On dit souvent que le Real Madrid et le FC Barcelone sont des vases communicants. Quand l'un émet des râles préoccupants, l'autre devrait être dans la forme de sa vie. Dans les années 50, le Barça des cinq coupes versus un Real se remettant tout juste des affres de la guerre civile, le Real des premiers Galactiques versus le Barça orphelin de Figo ou plus récemment, le Real de 2017 versus un Barça assistant aux dernières heures de la MSN. Cette logique a pourtant des limites. La saison actuelle en est un bon exemple.
Institutionnellement, le Real Madrid est aux prises avec quelques problèmes récurrents : ça va bientôt faire dix ans qu'il n'a pas de directeur sportif (et ça se voit), Florentino Pérez est entouré de gens disant oui à tout et la démocratie merengue est loin d'être bouillonnante. Malgré ça, la santé institutionnelle des Madrilènes est bien meilleure que celle de leurs homologues catalans.
Liga
Benzema a digéré, le Real a enchaîné
HIER À 21:54
À la différence de l'effrayante dette barcelonaise, le passif des Madrilènes est maîtrisé. 575 millions empruntés sur 30 ans pour rénover le Bernabéu, tout ça avec des taux d'intérêts à 2,5%, c'est finement joué (même si un nouveau prêt de 150 millions doit encore être validé cette année à cause d'un dépassement de budget dans les travaux). Le projet de rénovation du Camp Nou, lui, est terriblement mal ficelé malgré les vidéos d'animation futuristes faisant fureur sur les réseaux sociaux. Les socios ont des raisons d'être sceptiques.

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Sur le volet médiatique, le Real beau avoir 20 ans de retard dans sa politique de communication, les gens proches du pouvoir savent plutôt bien tenir leur langue. Tout le contraire d'un entorno blaugrana incapable de résister aux sirènes d'une interview explosive.

Un Real à moitié bon

Sportivement en revanche, il y a débat. Du moins, en Liga. Si on s'est habitué à voir un Barça se faire mettre en pièces en Europe, sur la scène domestique, ce dernier ne pointe qu'à deux longueurs de son plus grand rival. On pourra rétorquer que ce classement après huit journées reflète mal les sensations transmises par les différentes équipes. Le Real n'a peut-être que deux points d'avance, les hommes d'Ancelotti n'ont-ils pas produit un football bien supérieur aux hommes de Koeman ?
Là encore, pas vraiment. Les Madrilènes ont été moyens voire mauvais contre Levante, le Betis, Valence, Villarreal et l'Espanyol. Lors de ces trois dernières rencontres, ils ont se sont fait avoir systématiquement au moment d'aller presser. Malgré toutes leurs bonnes intentions, les mouvements étaient complètement exempts de coordination. Villarreal et l'Espanyol ont même laissé délibérément leur adversaire venir les chercher pour ensuite mieux les surpasser.

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Une fois dans leur camp, Los Blancos ont toutes les peines du mal à récupérer des ballons. Ils courent trop souvent après le cuir sans parvenir à mettre le pied dessus, sans parler de ces innombrables transitions défensives où ils se font prendre en défaut. La défense, c'est d'ailleurs le cheval de bataille d'Ancelotti en ce début de saison tant son arrière-garde se montre friable. Ce Real concède deux tirs de plus par match que la saison passée (11,14 vs 9,16) et ces tirs sont de meilleure qualité.

