Entretien avec B. Layec

Layec : "Les anciens me font sourire"
Par Eurosport

Le 12/11/2010 à 15:48Mis à jour Le 12/11/2010 à 16:02

Troisième volet de nos entretiens sur le monde de l'arbitrage, avec Bertrand Layec, le numéro 2 de la DNA. Il décrit une gestion très pro, quasiment l'émergence d'un métier, sans le statut d'un vrai professionnel. "L'arbitrage aujourd'hui est très supérieur à ce qu'il était il y a dix ans..."

BERTRAND LAYEC, sur une échelle de 0 à 10, où situeriez-vous l'arbitrage au niveau de la professionnalisation ?

B.L. : Je pense qu'on est à une étape charnière. Je pense que l'étape suivante nous amènera véritablement à la professionnalisation contractuelle. Aujourd'hui, les arbitres ont un statut un peu bâtard de travailleurs indépendants, mais il n'y a pas de lien de subordination qui les oblige à faire de l'arbitrage sept jours sur sept. Mais on peut considérer que l'on a professionnalisé tous les moyens qui sont en place autour de l'arbitre de haut niveau.

Quels sont ces moyens ?

B.L. : Autour des arbitres de Ligue 1 et de Ligue 2, on a un staff technique avec un préparateur athlétique, un médecin, un ostéopathe, un manager... Une véritable structure professionnelle. Au niveau mental, on travaille également avec le préparateur mental de l'UEFA. Contrairement à un entraîneur, je n'ai malheureusement pas la possibilité d'avoir mes arbitres sous la main tous les jours.

On peut imaginer que cette rationalisation des moyens a été accompagnée d'une plus grande exigence envers les arbitres. Non ?

B.L. : Oui, elles sont assez importantes. Aujourd'hui, un arbitre de Ligue 1, et je ne parle pas des internationaux, doit faire entre 40 et 50 jours de stage par an. Il doit être disponible pour sa formation, sa préparation, son suivi sportif. Un arbitre a aussi des rendez-vous hebdomadaires avec son manager. Tous les mois, ce sont des réunions centralisées sur Clairefontaine pour permettre de recevoir des informations fraiches, de faire des états des lieux physiques...

Quarante à cinquante jours de stages plus les matches. Comment un arbitre peut-il mener de front sa vie d'homme en noir et sa vie professionnelle "normale" ?

B.L. : C'est un peu le système D. Des arbitres travaillent sur des rythmes différents, à mi-temps, certains pas du tout. C'est assez variable. Certains officient dans le milieu de l'arbitrage de leur région. Je l'ai vécu à mon époque, c'est intéressant. Clément Turpin et Wilfried Bien en font l'expérience actuellement. Mais aujourd'hui, si l'on veut entrer un peu plus dans le monde professionnel,  il est impératif de trouver des solutions. Il faut que le grand public comprenne qu'il y a une précarité. A partir du moment où il n'y a pas de professionnalisation contractuelle, il n'y a pas de rémunération suffisante en contrepartie. Aujourd'hui, je ne vois pas un arbitre lâcher son travail, qui va lui permettre d'aller jusqu'à la retraite, car la précarité est totale dans l'arbitrage. Un arbitre se casse la figure dans les escaliers, il ne peut plus arbitrer et n'a aucune garantie financière à long terme. La problématique se situe là.

Que préconisez-vous ? Des augmentations salariales conséquentes ou des propositions de reconversion ?

B.L. : C'est un débat qui dure. Quinze ans que je suis dans le milieu professionnel... On a juste clarifié les sommes qu'ils perçoivent. Mais pas le statut de l'homme au niveau social. C'est insoluble. Ou sinon, on arrive demain en faisant des contrats de quatre à cinq ans, comme pour les joueurs, et on assure une rémunération durant cette période-là. Aujourd'hui, un arbitre qui descend d'une catégorie peut voir ses rémunérations divisées par deux. Là, cela ne serait plus le cas. L'étape suprême est de salarier et contractualiser les arbitres.

L'arbitrage est d'ailleurs le seul maillon du football qui n'est aujourd'hui pas professionnel...

B.L. : Je suis d'accord. Mais en trois, quatre ans, on est passé de la préhistoire à une gestion assez professionnelle. Un arbitre qui est parti il y a dix ans et qui revient aujourd'hui ne retrouvera pas 5% de ce qu'il a connu à son époque. Quand j'entends les anciens parler, ça me fait sourire. Il y a quinze ans, les arbitres se réunissaient à une fois par an, deux jours et demi et "bonne saison!" C'était la préhistoire. On allumait la lumière à Clairefontaine le vendredi, on l'éteignait le dimanche et on se revoyait l'année d'après. On faisait un test physique par an contre trois aujourd'hui. Ce n'est plus une évolution, c'est une révolution.

Cette révolution a-t-elle permis d'élever le niveau ? Un arbitre qui débute aujourd'hui est-il meilleur que son prédécesseur ?

B. L. : A tous points de vue. Ça va faire sourire mais aujourd'hui, l'arbitrage de Ligue 1 est bien supérieur à l'arbitre d'il y a dix ans. J'y étais... Les arbitres sont bien plus suivis. Le problème est que l'erreur est cent fois plus médiatisée. Il y a dix fois plus de caméras. Quand un ancien dit : "De mon temps, ça se passait bien", certes. Mais ont peut lui répondre : "De ton temps, on ne voyait pas tout ce que tu faisais..." Aujourd'hui, on voit tout. Il faut des garçons performants dans tous les domaines. Vous oubliez un penalty dans n'importe quel match de Ligue 1, on en parle sur trois colonnes.

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