Ce n’était pas la pièce montée des grands jours mais, pour ses débuts sur le banc de son club de toujours, Xavi Hernández a immédiatement saisi les attentes qu'il personnifiait. Près de 10.000 personnes sont venues l’acclamer au Camp Nou le jour de sa signature et même si le FC Barcelone pensait en accueillir plus du double, l’affluence reste exceptionnelle pour un entraîneur. Pour l’arrivée du bus blaugrana, des supporters ont allumé des feux de bengale. Oui, c’est l’effervescence aux abords du stade et les policiers nerveux et submergés amplifient le oaï du trafic routier qui ferait presque passer le rond-point du Prado un soir de match de l’OM pour un lit de roses.
Certes, un derbi barcelonés revêt toujours une importance certaine, surtout que l’Espanyol effectue son retour parmi l’élite. Mais plus que l’affiche, c’est la statue du commandeur que sont venus saluer les supporters. Comparé à la réception de Valencia qui n’avait attiré qu’un peu plus de 47.000 spectateurs, la foule est d’un tout autre calibre. Il faut dire que le club a proposé un rabais de 40% pour les résidents catalans jusqu’en mars, ce qui n’empêche pas les guichets de rester ouverts encore dix minutes avant le coup d’envoi.
Les retardataires, nez dans leurs smartphones à la recherche de leur billet électronique, ont des airs de cyclistes aux 6 jours de Grenoble. Des échoppes nostalgiques vendent encore quelques maillots de Lionel Messi. Alors pendant que l’une observera les réactions du public dans l’enceinte du Camp Nou, l’autre ira humer l’ambiance au Cargolet Picant, là où la Pulga allait manger des patatas bravas quand il était ado.
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Le Barça avance à tout petits pas
HIER À 21:50
Certes, le Camp Nou n’est pas plein mais, avec 74.418 spectateurs, c’est la deuxième meilleure affluence de la saison en Liga derrière le Clásico. Portée par un espoir jusqu’alors éteint, l’afición culé ne s’est pas cachée. Le Camp Nou peut avoir la dent dure mais il sait aussi se montrer généreux. Pour le baptême du feu de ce coach tant désiré, les encouragements n’ont pas manqué. Xavi Hernández porte toute la joie et l’envie d’y croire pour des hinchas las d’une crise qui dure et perdure. Les "Xavi, Xavi, Xavi" dévalent des gradins : à l’instar de Luis Enrique avec la Roja, la star c’est l’entraîneur. Les vivats résonnent de nouveau quand l’ancien maître à jouer donne ses consignes à Gerard Piqué et Sergio Busquets.

Sweet seventeen et San Miguel

Ils sont quatre attablés devant l’écran géant du Cargolet Picant. Ils doivent avoir 16 ans tout au plus et si ce n’est pas un date, ça y ressemble furieusement. Parce que, oui, on peut draguer sans oublier l’essentiel : le football. Si la bande de teenagers a toujours le portable à portée de main au coup d’envoi, les scrolls sur Instagram s’arrêtent vite. Car le Barça est d’humeur joueuse. Et ce sont des gamins qui pourraient être leurs camarades de classe qui sont sur le devant de la scène : Gavi, Nico, Ilias puis Abde en seconde période.
Huit canteranos sont titulaires et devant, Memphis Depay a beau se démener et être décisif, il semble parler une langue footballistique différente. Soliste dans l’âme, toujours prompt à éliminer son adversaire, il pèche dans son placement, n’offrant pas les meilleures solutions à ses coéquipiers. Si Ronald Koeman a milité pour l’arrivée de l’ancien Lyonnais, Xavi, lui, devra être séduit et convaincu pour le considérer comme un titulaire indiscutable. Ce qui, avec les retours d’Ousmane Dembélé et Ansu Fati, est loin d’être acquis.

"Je mourrais pour avoir le ballon" : Dix déclas qui définissent la philosophie de Xavi

En voilà un qui a savouré l’avant-match ! Cet homme n’aura pas de nom mais quoi qu’il en soit, il en est déjà à sa quatrième caña qu’il commande à une serveuse qui joue les milieux récupérateurs dans la salle mais oublie la moitié des commandes. Quand Nico González intercepte la relance molle de Diego López et s’effondre dans la surface sans que cela ne motive un coup de sifflet de l’arbitre, le quadra lâche son meilleur bras d’honneur.
Un geste qu’il répètera plusieurs fois à chaque contrariété. "Hijo de p***" s’énerve un serveur en regardant le ralenti. En première période, le Barça emporte l’adhésion du bar. Pas de quoi chanter l’Ave María non plus mais tout de même. Plus tard, les percées et les dribbles d’Abde soulèveront des cris de satisfaction. Le commentateur est, lui, convaincu de la prestation blaugrana : "cette équipe a une âme et un esprit !".

