travail remarquable en ce moment."
Puisqu'il a été question de chiffres, en voici un très significatif pour l'international belge. Il est actuellement le quatrième gardien le plus décisif de la Liga au nombre d'arrêts. Seuls Edgar Badia (Elche, 95 interventions en 30 matches), Jaume Domenech (Valence CF, 89 en 27 matches), Jan Oblak (Atlético de Madrid, 84 en 32 matches) sont devant l'ancien portier de Chelsea qui culmine à 79 interventions décisives en 32 rencontres. Si le Real en a bavé niveau blessures, Courtois a toujours été là, de septembre à avril. Il est incontestablement le mur porteur de cette équipe.

Thibaut Courtois lors de Getafe - Real Madrid en Liga

Crédit: Eurosport

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