L'emploi de Ronald Koeman est en danger. Du côté de Barcelone, on le dit haut et fort, les dirigeants sont déjà à la recherche d'un remplaçant au Néerlandais. La situation est tout de même inusuelle. Il y a à peine trois mois, le président Laporta confirmait son entraîneur dans ses fonctions. Puis après tout, la saison n'est vieille que de cinq matches… Pourtant, à y regarder de plus près, ce nouveau rebondissement n'est qu'un symptôme de plus de l'état dans lequel se trouve un club en crise à tous les étages. Et pour une fois, pas question ici de parler d'argent.
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Ronald Koeman a plein de défauts. Il est obtus, peu diplomate, grande gueule. Le petit guide de survie de l'entraîneur du Barça face aux journalistes, il l'a jeté par la fenêtre dès le premier jour. Le Batave critique ses joueurs publiquement, son effectif, remet la faute sur les dirigeants et pendant qu'on y est, allume aussi son président. Côté terrain, le cinquantenaire n'apparaît pas toujours comme le plus fin des tacticiens. Il se fait régulièrement piéger par l'entraîneur adverse au coup d'envoi, donnant l'impression d'avoir particulièrement mal préparé son match. Sa lecture des rencontres, elle, est peut-être son plus grand point faible. Il tarde à réagir et tombe souvent dans la caricature. L'entrée de Piqué en numéro 9 contre Grenade est un exemple parmi d'autres. Bref, au moment de composer la liste des dix meilleurs entraîneurs de la planète, le nom de Koeman est à naturellement à écarter.

Ronald Koeman

Crédit: Getty Images

Malgré cette analyse – à ce stade, cette épitaphe ? – peu flatteuse, l'ancien central a du mérite. Beaucoup de mérite même. Il a accepté de quitter le poste prestigieux de sélectionneur des Pays-Bas pour se rendre dans le FC Barcelone d'un Bartomeu en fin de cavale. En acceptant le poste, il avait plus à y perdre qu'à y gagner. Dès l'arrivée d'un nouveau supérieur hiérarchique, ses jours seraient comptés. Courageux, Koeman l'a aussi été dans le football proposé. Il a refusé de jouer petit bras la majorité du temps (sauf en fin de match) sachant pertinemment le danger encouru lorsque la charnière était composée de Lenglet et Piqué, obligés de défendre à 50 mètres de leur but.
En y repensant, l'ancien d'Everton aurait parfaitement pu adopter une approche conservatrice à la Valverde, tout en contrôle mais sans aucun déséquilibre. Pour servir ses ambitions à court terme, ça aurait fait l'affaire. Au lieu de ça, il a préféré ouvrir les vannes, faisant de son attaque l'une des meilleures d'Europe. Le Néerlandais l'avait compris, afin de se retrouver, le premier pas que devaient effectuer les Azulgrnas consistait à ne plus se censurer offensivement. Son successeur sur le banc aurait pu profiter de ce travail préparatoire et on aurait fini par estimer à sa juste valeur le travail du natif de Zaandam. Koeman aurait été le premier architecte du nouveau Barça. Dans quelques années, à force de clamer que personne ne lui donne du crédit, il aurait eu tout le crédit du monde.

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Laporta aurait dû dire stop cet été

Car en effet, son aventure catalane aurait dû s'arrêter dès cet été. Le club aurait eu besoin d'un entraîneur capable de s'inscrire sur la durée, un entraîneur sur lequel construire le nouveau projet de Laporta. L'effectif appauvri, l'homme fort de l'institution se devait d'être l'entraîneur. Quelqu'un capable de sublimer un groupe au lieu de déclarer platement à son sujet, "es lo que hay" ("c'est tout ce qu'on a") après la défaite contre le Bayern. "'Es lo que hay' peut signifier accepter la réalité d'un effectif condamné et se conjurer pour en exprimer son potentiel grâce à une idée de jeu qui le stimule. Donner le meilleur contexte à Araújo, Pedri, Memphis, Ansu ou De Jong pour ne pas gaspiller un gramme de leur football. Cependant, 'es lo que hay' peut aussi signifier que ça ne vaut pas la peine d'essayer. Que la récompense sera insuffisante" remarquait l'auteur Albert Morén à la suite du match nul contre Grenade. Entre les deux alternatives, Koeman transmet la désagréable sensation de préférer la seconde.

