1. Parce qu'il est de plus en plus inutile

Quatre-vingt tout rond. C'est le nombre de transactions en Ligue 1 cet hiver et, autant le dire tout de suite, rien de spectaculaire : seulement huit transferts secs, une tripotée de prêts et quelques joueurs sans contrat. Le volume d'achat n'a pas dépassé les 43 millions d'euros, une misère (64 millions l'an passé, 57 en 2013, 54 en 2012).
Rien qui ne transfigurera le visage de la Ligue 1 en cette deuxième partie de saison sauf si Ocampos explose à Marseille, si Duhamel retrouve la lumière à Evian ou si Chantôme et Thelin transfigurent en profondeur le jeu bordelais. "Ce mercato d’hiver, à quoi bon ?", s’interroge Michel Seydoux, le président de Lille. Plus les saisons passent, plus la légitimité du marché d'hiver pose question en France. Surtout lorsque, comme cette saison, Paris et Monaco, les deux vaches à lait du foot français, sont bridés dans leurs intentions par le fair-play financier.
Transferts
Supprimer le mercato d’hiver, c’est plus que jamais utopique
06/02/2015 À 13:12

2. Parce qu'il est "déstabilisant émotionnellement"

Certains présidents sont loin d'être fans d'un marché de milieu de saison qui peut brouiller les forces en présence et déstabiliser un effectif. Tabanou à Saint-Etienne ou Origi à Lille sont deux joueurs auxquels on a laissé miroiter des boosts de carrière (l'Inter pour le Stéphanois et Liverpool pour le Lillois). Pourtant, leur départ en milieu de saison n'a jamais été une possibilité envisagée au sein de leurs clubs respectifs car l'ASSE et le LOSC ont encore des ambitions cette saison. 
L'avis de Michel Seydoux (président de Lille) : "Ce mercato est un point sensible, un moment émotionnel important pour les supporters, les journalistes et les agents. On peut changer une équipe et tout le monde veut Messi dans son équipe. C'est d'autant plus déstabilisant parce qu'on joue en même temps. Ce marché est très passionnel donc très perturbant."
L'avis de Roland Romeyer (président du directoire de l'ASSE) : "Bien sûr, il y a des fausses pistes, de l'intox et ça peut déstabiliser un groupe. Prenons l'exemple de Loïc Perrin pour lequel nous n'avons reçu aucune offre et, pourtant, il y en a eu des rumeurs."
L’avis de Jean-Pierre Bernès (agent de joueurs) : "Aujourd’hui, on donne la possibilité à un joueur de changer de club tous les trois mois. On parle d’amour du maillot mais il est où avec ce mercato ? C’est une mascarade qui perturbe les comportements d’un groupe."

3. Parce qu'il ne sert qu'à "foutre le bordel et prendre de l'argent"

Quelles équipes de Ligue 1 se sont concrètement renforcées cet hiver ? Bordeaux ? "Je rappelle simplement qu'on a perdu Diabaté et on n'a pas fait de folie non plus", nous a confié le président des Girondins, Jean-Louis Triaud. Evian ? "L'ETG a fait n'importe quoi, c'est du bricolage", nous a confié un agent sous couvert d'anonymat. Les transactions ne concernent aucun joueur majeur. "C'est un mercato de rattrapage", poursuit Seydoux.
L’avis de David Venditelli (agent de joueurs) : "Ce mercato n'a aucun intérêt pour ceux qui gèrent la carrière de leurs joueurs. Il ne sert qu'à foutre le bordel et prendre de l'argent. C'est aussi un bon moyen de déstabiliser les clubs. La moitié des formations et des entraîneurs rament durant six mois pour savoir qui ils perdront en janvier." David Venditelli est, pourtant, agent de Kurt Zouma qui a quitté Saint-Etienne pour Chelsea… l'hiver dernier : "Certes mais Chelsea aurait pu attendre l'été d'après. C'est comme pour Alexandre Lacazette. Oui, on a eu des propositions en janvier mais tous les clubs seront encore là cet été."

 4. Parce qu'il n'est pas équitable

Quel est le point commun entre David Beckham, Yohan Cabaye, Thiago Motta, Maxwell, Alex, Nabil Dirar, Aymen Abdennour, Emmanuel Rivière, Mounir Obbadi, Danijel Subasic, Matheus Carvalho et Alain Traoré ?  Tous sont venus garnir les effectifs princiers de Monaco et Paris en hiver histoire de muscler les ambitions. Et cette année, seul le fair-play financier a empêché les deux clubs d'une nouvelle course à l'armement. Fatalement, après cinq mois de Ligue 1, ces renforts peuvent fausser le rapport de force établi depuis le mois d'août.
L'avis de Roland Romeyer : "Les plus riches se renforcent et nous, nous subissons. Ce mercato me pose un problème d'éthique. On part tous sur la même ligne de départ avec des effectifs différents mais on ne change pas les règles en cours de jeu."

Ligue 1 2013/2014 PSG Cabaye

Crédit: Panoramic

5. Parce qu'il ne force pas les dirigeants à une meilleure gestion

Michel Seydoux, qui a, cet hiver, rapatrié Abdoulaye Diaby de Mouscron et acheté Sofiane Boufal, l'admet facilement ce marché des transferts est "un mercato de rustines." Une occasion de se délester de ses poids morts et de corriger ses erreurs de casting (cet hiver par exemple : Emiliano Sala à Bordeaux, Jean-Jacques Pierre à Caen, Gianni Bruno à Evian, Jean-Armel Kana-Biyik à Rennes ou Gaël Danic à Lyon). La suppression du mercato d’hiver forcerait les présidents à une meilleure gestion et les joueurs à ne plus vouloir quitter leur équipe à la première difficulté.
L’avis de Laurent Schmitt (agent sportif): "Ce mercato d'hiver déresponsabilise les présidents et les coaches.Ceux-ci feraient sans doute plus attention à leurs choix l'été s'il n'y avait pas cette soupape de sécurité". Une déclaration que Laurent Schmitt a tenu à préciser : "Je ne suis pas contre le mercato hivernal, qui est un mercato de correction. Si les Présidents ont fait des erreurs l'été, il est normal qu'ils puissent corriger le tir en hiver. Mais il faudrait une limitation des transactions à deux/trois joueurs maximum par effectif."
L’avis de Jean-Pierre Bernès : "Si tu travailles l’hiver, c’est que tu as mal travaillé l’été, voilà la cruelle vérité."
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