La défense gâche tout

"Le Real est dans la lune, enfermé dans la virtuosité de Benzema et allant de défaite en défaite, abattu par le Sheriff et l'Espanyol après avoir fait match nul contre Villarreal. Ancelotti n'arrête pas de mâcher du chewing-gum, les joueurs entrent et sortent de l'équipe sans aucun sens et celle-ci ne trouve pas la manière de revenir sur les pas qui l'ont mené à la première place de la Liga" pouvait-on lire dans El País après le dernier match de Liga contre l'Espanyol.
À ces complications défensives, il y a plusieurs explications, en plus du pressing fictif. Varane et Ramos ne sont plus là. Quand il joue, le positionnement d'Hazard déséquilibre complètement son équipe, Mendy n'a pas d'égal et son absence s'est faite sentir à tous les matches tandis que le substitut du Français a dû composer avec les retours défensifs approximatifs de Vinicius. Il en va même pour le poste de latéral droit avec les absences à répétition de Carvajal. Conséquence, le Real tourne à plus d'un but par match encaissé en championnat. Heureusement que l'attaque compense…
Oui mais voilà, le Real a beau être la troisième meilleure attaque d'Europe (2,75 buts par 90 minutes), là aussi il faut être prudent. Ce qui ressort des statistiques avancées c'est que non seulement les Madrilènes ont tourné à plein régime depuis le début de la saison, mais qu'ils ont carrément tourné en surrégime. Selon les expected goals (une statistique mesurant la probabilité qu'un tir se termine en but selon toute une série d'indicateurs), ils ont marqué huit buts de plus que ce qu'ils auraient "dû" marquer. Généralement, ces écarts finissent par se résorber à la longue…
Dès lors, faut-il s'inquiéter pour ce Real ? Pas vraiment. Si les probabilités de voir un grand Madrid cette saison sont réduites – l'effectif est probablement le plus mauvais des dix dernières années et Carlo Ancelotti est un entraîneur rattrapé par son temps - on sait que le Real sera de toute façon compétitif dans une Liga des plus homogènes.

Le Barça a des motifs d'espoir

Dans le camp d'en face, plusieurs des prestations azulgranas méritent leur place dans le musée des horreurs. Déjà trop de fois cette saison, on a vu un collectif emprunté pour relancer sous pression, concédant vague sur vague en défense et sans idées dans le derniers tiers. Les matches passent et les schémas de jeu de Koeman sont encore un mystère. Semaine après semaine, le Néerlandais dévoile ses limites en tant qu'entraîneur.

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C'est simple, dans la galaxie du Barça, il n'est pas loin d'avoir perdu tout le monde. "Durant Halloween, Port Aventura [un célèbre parc d'attraction de Barcelone, NDLR] compte un passage de terreur dans une zone mexicaine appelée 'la mort vivante'. De tous les zombies, c'est étrange qu'ils n'en aient pas mis un avec la tête de Koeman" ironisait cette semaine ABC.
Les performances de son équipe peuvent se classer en trois catégories. Un tiers du temps, elle est dépassée par les évènements, un tiers du temps apathique, un tiers remplie d'espoir. Mais quand ce dernier Barça entre en piste, les supporters oublient l'espace d'un match les difficultés qui les assaillent. Ce Barça tourné vers un avenir meilleur, c'est celui d'Ansu Fati, de Gavi, du meilleur de Jong, d'un Depay lumineux et de Pedri quand ce dernier aura fait son retour.
Là, on se rappelle que l'effectif contient tout de même quantité de bons joueurs. On se rappelle aussi que la Masía reste une exceptionnelle productrice de talent, les éclosions récentes de Gavi et Nico en sont les exemples les plus récents. En définitive, on se rappelle que le club n'est pas condamné à se faire dévorer par la médiocrité sans opposer la moindre résistance et que certaines conditions sont réunies pour aller mieux, quand bien même Ronald Koeman s'éterniserait sur le banc d'un Camp Nou tout juste sauvé des ruines.

Clásico équilibré ?

Un Real pas si bon, un Barça pas si mauvais en comparaison de ce Real-là, le Clásico pourrait-il être plus équilibré qu'on ne le pense ? Passable mais équilibré ? Sur ce coup, il faut introduire une autre variable qui change tout : le style de jeu. Face à un rival plus vertical que jamais, le Barça pourrait souffrir comme en Ligue des champions.
Cette saison, les hommes d'Ancelotti se plaisent dans le rôle d'une équipe attentiste prête à se ruer vers l'avant à la moindre ouverture. Quand il faut faire le jeu face à des blocs bas, c'est plus compliqué mais en attendant, le Barça est un type d'adversaire qui leur convient parfaitement. Si en termes absolus les deux équipes sont plus proches qu'on ne le croit, au moment d'un affrontement direct, le Barça va devoir sacrément lutter pour ne pas ressortir sa version dépassée.

Karim Benzema lors du match opposant l'Espanyol au Real Madrid, le 3 octobre 2021 en Liga

Crédit: Getty Images

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