C'est une loi qui ressemble à une épine dans le pied du football français. Et agace de nombreux dirigeants tricolores à l'image de Leonardo. "Il existe un règlement qui n'aide pas, puisqu'on est obligés de faire signer des contrats de trois ans, avait ainsi noté le Brésilien dans Le Parisien en début d'année. Mais ce règlement doit changer. Car on doit avoir la possibilité d'avoir un projet plus long, et trois ans ce n'est presque rien". Depuis plusieurs mois maintenant et alors que le Bayern Munich propose un contrat de cinq saisons à Tanguy Kouassi, le directeur sportif parisien pointe du doigt une particularité française : la durée des premiers contrats professionnels.

Pour comprendre cela, il faut se plonger dans le code du sport, plus précisément dans l'Article L211-5. "La convention prévoit qu'à l'issue de la formation, s'il entend exercer à titre professionnel la discipline sportive à laquelle il a été formé, le bénéficiaire de la formation peut être dans l'obligation de conclure, avec l'association ou la société dont relève le centre, un contrat de travail (…) dont la durée ne peut excéder trois ans". Dans des termes moins austères et plus digestes, il faut comprendre que le premier contrat professionnel d’un joueur avec son club formateur ne peut pas dépasser trois ans en France, avec une possibilité de négocier une prolongation après les six premiers mois. Et c'est tout sauf anodin.

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Signature du premier contrat professionnelEn FranceA l'étranger
Avant 18 ansContrat pro de 3 ans maximumContrat pro de 3 ans maximum
Après 18 ansContrat pro de 3 ans maximumAucune limite de durée
Ce n'est pas un atout pour les autres. C'est surtout un inconvénient pour la France

Cette petite subtilité contrarie de nombreux clubs tricolores dans cette nouvelle bataille devenue cruciale sur la planète football : les jeunes. Pourquoi ? Tout simplement car les autres clubs européens peuvent proposer des contrats plus longs aux futurs talents du ballon rond. Enfin quand ceux-ci ne sont plus mineurs car avant la FIFA leur impose aussi des contrats de trois ans au maximum. "La charte du football professionnel signée par un joueur dans son club professionnel ne peut excéder trois ans. Dans des clubs étrangers, ils peuvent aller de cinq à six ans. Donc, en termes d’engagement, le calcul est vite fait, nous explique Laurent Mommeja, fondateur du site Espoirs du Football. L’aspect financier pèse aussi avec un salaire lissé sur cinq ou six ans."

Cette loi est devenue au fil des années un vrai inconvénient pour les pensionnaires de la L1, dont la qualité de formation fait saliver l'Europe et attire les clubs désireux de réaliser de jolis paris sur l'avenir. "Ce n'est pas un atout pour les autres. C'est surtout un inconvénient pour la France, nous confirme Laurent Schmitt, agent sportif et observateur avisé du mercato. Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas faire signer des contrats plus longs, quitte à ce qu'ils soient plus onéreux et que les clubs puissent leur proposer des projets plus consistants."

Tanguy Kouassi, le jeune défenseur du PSG

Crédit: Getty Images

Le contrat pro de cinq ans serait alors peut-être une bonne idée

Si ce texte n'est pas nouveau, l'évolution du monde professionnel a modifié considérablement la donne. "Aujourd'hui, tout le monde a vu qu'un jeune de talent était un très bon investissement", souligne Patrick Rampillon, l'emblématique directeur du centre de formation du Stade Rennais de 1987 à 2018. Face à la concurrence et pour s'adapter à cette loi, la tendance est donc de signer un jeune plus tôt. "Désormais, tu peux signer ton premier contrat pro à partir de 16 ans et je pense que c’est une pratique qui va s’amplifier parce que c’est un moyen de se protéger pour les clubs qui ont investi dans la formation", nous explique Christophe Hutteau, agent de joueurs. Une solution cependant loin d'être idéale. A cet âge-là, tous les joueurs n'ont pas encore forcément les atouts pour s'imposer dans un effectif de L1.

"On donne souvent des contrats professionnels qui ne peuvent pas dépasser les trois ans à des joueurs trop jeunes pour exister dans ce contrat-là, décrypte Laurent Schmitt. Donc, ils arrivent en fin de contrat quand ils commencent à jouer." Patrick Rampillon trace le même sillon : "Ilest évident que la réglementation avec un contrat de trois ans interpelle, surtout quand on fait signer un joueur de 15 ans et qui ne joue pas même un match de la saison, même si c'est un joueur de talent. Tout le monde n'est pas Eduardo Camavinga à Rennes. Il faut une protection. Il y a longtemps, on faisait signer des contrats à vie aux joueurs puis il y a eu le contrat à temps et aujourd'hui il y a le contrat très tôt sur une durée relativement courte et il faut tous les six mois le renouveler. Le contrat pro de cinq ans serait alors peut-être une bonne idée".

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L'UNFP s'y oppose : "Ce n'est pas l'intérêt du joueur. Ou alors des mauvais joueurs"

Cette option d'allonger le temps du premier contrat pro a déjà été débattue ces dernières années. Mais elle ne fait pas l'unanimité, notamment du côté de l'UNFP. Pour le syndicat des footballeurs professionnels évoluant en France, cela peut ressembler à un fil à la patte. "Comme la convention collective prévoit un salaire minimum de 3 000 euros, cela veut dire qu'un joueur qui signe pour cinq ans peut s'engager avec un salaire assez bas et qu'ensuite, il est à la merci du club, nous explique Philippe Piat, co-président de l'UNFP. Il pourrait alors ne pas être augmenté pendant cinq ans. Donc ce n'est pas l'intérêt du joueur. Ou alors des mauvais joueurs."

Un vrai casse-tête. Mais alors que les clubs français voient de nombreux jeunes joueurs talentueux filer hors de leurs frontières, il serait peut-être bon de s'interroger vraiment sur cette question. Histoire que les représentants du football tricolore, déjà souvent moins puissants sur le plan financier, puissent lutter à armes égales en Europe avec leurs homologues des autres grands championnats.

Avec Cyril MORIN

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