C’était un petit événement vendredi dernier : The Coaches Voice a publié une vidéo tactique de Xavi en personne. Voilà qui tombe fort à propos ! Pendant 15 minutes, l’ancien milieu de terrain a détaillé les axes principaux du jeu développé par Al-Sadd depuis son arrivée. A un moment où il semble avoir fait le tour de sa première expérience d’entraîneur et que son nom revient avec insistance à Barcelone, on a pu déceler plusieurs messages qui tendraient à supposer qu’il se sent prêt à sauter le pas. Mais pas dans n’importe quelles conditions.
Pour ses débuts, Xavi s’est retrouvé face à un défi de taille : changer la culture tactique d’Al-Sadd. Pour y parvenir, une seule chose lui a importé : le contrôle. A commencer par celui du ballon : "il est très clair pour moi que mon équipe doit avoir la possession. Je souffre quand je ne l’ai pas. C’était le cas quand j’étais joueur, ça l’est encore plus maintenant que je suis sur le banc. C’est pourquoi je fais tout pour avoir le contrôle du match." En filigrane, cela signifie aussi qu’il veut avoir la mainmise sur son équipe. C’est un des points cruciaux à considérer pour envisager un rapatriement en Catalogne. Joan Laporta veut-il partager son leadership et partager la scène avec un autre caractère fort et un symbole du barcelonismo triomphant ?
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Possession vs "resultadismo"

Pour convaincre Xavi, il faut lui laisser les rênes du secteur sportif, comme Pep Guardiola en son temps. Un management loin du modèle actuel : tout contesté qu’il est, Ronald Koeman ne demande pas plus de pouvoir que ce qu’il a. Autre mot-clef de sa masterclass : la supériorité. La possession a pour objectif de générer des occasions et ne jamais être stérile. S’il semble particulièrement au point sur la disposition en 3-4-3, il le martèle : "peu importe le système. Le plus important, c’est la philosophie."

Xavi Hernandez

Crédit: Getty Images

Avec Al-Sadd, il a réussi à révolutionner la mentalité de ses joueurs pour proposer un jeu attractif : "quand je suis arrivé, j’ai trouvé une équipe dont le but était d’évoluer d’un bloc médian à un bloc bas pour récupérer le ballon et ensuite jouer en transition. Nous avons dû changer un petit peu la philosophie de l’équipe. Cela n’a pas été simple parce que les joueurs ont connu un football très différent pendant des années." Forcément, cela semble un message à peine voilé aux dirigeants blaugranas. Depuis Tito Vilanova, le style du Barça a évolué vers plus de verticalité avec Luis Enrique avant de tomber en déliquescence ensuite, avec Ernesto Valverde, Quique Setién et Koeman. En bout de chaîne, cela aboutit à du "resultadismo" où le score devient plus important que la manière, une hérésie quand on représente le FC Barcelone.

Le Barça actuel est-il taillé pour appliquer les désirs de Xavi ?

Et c’est une entrave majeure au retour de l’enfant prodige : le Barça actuel est-il taillé pour appliquer les désirs de Xavi ? A l’heure actuelle, l’implication physique et mentale est sujette à caution. Doux euphémisme. La presse catalane s’est fait l’écho d’une information selon laquelle l’équipe première s’entraînerait en moyenne 5 heures de moins que ses rivaux (et on ne serait pas surpris de constater la même tendance avec la B dirigée par Sergi Barjuán…). Et quand Xavi évoque le jeu de possession et de mouvement, on est obligé de penser aux 5 jours de vacances offerts par Koeman à son effectif lors de la trêve internationale alors que la situation devrait pousser à profiter de cette fenêtre pour travailler. Le Barça actuel paraît vivre sur ses acquis et trouver des joueurs qui ont réellement progressé au contact du Néerlandais n’est pas simple. Xavi veut-il débarquer dans une telle ambiance de travail (sic) ?

