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LIGUE 1 - Les investisseurs étrangers vont-ils tuer la Ligue 1 ?

Les investisseurs étrangers vont-ils tuer la Ligue 1 ?

Le 15/01/2019 à 15:41Mis à jour Le 16/01/2019 à 17:57

LIGUE 1 - L'aventure de Jean-Pierre Rivère à Nice touche à sa fin. En cause : des divergences avec l'actionnaire sino-américain et son désir de bénéfice immédiat. Une logique pas forcément compatible avec les enjeux sportifs. Ce mercredi, Nice reçoit Monaco dont le modèle semble avoir largement inspiré les nouveaux propriétaires des clubs de L1.

Un milliard par saison. Voilà ce que va valoir le football français entre 2020 et 2024. C'est-à-dire demain. Un milliard d'euros par saison, le montant des droits télévisuels de la Ligue 1, soit une manne d'argent providentielle, un gâteau énorme à se partager entre les clubs de l'élite. Et ce n'est pas tout à fait un hasard si des nouveaux propriétaires, attirés par le copieux butin, ont débarqué en Ligue 1 ces derniers mois. A Marseille, bien sûr. A Bordeaux, le fonds américain GACP a pris les rênes des Girondins le 6 novembre dernier.

Depuis deux ans, des investisseurs chinois et américains ont fait l'acquisition de 80% de l'OGC Nice. La semaine dernière, les "divergences" de vue entre l'actionnaire sino-américain et les dirigeants niçois ont poussé le président Jean-Pierre Rivère et le directeur sportif Julien Fournier à annoncer leurs démissions. Le tandem a toujours souhaité réinjecter les bénéfices dans le développement sportif et les infrastructures comme le nouveau centre d'entrainement quand les actionnaires réclamaient un meilleur retour sur investissement.

Jean-Pierre Rivere et Julien Fournier (Nice) le 11 janvier 2019

Jean-Pierre Rivere et Julien Fournier (Nice) le 11 janvier 2019Getty Images

"Les investisseurs sont là pour gagner de l'argent"

Malgré les états de service des dirigeants, principaux responsables du retour au premier plan des Azuréens avec quelques coups mémorables (Puel, Favre, Balotelli, Seri etc.), le trio d'investisseurs a réclamé un meilleur retour sur investissement. Le divorce est acté. Il marque la difficile cohabitation entre les nouveaux actionnaires du football français et les garants du sportif, entre la logique courtermisme du profit immédiat et la logique sportive qui réclame bien souvent du temps et de la patience.

"Les investisseurs privés sont là pour gagner de l'argent, il n'y a rien de plus logique", témoigne Luc Dayan qui a privatisé le LOSC ou présidé le RC Lens, entre autres. "Aucun d'entre eux n'accepte de prendre le risque d'en perdre. C'est une logique d'entreprise : ils veulent faire du profit." Toute la question est de savoir si la Ligue 1 en particulier et le football en général est une entreprise comme les autres. Se poser la question, c'est déjà y répondre.

Vidéo - Les investisseurs étrangers font-ils forcément le bonheur des clubs français ? Hutteau décrypte

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Caïazzo : "Le foot doit rester une passion, pas un business"

"Bien sûr que c'est plus complexe parce qu'il s'agit d'une entreprise de spectacle", continue Dayan. "Le problème de l'économie du foot, c'est que tout le monde ne peut pas gagner. Il y a un classement, des écarts, l'aléa du résultat. Le PSG, qui n'en a rien à faire de perdre de l'argent, côtoie des clubs comme Dijon ou Guingamp. Les moyens engagés sont trop différents pour établir des règles communes. Voilà le vrai problème."

L'AS Saint-Etienne a bien failli, elle aussi, passer son pavillon étranger en mai dernier. Le fonds d'investissement américain Peak 6 était sur le point de racheter les Verts. Le deal a capoté. Quelques mois plus tard, Bernard Caïazzo nous éclaire : "Les intentions de Peak 6 n'étaient pas claires", explique président du conseil de surveillance de l'ASSE. "A mon avis, il faut chercher des associés et non des repreneurs pour être sûr que les actes vont avec les intentions." Comprendre préserver des garde-fous et ne pas donner les pleins pouvoirs aux investisseurs. Avant de conclure : "Le football doit rester une passion, pas un business."

Bernard Caïazzo, président de Première Ligue

Bernard Caïazzo, président de Première LigueGetty Images

Système perverti

Un voeu pieux lorsqu'on observe la trajectoire prise par le foot français autour du PSG, de Monaco, Marseille, Bordeaux ou Nice. L'ASM, sous pavillon russe depuis sept ans, a poussé la logique à l'extrême en accumulant des profits considérables au mercato mais en affaiblissant considérablement sa compétitivité jusqu'à la zone rouge du classement qu'elle occupe actuellement.

Pour engranger des bénéfices, Monaco n'a quasiment actionné qu'un seul levier : la vente de joueurs. "C'est un modèle qui a fait tourner les têtes", estime Luc Dayan. "Désormais, on s'en fout de bien faire jouer l'équipe, ce que veulent les propriétaires : vendre des joueurs formés au club ou faire une grosse plus-value sur des achats antérieurs. Le système est totalement perverti et met en danger le sportif."

Lyon fait de la résistance

Il existe d'autres modèles "plus efficaces", selon Dayan. Comme celui de Lyon, propriétaire de son stade et qui a surtout investi dans sa formation pour en faire l'une des plus reconnues en Europe. "Jean-Michel Aulas a construit son club pierre par pierre depuis 1987. On est sur une continuité. Lyon a des revenus mieux répartis, tout ne dépend pas de la vente de ses joueurs." Bien sûr, l'OL a besoin d'exporter ses meilleurs éléments mais son centre de formation lui fournit une source intarissable. Les nouveaux patrons des clubs français auront-ils la patience de Jean-Michel Aulas ? Rien n'est moins sûr.

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