Le début de saison n'est pas forcément un argument de poids. Treizième du championnat avec deux victoires pour trois défaites, absent de Coupe d'Europe après 17 participations consécutives, l'OL ne vit pas des heures faciles. Sa stratégie n'est pourtant pas remise en cause. Le club rhodanien est contraint à une cure d'austérité financière en raison notamment de la construction de son futur grand stade.
Pour diminuer les effets de cette période de rigueur, Lyon a choisi de donner la priorité aux jeunes de son centre de formation depuis quelques années maintenant. Et si nombre de clubs de L1 optent de plus en plus pour ce type de politique pour des raisons multiples, l'OL semble avoir un temps d'avance. Si Lyon mange actuellement son pain noir, l'avenir sera meilleur. Les experts sont unanimes. Voici pourquoi.

Les jeunes à Lyon, ce n'est pas un choix par défaut

Ligue 1
"Même quand on gagnait titre sur titre, on investissait à peine moins dans la formation"
18/09/2014 À 15:20
La tendance s'est accentuée. Les difficultés économiques poussent certains clubs français à faire confiance à leurs jeunes. Plus par contrainte que par choix. "Le piège de la formation est de l'utiliser par obligation et pas par volonté", critique Pierre Dréossi, ancien manager général de Rennes et de Lille. Alors bien sûr, Lyon rentre également dans cette catégorie. Si l'OL met autant ses jeunes en avant ces dernières saisons, ce n'est pas un hasard. Avec notamment le projet de son nouveau stade pour une livraison attendue fin 2015, Jean-Michel Aulas dispose de moyens moindres. Le temps des recrutements prestigieux avec Lisandro Lopez and co est bien révolu.
Le président lyonnais n'a cependant pas pris ce virage du jour au lendemain. A Lyon, la formation fait partie de "l'ADN du club", comme nous le rappelle Olivier Blanc, directeur général adjoint chargé de la communication. "Il ne faut pas oublier que les Lyonnais ont toujours eu un bon centre de formation", confirme Pierre Dréossi. "Mais à l'époque, il était difficile de jouer à Lyon car l'OL avait de grands joueurs et une équipe pour jouer le titre". Aujourd’hui, les ambitions ont changé. Cela donne plus de place aux jeunes pour s'exprimer.

Alexandre Lacazette, Lyon -2014

Crédit: Panoramic

Quand Lyon a pris ce virage, le centre de formation était déjà reconnu

Karim Benzema, Loïc Rémy, Clément Grenier ou encore Sidney Govou. Former, Lyon sait faire. Depuis la fin des années 80 et dans le sillage de José Broissart, l'OL a pris soin de sa formation et a sorti de nombreux joueurs. La tendance s'est accélérée depuis 15 ans. L'étude du site Sportingintelligence.com a ainsi permis de se rendre compte de cette réussite : l'Olympique lyonnais se retrouve deuxième du classement des clubs les plus formateurs dans les cinq grands championnats, derrière le FC Barcelone et sa fameuse Masia. Rien que ça. Pour y arriver, l'OL s'est donné les moyens. "Cela fait 15 ans que Lyon investit énormément", explique Olivier Blanc. "Il y a eu un travail pendant des années avec une vraie politique, salue Dréossi. Les Lyonnais ont eu une volonté d'avoir des joueurs issus de la région lyonnaise, qui sont arrivés tôt en club. Il y a une vraie méthode." Cela porte ses fruits actuellement.
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Aulas sait où il va et défend son projet…

Former, ça prend du temps. "Construire, ça demande plus de temps que d'acheter", résume Dréossi. Il faut faire preuve de patience. Et c'est peut-être le plus compliqué. Réussir en s'appuyant sur son centre de formation, l'ancien manager de Rennes est convaincu que c'est possible, même au niveau européen. Mais il faut être soutenu, notamment par ses dirigeants. "Tout est une question de projet, de politique et de temps ! Si vous êtes au début du projet, vous êtes plus en danger que deux ou trois ans après. La politique du court terme qui rassure tout le monde est plus facile." S'il est parfois trop excessif, Jean-Michel Aulas sait monter au créneau pour soutenir sa politique. Contraint de rassurer ses actionnaires, le président des Gones explique sa vision et son projet régulièrement pour défendre son modèle économique. C'est déterminant pour travailler sur le long terme, comme l'exige cette politique jeune.
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Il y a des risques mais Lyon a de quoi les éviter

Le péril jeune, Sochaux en a fait les frais la saison passée. Lyon prend aussi un risque. "Quand c'est excessif, vous mettez les jeunes dans la difficulté", prévient Dréossi. Pour ne pas se mettre en danger, il y a un équilibre à trouver entre les jeunes et des cadres aptes à les épauler, à les guider. Or, l'OL a conservé quelques joueurs d'expérience et a su pour le moment garder des jeunes qui commencent à avoir du vécu comme Grenier ou Gonalons.
Le club n'exclut pas non plus de recruter. "Si on avait une génération moins talentueuse, moins importante, on compléterait avec des joueurs extérieurs", annonce Blanc. Le recrutement de Christophe Jallet rentre dans cette volonté de trouver des joueurs pour accompagner les jeunes issus du centre. Voici pourquoi Dréossi estime que Lyon ne va pas tomber dans un excès coupable cette saison : "Lyon aura le choix. Ce n'était pas le cas en début de saison avec leur cascade de blessés. Mais l'OL possède un effectif équilibré entre les jeunes du centre de formation et des joueurs d'encadrement. Je ne pense pas que Lyon va mettre ses jeunes en danger.

Alexandre Lacazette et Maxime Gonalons sont les deux leaders de la nouvelle génération lyonnaise

Crédit: Panoramic

Et si c'était un moyen de rentabilité et un exemple pour les autres clubs de L1 ?

La formation est inhérente aux clubs français. Ce n'est pas nouveau. Et l'OL n'est pas le seul à s'illustrer dans ce domaine. Une question s'impose cependant : est-ce une obligation pour les clubs français et une solution viable pour équilibrer leurs comptes ?  Christophe Lepetit, chargé d'études économiques au Centre de Droit et d'économie du sport de Limoges, en est convaincu : "Les clubs français peuvent aujourd'hui difficilement se passer d'investir dans la formation de joueurs. Sur le plan financier, l'ensemble des clubs (excepté le PSG), largement déficitaires sur l'exploitation, comptent sur les transferts de joueurs pour équilibrer (ou tenter de le faire) leurs comptes de résultat. Pour cela, c'est bien souvent les joueurs formés qui peuvent générer des rentrées".
Vendre ses jeunes, l'OL n’en fait pas non plus une priorité et rappelle que former, ça "ne coûte pas rien", comme le souligne Olivier Blanc. Cela permet cependant de mieux gérer ses coûts, ce qui rend "la formation quasi-indispensable encore aujourd'hui au modèle économique actuel des clubs", selon Christophe Lepetit. Mais à la différence d'autres clubs de L1, Lyon avait une expertise dans ce domaine sur laquelle s'appuyer avant de se lancer dans cette politique axée sur la formation. Avec son futur stade, Lyon possède aussi des perspectives financières qui pourraient lui permettre de retrouver d'autres moyens et des ambitions tout en continuant de s'appuyer sur son centre de formation. Tout est une question de temps. Car il faudra des années pour savoir si l'OL a réussi son pari.
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