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Thauvin, itinéraire d’un rescapé du foot

Thauvin, itinéraire d’un rescapé du foot

Le 24/12/2013 à 19:10Mis à jour Le 25/12/2013 à 15:50

Pour mieux comprendre Florian Thauvin, But ! est allé à la rencontre de deux de ces proches, qui en dressent un portrait à l'opposé des caricatures de l'été.

Recrue phare de l’été, Florian Thauvin a réalisé une partie de son rêve en signant à l’OM. Pourtant, le jeune milieu de terrain de 20 ans n’aurait jamais dû connaître une trajectoire aussi idyllique. Olivier Saragaglia, qui l’a recruté et lancé dans le monde professionnel à Grenoble, et son ami Christian Ngando, qui l’a côtoyé au centre de formation, nous content l’histoire de ce parcours hors du commun.

De Châteauroux à Grenoble

C’est à 15 ans que tout commence pour Florian Thauvin. Alors qu’il effectue une journée de détection à Châteauroux, Olivier Saragaglia, entraîneur de Grenoble, repère le néo-Marseillais : “Je me suis personnellement déplacé à la journée de détection à Châteauroux où se trouvait Florian. Il n’était pas du tout au-dessus du lot. Il y avait plusieurs recruteurs ce jour-là, venant des plus grands clubs français. Personne n’a flashé sur lui. Fabrice Dubois, le directeur du pôle espoirs de Châteauroux, m’a alors dit de porter un regard sur lui car personne ne l’avait remarqué et il avait un fort potentiel. J’ai donc eu un œil un peu plus avisé sur ce jeune joueur et c’est vrai qu’il avait déjà cet instinct de dribbleur porté vers l’avant. Je l’ai trouvé intéressant et j’ai voulu prendre le pari de le faire signer à Grenoble”. Un pari qui ne s’est pourtant pas tout de suite avéré payant.

Des débuts contrastés à Grenoble

A son arrivée au centre de formation de Grenoble, Florian Thauvin impressionne déjà ses partenaires. Son ami Christian Ngando, passé par l’OL et actuellement à la recherche d’un club, l’a côtoyé au GF38. Il se souvient : “Il était vraiment au-dessus techniquement, on voyait qu’il était plus fort. Il était assez rapide et avait une bonne vision du jeu. En plus de ça, il était très adroit devant le but. Il avait vraiment toutes les qualités pour réussir”. Malheureusement, le physique ne suit pas. Son ancien entraîneur Olivier Saragaglia raconte : “Un problème de dos est survenu lors de sa deuxième saison au centre de formation. Le club était sceptique sur le fait qu’il puisse continuer à jouer. Cela l’a tenu éloigné des terrains pendant un long moment”.

FOOTBALL 2013 Marseille - Thauvin

FOOTBALL 2013 Marseille - ThauvinPanoramic

Malgré l’envie débordante et les qualités techniques hors du commun de Thauvin, certains émettent des doutes. Même son ami Christian Ngando : “Son physique lui jouait des tours. Il était assez fragile, il se blessait assez souvent et on se demandait s’il ne prenait pas un risque de continuer sachant que son corps pouvait ne pas supporter sa croissance”.

Une force mentale surprenante

Malgré tous ses pépins physiques, Florian Thauvin y croit dur comme fer. Oui, un jour, il sera joueur professionnel et personne ne peut lui enlever ça de la tête. “C’était un joueur très ambitieux, raconte Ngando. A 17 ans, alors que tout le monde était déjà content de jouer en CFA, lui pensait à signer pro ! C’est un joueur techniquement très fort avec un mental d’acier. Il a traversé beaucoup de périodes délicates. Ce sang-froid et cette maturité ont vite fait la différence avec les autres joueurs.” Des propos confirmés par Olivier Saragaglia : “Quand il a pu rejouer après avoir réglé ses problèmes de dos, il était en retard sur les autres. De ce fait, durant trois mois, il en a profité pour travailler comme un malade avec le préparateur physique de l’époque pour revenir plus fort et retrouver son niveau. Il a gagné sa place comme ça”. Une place qui lui a ensuite permis de faire ses grands débuts dans le monde professionnel avec Grenoble lors de la saison 2010/2011, à seulement 17 ans, avant de rejoindre Bastia gratuitement suite au dépôt de bilan du GF38.

Un caractère bien trempé

En Corse, Florian Thauvin découvre un nouvel univers. Mais il est sûr de lui. Une assurance qui peut également lui jouer des tours comme le précise son ami Ngando : “Son plus gros point fort est aussi son plus gros point faible. Il est parfois trop confiant. En football, il faut avoir confiance mais pas trop pour ne pas tomber de haut. Il est sûr de lui mais une chose est certaine : il n’a pas la grosse tête”.

