La Beaujoire, Nantes-PSG, 24e minute. Sur une passe lumineuse, Thiago Motta élimine l'ensemble des milieux de terrain nantais pour servir Zlatan Ibrahimovic à 40 mètres du but adverse. Le Suédois contrôle le ballon sans problème. Obligé de quitter sa position pour compenser l'absence de ses milieux, Oswaldo Vizcarrondo ne peut l'empêcher d'ajuster une merveille de passe en profondeur pour Edinson Cavani. Lancé dans le dos de Cichero, l'Uruguayen ne manque pas une si belle occasion de tromper Rémi Riou. En deuxième période, Ibrahimovic récidive avec un nouveau service dans l'espace sur le second but parisien. Cette fois, c'est Maxwell qui lui glisse la balle dans les 20 derniers mètres. Une nouvelle fois en avance sur ses gardes du corps, "Ibra" a tout le temps de lancer Matuidi dans la surface nantaise. Il assiste ensuite aux tentatives manquées de Cavani et Lucas Moura, avant de pouvoir enfin lever les bras sur la frappe victorieuse de Lavezzi.
En deux passes, Ibrahimovic a déchaîné les rotatives : aux yeux de certains, il aurait complètement changé. Certes, le buteur n'aurait pas disparu malgré son zéro pointé depuis la reprise, mais il serait désormais beaucoup plus partageur dans les 30 derniers mètres. Mais c'est mal connaître "Ibra" que de penser cela. Il n'a pas changé en un été : l'international suédois évoluait déjà dans ce registre durant sa période milanaise, trois ans qui l'ont vu beaucoup marquer (et décrocher un titre de meilleur buteur en 2011/2012) mais aussi distribuer pas mal de passes décisives à ses partenaires (8 passes décisives lors de ses deux saisons pleines à l’AC Milan). A l'époque, les Cavani et Matuidi s'appelaient Alexandre Pato ou Kevin-Prince Boateng. Dans le 4-3-3 rossonero, Ibrahimovic était une copie conforme du joueur qui a foulé la pelouse de La Beaujoire dimanche soir : un attaquant de pointe capable de décrocher pour aspirer la défense adverse, pour ensuite lancer ses ailiers ou des "incursores" (milieux attaquant la profondeur) dans les espaces. Évidemment, le ballon pouvait ensuite lui revenir après la création du décalage, lui offrant ainsi des opportunités de marquer. Mais l'essentiel était de le voir à la création des actions.

FOOTBALL 2013 Nantes-PSG (Ibrahimovic)

Crédit: Panoramic

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En Ligue des champions, c'était déjà le cas la saison passée
C'est d'ailleurs sans doute ce que Carlo Ancelotti avait en tête lorsque l'attaquant a débarqué en Ligue 1 l'été dernier : Ibrahimovic au centre du 4-3-3 parisien, entouré par deux ailiers rapides et aimant les grands espaces (Lavezzi, Ménez) et soutenu par des milieux capables d'apporter des solutions supplémentaires dans les 25 derniers mètres (Matuidi). Problème, le PSG s'est heurté à la réalité de la L1, avec ses défenses très resserrées... ainsi qu'à la réalité de son effectif, jusque-là construit autour de Javier Pastore. Testé au sein du trio dans l'entrejeu, l'Argentin n'a jamais convaincu sur la durée dans ce registre. Devant, Nenê n'était pas non plus fait pour un tel système, préférant toucher le ballon plutôt que de le demander dans l'espace. Bref, en attendant de trouver la bonne formule pour son collectif, Carlo Ancelotti a dû se reposer sur le talent d'Ibrahimovic pour prendre des points. Le Suédois s'est acquitté de cette tâche sans broncher, enfilant les buts et permettant au PSG de rester dans les hauteurs du Championnat de France. Le Zlatan créateur passait alors au second plan : il fallait d'abord être la finition.
L'histoire était d'ailleurs toute autre en Ligue des champions. Le PSG dominait moins les débats, et les grands espaces dans le dos de certaines défenses ont permis à l'attaquant parisien de distribuer quelques caviars. Les chiffres sont d'ailleurs là pour le prouver : avec 7 passes décisives, Ibrahimovic était tout simplement le meilleur passeur de la dernière Ligue des champions. De quoi plomber un peu plus la théorie d'un nouveau Zlatan, miraculeusement apparu pour cette saison 2013/2014. Et ce n'est pas non plus une question de système puisque cette dualité buteur en L1/passeur en Ligue des champions s'est poursuivie après le passage en 4-4-2 effectué en novembre dernier. Et pour cause : face à des équipes françaises qui viennent défendre un point, Ibrahimovic est un finisseur de poids. Son partenaire de l'attaque joue pour lui, allant créer des décalages sur les ailes pour lui offrir de bonnes positions dans la surface adverse. A l'inverse en Ligue des champions, Paris joue plus bas et procède le plus souvent en contre-attaque. Planté en pointe du système parisien dans le rond central, Ibrahimovic relaie les remontées de balle et sert ses partenaires dans la profondeur. Le plus bel exemple reste le but inscrit par Javier Pastore au Nou Camp.
La présence de Cavani change la donne
Revenons maintenant à La Beaujoire : qu'est-ce qui a changé au PSG pour que celui qui faisait (quasi) exclusivement des passes en Ligue des champions se retrouve à l'origine des deux actions de but parisiennes ? La réponse est évidente : Edinson Cavani. Alors qu'il évoluait en pointe face à Ajaccio, l'attaquant uruguayen avait souvent été recherché par son partenaire. Ils ont dû patienter jusqu'à Nantes pour se trouver, au sein d'un 4-3-3 qui ne pouvait que faire ressortir les réflexes milanais d'Ibrahimovic. Preuve que la complémentarité entre les deux hommes dépasse le cadre des systèmes de jeu, le Suédois est resté simple passeur sur le second but parisien alors que l'équipe était repassé en 4-4-2 à ce moment de la partie. Certes, sa passe n'était pas destinée à Cavani ; mais la présence de ce dernier, véritable finisseur, dans la surface a justement donné à Ibrahimovic la possibilité de décrocher. Suffisant pour offrir un relais à Maxwell et lancer Matuidi.
Bref, après 180 minutes passées ensemble sur les pelouses de Ligue 1, Zlatan Ibrahimovic et Edinson Cavani semblent avoir déjà trouvé leurs rôles. Au premier la construction, au second la finition. Evidemment, le Suédois ne devrait pas s'arrêter brusquement de marquer : il serait même surprenant qu'il ne termine pas la saison avec un nombre à deux chiffres à son compteur buts (il n'a jamais inscrit moins de 10 buts depuis la saison 2005/2006, lorsqu'il évoluait en soutien de David Trezeguet à la Juventus). Loin de lui faire de l'ombre, l'arrivée de Cavani va lui permettre de dévoiler à la Ligue 1 son côté passeur. Reste à savoir s'il laissera de la place aux autres "créateurs" du PSG, lui qui a pesé plus de 40% des buts du club en championnat la saison dernière.

FOOTBALL 2013 PSG - Ibrahimovic et Cavani

Crédit: Panoramic

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