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Avant Caen - Monaco : 17 blessés à l'ASM... n'est-ce qu'une question de malchance ?

17 blessés : et si le désastre monégasque n'était pas qu'une question de malchance ?

Le 24/11/2018 à 01:09Mis à jour Le 24/11/2018 à 19:21

LIGUE 1 - Chaque semaine depuis son arrivée, Thierry Henry doit composer son groupe avec un effectif tronqué par les blessures. Forcément, l'AS Monaco, 19e du championnat, peine à remonter la pente. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation.

La situation est devenue si grave que Thierry Henry, lui-même, a tenté de la tourner en dérision, pendant que d'autres en sont mêmes venus à se demander si le onze de l'infirmerie était devenu plus impressionnant que l'originel. Tout est relatif mais la trêve internationale a fait du bien à l'AS Monaco : même si leur présence dans le onze qui affrontera Caen, samedi (20h00) est très incertaine, Moussa Sylla, Willem Geubbels et Aleksandr Golovin ont repris l'entraînement.

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Malgré cela, la liste des joueurs indisponibles, qui a regroupé jusqu'à 16 noms après la dernière rencontre face au PSG est encore trop longue. Et elle n'est pas seulement la conséquence d'une éventuelle malchance.

Une mauvaise préparation ?

Pour trouver les causes d'une telle série, il faut probablement fouiller dans la période qui a précédé le début de saison. "La préparation physique estivale est primordiale pour tous les clubs, glisse Emmanuel Vallance, ancien préparateur physique de l'OGC Nice, notamment. Si elle est aussi importante, c'est parce qu'elle permet de construire le socle sur lequel vont se reposer les joueurs tout au long de la saison". Chaque athlète dont la forme physique n'est pas optimale avant la première journée de Ligue 1 finit par le payer.

Leonardo Jardim, Aleksander Golovin, AS Monaco

Leonardo Jardim, Aleksander Golovin, AS MonacoGetty Images

L'infirmerie monégasque a constamment été occupée depuis le début de l'exercice et c'est, aussi, une conséquence de la politique de dépôt-vente de l'ASM. 11 joueurs sont arrivés. 9 sont partis. Au milieu de cette cohue, difficile de préparer les hommes. Les recrues, venues des quatre coins de la France, de Russie, d'Allemagne ou du Portugal, n'ont pas débarqué avec le même état de forme. Pire encore, "les aspects physiques qui n'ont pu être travaillés durant l'été ne peuvent être peaufinés que durant la trêve hivernale", précise le spécialiste. Une question de temps, et un signal annonçant un éventuel dégorgement de l'infirmerie fin décembre, au plus tôt.

Un héritage Jardim ?

De ce constat pourrait naître un paradoxe : Leonardo Jardim, prédécesseur de Thierry Henry, répétait à l'envi qu'il n'accordait pas d'importance à la préparation physique. "Un pianiste ne devient pas virtuose en courant autour de son piano", aimait-il répéter. Curieusement, les blessés se sont accumulés après le départ du Portugais, et à l'arrivée de l'ancien attaquant des Bleus, revenu à des méthodes plus conventionnelles.

Ce n'est, en réalité, qu'un trompe-l'œil. "Il faut se méfier, Jardim n'a jamais négligé la préparation physique, précise Emmanuel Vallance. Il l'intégrait différemment. Au lieu de faire des exercices dits classiques, qui consistent par exemple à chronométrer un joueur sur un sprint ou un entraînement fractionné, il adaptait ses exercices aux besoins. Il savait qu'un exercice de travail défensif ou d'aisance devant le but permettait de travailler un aspect physique en particulier, comme les qualités de vitesse ou d'appui. Il pouvait ainsi peaufiner ses idées de jeu en travaillant, de cette façon, la condition physique de ses joueurs".

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Cette méthode tient à un équilibre fragile. "Cette approche a un effet pervers, rapporte celui qui assiste le Gazélec Ajaccio aujourd'hui. Si vous n'avez pas de moyens technologiques développés, vous ne verrez pas le joueur qui n'a pas envie de travailler et qui se cache. Sa préparation sera donc moins précise, et le risque de blessure augmentera. Jardim était très bien entouré et avait une connaissance si importante de son jeu et de ses joueurs qu'il n'en a jamais souffert". Le technicien portugais est parti, et une partie de l'équilibre avec lui.

Une jeunesse plus fragile ?

Serrano, Sylla, Geubbels, Pellegri ou Mboula : parmi les blessés de l'ASM, beaucoup ont découvert le très haut niveau récemment. Pour ces jeunes joueurs, la question du physique est différente. "La Ligue 1 est un championnat où il y a beaucoup de course à haute intensité, note le préparateur. Il y a donc un risque pour eux car, même s'ils ont le statut de professionnels, ils sont encore en fin de formation. Avec eux, un travail de développement musculaire est effectué alors que pour les joueurs plus expérimentés, un entretien suffit. Ils ont besoin d'assimiler la vitesse du jeu, un temps d'adaptation est nécessaire. Ils risquent d'avoir des contrecoups durant la saison parce que la charge de travail est plus difficilement supportable".

Moussa Sylla est lui aussi passé par l'infirmerie

Moussa Sylla est lui aussi passé par l'infirmerieGetty Images

Un contexte trop lourd ?

Les moyens technologiques, notamment basés sur l'utilisation de données GPS, se sont considérablement répandus ces dernières années en France et permettent d'établir une préparation physique individualisée. Désormais, chaque joueur d'un effectif suit un programme taillé pour gommer ses faiblesses.

Mais une autre donnée, beaucoup moins quantifiable, entre aussi en jeu. Le classement de l'ASM, 19e de Ligue 1, les rumeurs d'une vente du club par Dmitri Rybolovlev et les révélations des Football Leaks ont installé un climat anxiogène sur le Rocher. Qui pourrait, aussi, jouer un rôle néfaste dans les organismes monégasques. "Avec l'ambiance, quand un joueur arrive à l'entraînement et que tout le monde fait un petit peu la moue, il ne va pas avoir envie de se donner à fond et de bien se préparer à l'entraînement, note Emmanuel Vallance, Plus le temps passe, plus le mental joue un rôle important". L'ASM est donc dans un cercle vicieux. Et il n'est même pas sûr qu'une victoire à Caen permette d'en sortir.

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