Au total, la Ligue professionnelle de football (LFP) a réussi à augmenter de 60% les revenus tirés de ses droits de retransmission, BeIN Sports et Mediapro payant conjointement 1,153 milliard d'euros par saison, dont environ 800 millions d'euros pour le groupe catalan. Une compétition que le groupe compte bien diffuser via sa future chaîne, comme l'a rappelé son patron Jaume Roures mi-novembre. "Nous écartons l'idée de sous-licencier une partie de nos droits", assurait-il, en envisageant un abonnement de 25 euros par mois.

Le groupe s'attelle désormais à finaliser son organisation en France, avec en particulier la nomination de son futur dirigeant dans l'Hexagone, qui pourrait intervenir dès vendredi. Jusqu'ici, les rumeurs semblaient s'orienter vers Alexandre Ruiz, Franco-Espagnol de 43 ans, ancien journaliste de Canal+ qui a rejoint BeIN Sports depuis 2012 et était chargé jusqu'à l'année dernière des matches européens, notamment.

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Mais la démission à la mi-janvier de François Pesenti de la direction générale des chaînes RMC Sport a rebattu les cartes, France Football et l'Equipe expliquant son départ par une arrivée prochaine à la tête de Mediapro France, après 18 ans au sein de NextRadioTV.

Pas de crainte de la LFP

En attendant, la chaîne a continué ses emplettes en se partageant pour la même période, également avec BeIN, les droits de la Ligue 2, jusqu'ici diffusée principalement chez son concurrent qatari, pour 64 millions d'euros par saison, trois fois plus que le montant jusqu'ici récolté par la LFP pour sa deuxième division.

Tout n'est pourtant pas rose pour Mediapro. A l'étranger tout d'abord, et particulièrement en Italie, où le groupe catalan avait acquis les droits de la Serie A (première division italienne), pour un peu plus d'un milliard d'euros par saison entre 2018 et 2021, avant de se les voir retirer, faute d'une garantie bancaire. "Nous n'avons pas d'inquiétude, car les situations ne sont pas comparables et nous avons une caution solidaire de l'actionnaire de référence de Mediapro", avait déclaré en juin dernier le directeur général exécutif de la LFP, Didier Quillot.

Didier Quillot

Crédit: Eurosport

Surtout, le groupe se lance sur un marché sportif extrêmement concurrentiel, avec désormais pas moins de quatre groupes se disputant les différents marchés, un record en France. "Il va être très compliqué, à ces tarifs-là, de recruter suffisamment de téléspectateurs avec un portefeuille qui est pour l'heure limité. D'autres droits sont restés entre les mains d'autres acteurs et je ne vois pas comment les choses peuvent se rentabiliser à quatre", estime Thomas Coudry, analyste chez Bryan Garnier & Co.

Fragmentation de l'offre

Car les coupes européennes, Ligue des Champions en tête, sont pour l'heure entre les mains de RMC Sports, filiale du groupe de médias et télécoms Altice, alors que la Premier League britannique retrouvera Canal+ la saison prochaine, les championnats allemand, italien et espagnol étant eux diffusés sur BeIN Sports. Or la télévision payante en France attire nettement moins que dans le reste de l'Europe, notamment du fait d'une offre gratuite plus étoffée, avec pas moins de 27 chaînes sur la TNT.

Pour les chaînes payantes, la différence représente une part de marché à conquérir, ce dont doutent la plupart des spécialistes. "Sur le sport, il y a une grande fragmentation de l'offre qui entraîne une dilution des abonnés plutôt qu'une augmentation : ils ne veulent pas s'abonner partout. Autre conséquence, le piratage est en forte hausse, encouragé par ce morcellement", ajoute M. Coudry. Si la télévision payante progresse en France, c'est avant tout en dehors du sport, et en premier lieu grâce aux plates-formes de type Netflix ou Amazon Prime "qui ont une stratégie mondiale et peuvent donc proposer des prix faibles", rappelle Thomas Coudry.

Dans un tel contexte, difficile de voir l'avenir sereinement, pour Mediapro comme pour ses concurrents : la rentabilité sera difficile à atteindre. "Il va y avoir du sang sur les murs", pronostique ainsi un spécialiste du secteur.

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