Joan Laporta et Ronald Koeman

Crédit: Eurosport

A mesure que l’on voit les mouvements des pions blancs sur le tableau noir de l’ex-numéro 6, on se demande vraiment comment le Barça pourra évoluer avec des centraux aussi haut dans un 3-4-3. L’ensemble de l’équipe essorée par le Bayern et Benfica et en difficulté tactique contre l’Athletic ou Cádiz ne semble pas être en mesure d’étirer le terrain et de relancer proprement depuis l’arrière, de même que de presser constamment, gagner les duels en un contre un et contraindre l’adversaire à défendre bas sans ballon.

Un défi attirant mais avec quelles garanties contractuelles ?

Au-delà des considérations tactiques qui pourraient rebuter Xavi Hernández, une question humaine pourrait se poser : se sent-il prêt à diriger un effectif où figurent toujours ses anciens coéquipiers et amis ? A les remettre au travail, à les convaincre de se dépasser à nouveau ? Lui a eu la lucidité et l’intelligence de prendre du recul en fin de carrière au Barça, de renoncer à disputer tous les matches, d’entrer pour terminer les matches en apportant son sens du rythme et du tempo. Cela ne semble pas aussi évident pour plusieurs cadres et cela pourrait cristalliser des tensions.
Entraîneur adjoint à Al-Shamal, Sergi Angulo Lerín connaît l’aura de Xavi au Qatar mais en tant que Catalan, il sait aussi que le timing de l’arrivée de la légende doit s’effectuer de manière préparée et logique : "au Barça, il faut savoir arriver au moment adéquat. Le fait que Leo Messi ne soit plus là pourrait lui être favorable. Il faudra voir aussi ses rapports avec Sergio Busquets, Gerard Piqué et Jordi Alba." Alors pourquoi se précipiter quand le temps jouerait finalement en sa faveur pour débarquer dans de de meilleures conditions ?

Guardiola et Xavi en 2011 au Barça

Crédit: Imago

Le mieux ? "Repartir de zéro"

"Le mieux pour lui, c’est de suivre le chemin de Guardiola qui a pu repartir de zéro, estime le technicien spécialiste de l’analyse de la performance. Il a évincé Deco et Ronaldinho et signifié par voie de presse qu’il ne souhaitait pas conserver Eto’o. Il a misé sur la cantera et les jeunes. Avec l’émergence d’Ansu Fati, Gavi, Pedri, Óscar Mingueza, Ronald Araújo, il peut se passer la même chose. S’il parvient à les faire jouer comme Al-Sadd, il aura de nombreuses options. Xavi a besoin de nouveaux objectifs. Et celui de rebâtir un grand Barça avec une équipe jeune en est un. Pour cela, il doit négocier une certaine durée de contrat, avec du temps car prendre en main une équipe en transformation qui subit des hauts et des bas est un défi très difficile à relever."
Enfin, il ne faut pas oublier que Xavi était une promesse de campagne de Víctor Font lors de la campagne présidentielle. Lors du dernier débat, Laporta avait d’ailleurs ironisé sur l’omniprésence de l’idole blaugrana dans le programme de son rival et la pique avait fait immédiatement le tour des réseaux sociaux. La relation du président avec l’ancien capitaine s’est refroidie mais, dans l’intérêt supérieur du club, les deux hommes se seraient rapprochés. Arrondir les angles et s’allier seraient un compromis satisfaisant à un moment où le flou artistique domine. Xavi veut-il quitter sa douce vie au Qatar pour le tumulte en Catalogne ? Figure de proue du comité organisateur du Mondial 2022, Xavi est très lié au régime auquel il apporte une image de respectabilité.

Xavi Hernandez arrive au Qatar

Crédit: Eurosport

Ce n’est pas un hasard s’il porte un polo grenat en lien avec l’organisation de l’événement dans sa vidéo pour The Coaches Voice. Contractuellement, il n’est pas impossible qu’il soit lié au Royaume jusqu’à la fin de la compétition et sportivement, son mandat à Al-Sadd est brillant. "Il est dans le meilleur club du Qatar et sa famille vit très bien ici, affirme Sergi Angulo Lerín. La saison dernière, il n’a pas perdu un seul match de championnat, remporté tous les titres domestiques et été élu entraîneur de l’année." Cela repousserait encore des retrouvailles tant attendues et, par les temps qui courent, personne ne sait encore ce qu’il adviendra d’ici là. Ni pour Xavi et encore moins pour le Barça.
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