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Episode 1 : l’été où tout a été bouleversé

Episode 1 : l’été où tout a été bouleversé

Le 24/03/2020 à 00:38Mis à jour Le 31/03/2020 à 11:35

LIGUE 1 - C’était il y a dix ans. Après une disette longue de dix-sept années, l’OM redevenait le patron du football français le temps d’une saison folle conclue avec un doublé Championnat - Coupe de la Ligue arraché dans la dernière ligne droite. Cette semaine, Eurosport vous replonge dans cette période haute en couleurs. Premier épisode avec l’été 2009, celui qui redistribue les cartes.

"C’est une histoire d’hommes mais surtout une histoire imprévue". Au moment d’ouvrir son livre à souvenirs, Fabrice Abriel n’a pas hésité longtemps pour définir cette saison 2009-2010. Celle qui verra l’OM renouer avec un titre, dix-sept ans après. Mieux, c’est avec un doublé Ligue 1 - Coupe de la Ligue que la troupe de Didier Deschamps remettra le club phocéen sur le devant de la scène.

Pourtant, rien n’aura été simple et c’est de haute lutte, au terme d’une année chaotique, incertaine voire franchement compliquée que la Canebière a retrouvé le goût du sacre. Chaotique, incertaine et compliquée : trois adjectifs qui définissent aussi l’intersaison 2009 vécue sur le Vieux Port.

La déflagration Gerets

L’été commence au printemps. Il en va toujours ainsi dans les clubs de football. En avril 2009, le temps semble au beau fixe voire franchement radieux : séduisant dans le jeu, l’OM de Gerets tient la dragée haute à l’irrésistible Bordeaux de Laurent Blanc. L’espoir est réel : au soir de la 33e journée, les Marseillais sont leaders et en position de force pour arracher un titre national qui les fuit depuis 1992*.

En coulisses, la météo vire pourtant à l’orage. Depuis plusieurs mois, le dossier de la prolongation du Belge, adulé sur la Canebière, traîne en longueur. Pape Diouf, missionné par Robert Louis-Dreyfus, a beau insister, rien n’y fait. L’heure est encore à l’optimisme. Mais plus pour longtemps. Fin avril, la sentence tombe.

Echaudé par certaines déclarations de RLD lorsque l’OM tanguait, Gerets prend la décision de partir en fin de saison. "Personne ne s’y attendait, nous explique Fabrice Lamperti, journaliste à la Provence. Tout le monde l’adore, lui se sent bien ici. Il arrêtait pas de dire qu’il aimait la région, le club, les gens. Tout le monde tombe un peu des nues. A ce moment-là, malgré les bons résultats, il y a une période de flottement au sein du club".

Eric Gerets dit adieu au Vélodrome en 2009

Eric Gerets dit adieu au Vélodrome en 2009Getty Images

" Avec Gerets, il y avait beaucoup d’affectif"

Conséquence immédiate ou presque : l’OM termine sa saison par une frustrante deuxième place, à trois points du nouveau champion bordelais. De l’annonce du départ de Gerets au coup de sifflet final de l'exercice, l’OM engrange dix points en cinq matches. Les Girondins, eux, signent une fin de saison parfaite (avec une ultime série dingue de onze victoires consécutives) et soufflent Marseille sur la ligne.

Le groupe est touché comme l’explique Fabrice Abriel qui arrive quelques semaines plus tard sur la Canebière : "Avec Gerets, il y avait beaucoup d’affectif, confirme-t-il. Je pense que, mentalement, certains joueurs ont été affectés par tous ces changements. Je pense à Valbuena par exemple, qui était un peu la pièce maîtresse du jeu de Gerets". L’électrochoc doit être à la hauteur du traumatisme. Alors, Pape Diouf sort une carte maîtresse : Didier Deschamps.

Didier Deschamps et Pape Diouf lors de la présentation le 2 juin 2009

Didier Deschamps et Pape Diouf lors de la présentation le 2 juin 2009Getty Images

Libre depuis son départ de la Juventus, DD reste une icône au sein du peuple marseillais. Le capitaine de la seule équipe française sacrée en C1. Le capitaine des Bleus lors de la période dorée 1998-2000. Mais également un fantastique leader d’hommes comme en atteste l’épopée monégasque de 2004. "Deschamps, ce n’est pas n’importe qui à Marseille, confirme Lamperti. Il arrive à le sortir de son chapeau donc ça atténue un peu la déception liée au départ de Gerets".