Memphis Depay lors de FC Barcelone-Grenade

Crédit: Getty Images

Si Laporta n'a procédé à aucun changement sur le banc au terme des deux semaines de réflexion qu'il s'était accordées cet été – en réalité deux semaines pour trouver un meilleur entraîneur, situation tout à fait humiliante pour le coach en place et indigne d'un grand club - c'est en raison de l'indemnité à verser au míster en cas de licenciement. On parle ici de 14 millions d'euros !
Les plus pragmatiques l'ont toutefois remarqué, des millions, il va de toute façon falloir en verser à Koeman, que ce soit en indemnités de départ ou en salaire. Aucune des parties n'étant satisfaite par l'issue trouvée, les beaux jours se sont vu empoisonnés par les déclarations amères en provenance des deux camps. "Je crois que tu dois toujours faire preuve de clarté. Quand toi, en tant que club, tu ne fais plus fonctionner les choses et tu n'es pas certain quant au futur d'un entraîneur, il y a des spéculations. Et si c'est toi l'entraîneur, alors les choses ne sont pas agréables" reprochait la légende blaugrana à ses dirigeants en septembre, tout en accusant son président "d'avoir trop parlé". Depuis quelques temps, la situation est complètement hors de contrôle. Difficile d'avoir plus mal géré les choses.

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Une guerre médiatique sans fin

Ce que ces échanges tendus montrent, c'est aussi que le Barça est toujours prisonnier des guerres médiatiques. Laporta s'était promis de mettre un terme aux filtrations dès son retour aux affaires, c'est pour le moment un échec. Son entraîneur l'a même épinglé pour cette pratique : "rien n'a été filtré au sujet de mon contrat jusqu'à ce que Laporta parle avec les journalistes" envoyait-il dans un média néerlandais. D'une façon générale, les protagonistes de cette affaire sont tous atteints d'incontinence verbale. Il ne se passe pas une semaine sans que l'entraîneur, le président, un conseiller du président ou un dirigeant ne déverse sa ration de propos mal calibrés dans quelque média tout content de participer à ce grand cirque propre à l'entorno, l'insaisissable et foisonnant entourage politique et médiatique qui gravite autour l'organisation culé.
Le fonctionnement kafkaïen de l'entorno, Ronald Koeman le connaît sur le bout des doigts pour avoir joué dans le Barça des années 90. Les luttes à mort entre Johan Cruyff et le président Núñez, le numéro 4 de la Dream Team les a vues de près. Alors, comme ses adversaires, il en joue, quitte à vicier encore un peu plus l'ambiance. C'est comme ça qu'il faut comprendre la multiplication des sorties dans les médias de son pays, le recours à la voix d'une vieille connaissance journaliste pour le défendre en Catalogne ou encore la transformation mercredi d'une conférence de presse en véritable exercice de défense personnelle avec la lecture d'un communiqué sans accepter la moindre question.

Ronald Koeman, FC Barcelona 2021/2022

Crédit: Getty Images

"Le club me soutient comme entraîneur dans une situation de reconstruction. La situation sportive est liée aux circonstances financières et vice-versa. Cela suppose qu'il faut reconstruire le club et l'effectif sans pouvoir faire de grands investissements, et ça, ça nécessite du temps" lançait l'entraîneur derrière son pupitre. Le message est envoyé aux journalistes et à ses détracteurs en interne, Koeman se protège. Une fois de plus, il soigne son image. Les propos, eux, sont en contradiction avec ceux de son chef: "Avec moi il n'y a pas de saison de transition. Avant, quand on perdait, il ne se passait rien, mais avec moi, perdre aura des conséquences" avait averti Laporta en mai.

Des questions sans réponse

En plus du marasme économique connu de tous et des problèmes de filtrations constantes, l'entité d'Arístides de Maillol est frappée par un autre mal, celui d'un questionnement existentiel au sujet de son style. Disons-le, le style Barça, on ne sait plus très bien ce que ça signifie. Cruyffisme, guardiolisme, jeu de position, jeu de possession, ADN, les débats s'enlisent pour cause de termes vidés de sens à force d'avoir été utilisés comme de vulgaires slogans. Le cruyffisme est-il une idée à suivre jusque dans les moindres principes ? N'est-il au contraire qu'une idée directrice ? Koeman est-il cruyffiste ? Impossible, crieront certains scandalisés.
Jamais un entraîneur cruyffiste ne commettrait l'affront de parler de "tiki taki" (sic.) pour désigner le style de jeu du FC Barcelona, faisant référence à un terme péjoratif utilisé précisément par les détracteurs de ce style-là. Vouloir apprendre le cruyffisme à l'un des joueurs les plus importants du règne de Johan n'a aucun sens, rétorqueront les membres du camp d'en face. D'ailleurs, le style Barça est-il toujours viable ? Peut-il s'adapter au football des années 2020 ? Ou encore, les dirigeants y sont-ils attachés ? Faute de politique sportive claire, impossible de répondre à cette dernière interrogation. Depuis son retour, on ignore la substance du projet sportif de Laporta. Encore plus depuis le départ de Messi.
Pour toutes ces raisons, El Barcelona flotte dans les limbes de l'indéfinition et Koeman n'est plus qu'un mort-vivant : le club lui cherche un successeur sans pour autant qu'il ne se dégage un candidat évident (García Pimienta, ancien de l'équipe B, aurait pu être cet homme s'il n'avait pas été viré inexplicablement par Laporta). Alors en attendant, le Néerlandais est toujours en poste. Pour combien de temps encore ?
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