De faux airs de Selección

Les plus pessimistes ont affirmé qu’il était impossible de faire mieux avec cet effectif-là, mais Xavi n’a pas l’air de cet avis, même si le chantier est conséquent et qu’il manque un peu de carburant dans le réservoir pour tenir 90 minutes. Parfois, le Barça est vraiment séduisant, osant jouer à dix dans le camp perico pour trouver la faille. Sur la pelouse comme en tribune, les Blaugranas en veulent. Hors de question d’imiter Pep Guardiola qui avait perdu son premier match contre Numancia !
Si le Barça semble montrer un regain de forme dans la création de actions avec des schémas qui se définissent doucement, notamment entre joueurs formés à la Masia, les occasions nettes se font plus rares. Rares mais tranchantes. Ce n’est pas un hasard si c’est seulement la deuxième de la saison que le gardien adverse doit s’interposer aussi souvent. De quoi pousser à l’optimisme, certes mesuré, avant le retour des blessés.
La différence la plus nette se fait peut-être défensivement où le Barça version Xavi ne semble pas souffrir autant que son prédécesseur en transitions défensives, malgré les difficultés d’Óscar Mingueza, de nouveau propulsé à un poste qui n’est pas le sien en raison de la pénurie d’arrière-droit. Il y a de la Selección dans cette première mouture du Barça : à l’aise dans la construction, capable de mettre de la vitesse mais bien en peine au moment de marquer. Sergio Busquets semble même jouer sous la tunique de l’Espagne, aidé par un Nico décidément impressionnant et un Frenkie de Jong volontaire.
Si l’équilibre, la domination et la gestion des temps forts et faibles ressemblent forts à l’équipe de Luis Enrique, le manque à la finition est aussi très semblable. Finalement, la principale innovation de Xavi a été de placer Gavi ailier gauche plutôt qu’à droite sous Koeman et Sergi Barjuan. Très bonne pioche ! Sa passe laser pour Memphis a débloqué la situation avec un penalty très généreux ou mérité en fonction de sa sensibilité.

Faux rythme, réussite et poteaux

Les chants à la gloire du Barça résonnent, le Camp Nou veut croire au renouveau, à la fin des années de mauvaise gestion, aux affaires louches. Tout n’a pas été réglé en quelques minutes, loin de là, mais c’est peut-être le premier pansement posé après le départ de Messi. L’afición veut de nouveau frémir et vibrer pour sa nouvelle jeunesse dorée. Cela a même pu ressembler à de la joie, par bribes. La venue de Xavi doit coïncider avec le retour d’une équipe qui ressemble à ce que doit être le Barça, avec des joueurs investis, une équipe philosophiquement dominante et un entraîneur prêt à se sacrifier pour un enseignement dont il fut le meilleur élève.

A quoi va ressembler le Barça de Xavi ?

Le public accompagne chaque passe, mais aussi chaque retour défensif, chaque pressing gagnant. Gerard Piqué notamment a droit plusieurs fois à des applaudissements nourris pour ses retours féroces. Lorsque les esprits s’échauffent à la 58e minute c’est lui, accompagné de Busquets, qui calme la fougue de coéquipiers aussi talentueux qu’inexpérimentés pour ne pas sortir de ce derbi où l’Espanyol commence à entrer quoique tardivement. Canaliser la jeunesse, servir de relais, c’est sans doute ce que Xavi attend de ses anciens copains, cadres inamovibles et parfois contestés.
La peur du Barça version Xavi a-t-elle inhibé Vicente Moreno Peris et l’Espanyol ? Vu leur fin de match, les Pericos peuvent avoir des regrets, surtout qu’ils sont capables de proposer un jeu séduisant, notamment sous l’impulsion de Sergi Darder. Néo-international, Raúl de Tomás provoquent des frissons dans les travées en touchant deux fois le poteau et Landry Dimata manque un gol cantado. Ces occasions adverses ont aussi eu le mérite de réveiller les ardeurs d’un public plongé lui aussi dans un faux rythme.
"Être du Barça est la meilleure chose qui soit" scande le Camp Nou. Si ces derniers temps, les supporters ont pu douter de l’avenir sportif de leur club, l’arrivée de Xavi a redonné du baume au cœur. Un grand pouvoir implique aussi de grandes responsabilités et "El Pelopo" le sait. Aucun de ses prédécesseurs n’a porté autant d’espoirs, ni Tata Martino, ni Ernesto Valverde, ni Ronald Koeman et encore moins Quique Setién. Lui, tout le monde y croit, hormis quelques vieux de la vieille qui ont prêté allégeance au duo Bartomeu-Koeman mais qui n’existaient pas vraiment samedi soir. Ce qui existait, c’était une équipe séduisante, travailleuse et joueuse. Suffisant au bonheur d’un Culé !

Xavi lors du match opposant le Barça à l'Espanyol

Crédit: Getty Images

Les ados ont invité leurs copines, l’homme au bras d’honneur a devancé le coup de sifflet final, les supporters refont le match en terrasse et imaginent le futur. Malgré la victoire, le Barça souffre encore de ses maux les plus profonds. Xavi n’est pas magicien et aura besoin de temps pour amorcer un retour au premier plan au niveau du jeu. Et Benfica sera déjà un premier test crucial pour la suite de la saison. Autour du Camp Nou, est inscrite la devise "més que guanyar o perdre". C’est exactement de cela dont il s’agit. Xavi a la lourde tâche de restaurer le style blaugrana, au-delà même des résultats bruts. Une nouvelle ère s’ouvre. L’afición la rêve dorée, quitte à apprendre la patience.
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