Une image de joueur idéal que l’on aime avoir dans son effectif, comme le confirme son entraîneur de l’époque à Grenoble : “C’est un gamin posé, calme et qui est loin d’être bête. Il comprend vite les choses. Il est bien éduqué, poli et très respectueux de la hiérarchie. Il est assez réservé mais il n’hésite pas à prendre la parole quand il le faut”.

Son bras de fer avec Lille

Il a donc fallu attendre les six derniers mois de sa deuxième saison à Bastia pour que Florian Thauvin se révèle enfin aux yeux du grand public. Les Nordistes, qui l’ont recruté en janvier avant de le prêter pour six mois à Bastia, pensent avoir fait une très bonne affaire. D’autant qu’à l’été, avant même de rejoindre son nouveau club, il devient champion du monde des moins de 20 ans avec l’équipe de France. Une consécration. Mais tout va très vite s’enrayer. L’OM s’intéresse au joueur, qui ne reste pas insensible. Plusieurs points de discorde cassent la relation entre Thauvin et le LOSC. Le bras de fer est engagé par le joueur qui refuse de s’entraîner. “On a toujours du mal à comprendre qu’un joueur de son âge refuse d’aller s’entraîner, ce n’est jamais une bonne chose, regrette Olivier Saragaglia. Mais il avait certainement ses raisons et elles devaient être valables, même si on ne peut pas cautionner ce type de comportement. On ne connaît pas tous les tenants et les aboutissants de cette histoire donc je pense qu’il ne faut pas juger. Mais à Grenoble, je ne l’ai jamais vu refuser un entraînement bien au contraire, c’était toujours le premier sur le terrain. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec Marseille. On sent bien que c’est un garçon qui aime le football.”

2013 Lille Thauvin Seydoux

2013 Lille Thauvin SeydouxEurosport

Christian Ngando, passé par le centre de formation lillois, n’a quant à lui guère été surpris. Il avait même prévenu le néo-Marseillais : “J’ai régulièrement parlé avec lui lorsqu’il était encore à Bastia et je lui ai donné mon point de vue. Je lui ai dit de ne pas aller à Lille. Malheureusement, il avait déjà signé un précontrat. Je suis attristé qu’on en soit arrivé à pareille situation. La presse en a trop fait et a trop simplifié la situation. “Flo” n’est pas parti pour l’argent. Le fait qu’il ait été acheté puis prêté dans la foulée l’a beaucoup affecté. La vraie version, c’est qu’ils lui ont manqué de respect en ne lui envoyant pas de contrat. Il est très proche de sa mère et le fait qu’il ne puisse pas trouver un logement l’a touché. “Flo”, c’est un affectif. A ce moment-là, un truc s’est cassé et il savait qu’il ne pourrait plus se donner à 100% pour ce club. Il sait ce qu’il veut, il est bien éduqué. Il a gardé ses valeurs, il n’y a pas de souci à se faire. Je suis persuadé qu’il n’a pas changé, qu’il est toujours la même personne.”

Son arrivée à l’OM

Au bout du compte, c’est bien Florian Thauvin qui a eu le dernier mot. Mais le club phocéen a fait un très gros effort financier pour le recruter en déboursant plus de dix millions d'euros. Une pression supplémentaire qui pourrait le faire déjouer. “Pour qu’il réussisse à Marseille, dans ce club avec beaucoup de pression, il faut qu’il écoute les uns et les autres et qu’il reste focalisé sur sa passion, conseille Ngando. Il y a plusieurs paramètres qui entrent en jeu. Mais en talent pur, ça vaut un Dimitri Payet. Footballistiquement, l’OM est un club à la hauteur de son talent. S’il garde ses valeurs, il n’y aura aucun problème pour lui.”

Plus à même de juger sur un plan technique, Olivier Saragaglia pense que le Marseillais va beaucoup apporter à son nouveau club : “Sa percussion et le fait qu’il oriente toujours le jeu vers l’avant sont de grands atouts. Il aime aller provoquer l’adversaire et il a une grande capacité à pouvoir éliminer. Il va apporter un plus offensivement, c’est indéniable. Aujourd’hui, les joueurs qui provoquent leur adversaire direct se font rares, on ne va plus au duel. Toute proportion gardée, je le compare à Franck Ribéry dans ce style de jeu.” Franck Ribéry, passé lui aussi par l’OM (2005-07) et qu’il pourrait retrouver avec l’équipe de France au Mondial brésilien l’été prochain. Mais ça, c’est une autre histoire…

Florian Thauvin France Espoirs Arménie 2013

Florian Thauvin France Espoirs Arménie 2013AFP

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