"Je considère que 30% de l'effectif doit être renouvelé, avance Deschamps lors de sa conférence de presse inaugurale. Il faut un peu de sang frais avec des joueurs motivés et qui ont envie de réussir à l'OM". Le ton est donné : si DD est revenu à Marseille, c’est aussi parce qu’il a eu des garanties solides. Pape Diouf l’aide à attirer un gros poisson : Lucho Gonzalez. Le "Commandante" de Porto débarque le 1er juin contre 18 millions d’euros, record pour un joueur marseillais. Bordeaux a Yoann Gourcuff, l’OL a Juninho, l’OM a désormais Lucho.

Stars, scène et drame

C’est le début de la révolution Deschamps. "Il pousse pour avoir un gros mercato, avec des joueurs expérimentés", se souvient le journaliste de la Provence. Souleymane Diawara, Stéphane M’Bia, Gabriel Heinze, Edouard Cissé, Cyril Rool, Fernando Morientes et Fabrice Abriel suivront pour plus de 40 millions d’euros cet été-là, une véritable révolution à l’heure où QSI n’a pas encore dérégulé le marché du football français. Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Ce ne serait pas vraiment Marseille dans ce cas-là…

Souleymane Diawara, Lucho Gonzalez et Edouard Cissé lors de l'intersaison

Souleymane Diawara, Lucho Gonzalez et Edouard Cissé lors de l'intersaisonGetty Images

Le 17 juin, en plein mercato, Deschamps perd une pièce maîtresse, l’homme qui l’a fait venir à Marseille : Pape Diouf. En conflit larvé avec Robert Louis-Dreyfus mais surtout avec un certain… Vincent Labrune, il finit par exploser après une réunion avec l’actionnaire principal aux airs de sanction à Zurich. Refusant les conditions soumises par RLD, celui qui est en place depuis 2005 quitte le navire phocéen et laisse Deschamps au milieu d’un champ de mine politique.

Un renfort inattendu semble pourtant se dessiner pour lui. Pressenti comme président, Jean-Claude Dassier, novice dans le football mais hommes de médias, entend s’installer en duo avec l’influent Jean-Claude Bernès aux manettes, qui n’est autre que l’agent du nouvel entraîneur marseillais. Ex-DG de l'OM des années Tapie et condamné pour corruption à 18 mois avec sursis dans l'affaire VA-OM, il n’a pas spécialement la cote sur la Canebière. Vincent Labrune, influent président du conseil de surveillance et surtout José Anigo, directeur sportif, se braquent. Voilà les germes de la discorde bien installés entre tous les protagonistes. "Je viens en rassembleur, en homme d’unité, en homme d’entente", assure Dassier à l’époque, sans que l’on sache s’il est ironique ou parfaitement sérieux.

C’est au milieu de ce foutoir qu’un drame vient faire passer les passes d’armes au second plan. Atteint d’une leucémie depuis plusieurs années et affaibli, Robert-Louis Dreyfus décède le 4 juillet à Zurich. Le séisme est majeur sur la Canebière : depuis 1996, c'est lui le patron. Bien sûr, il a pris du recul avec les années et les supporters estiment qu'il pourrait donner plus de sa fortune à bâtir une plus belle équipe. Mais en l'espace de quatorze ans, l'OM s'est qualifié pour deux finales européennes, a réussi à attirer des gros poissons et a même permis au club de trouver un semblant de stabilité. A tout ça, l'héritier Dreyfus n'est sûrement pas étranger. Sa disparition est une onde de choc pour le club que résumera Dassier : "On se retrouve un peu seuls, explique-t-il. Toute l'équipe de Marseille va faire une très, très grande saison. C'est l'hommage qu'on va lui rendre cette année". Il ne croit pas si bien dire.

Pourtant, l’été prend rapidement les atours d’un fiasco. Recrue star, Lucho Gonzalez se blesse dès la préparation. L’équipe balbutie, l’ambiance est lourde et les concurrents sont remontés comme jamais. "Devant, il y a Bordeaux qui sort d’un doublé, qui marche très fort, se rappelle Abriel. Il y a aussi Lyon qui, avant Bordeaux, a tout raflé pendant sept ans. Chez nous, il y a Didier Deschamps, il y a des gros joueurs qui arrivent, donc forcément se on dit qu’on a les moyens. Il y a une bonne base avec l’héritage de Gerets. Mais on a renouvelé à 70% l’effectif et, forcément, à Marseille on n'a pas le temps de construire. Est-ce que la mayonnaise va prendre assez rapidement pour pouvoir accéder à nos objectifs ?".

Dossier réalisé par Glenn CEILLIER, Christophe GAUDOT et Cyril MORIN, avec Erwan GELOEN

*Le titre de 1992-1993 sera annulé par la FFF après l’affaire de corruption OM-VA

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