"Ça n'a aucun impact". Arnaud Simon, fondateur de la société de conseil In & Out Stories et ancien directeur général d’Eurosport, met tout de suite les points sur les i. Lille, le PSG ou encore Monaco et Lyon ont beau offrir un sprint haletant à la L1, ça ne change rien à l'enjeu majeur des semaines à venir en coulisses pour le football tricolore : la renégociation des droits TV pour les prochaines saisons. "Aujourd'hui quand on voit les deals qui se font avec des partenariats business et une stratégie très complète, le fait que le championnat se joue sur les trois dernières journées n'a aucun impact. Il ne faut pas se faire d'illusion là-dessus", ajoute Arnaud Simon.
Il était pourtant tentant de rêver d'une fin plus heureuse avec le retour du suspense pour la course aux premières places. Et de voir enfin des signaux positifs dans cette période si rude pour le football français, alors que la Ligue 1 et la Ligue 2 ont dû tirer un trait sur un pactole annuel d'1,217 milliard d'euros, après le fiasco de son diffuseur majeur, Mediapro, en décembre dernier. Mais le flou demeure bien sur l'avenir de la L1, ce qui n'est pas pour déplaire à tout le monde. "On a l'impression que Canal + mène la danse. Et que la LFP a les pieds et les poings liés", constate ainsi Luc Arrondel, économiste du sport.

Droits TV Ligue 1 Camera

Crédit: AFP

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Il aurait été préférable de tout remettre sur la table
Canal +, qui a trouvé en février un accord pour racheter les droits TV de L1 et Ligue 2 jusqu'à la fin de la saison, est en effet au cœur des débats. Comme toujours quand on parle football dans l'Hexagone. Alors que la justice a débouté en mars sa demande de remettre sur le marché ce fameux "lot N.3" de l'appel d'offres initial de 2018, qu'elle détient pour 332 millions d'euros annuels jusqu'en 2024, la chaîne cryptée se montre intransigeante avec la Ligue depuis plusieurs mois. Selon RMC, elle ne voudrait ainsi que les grands matches pour le prochain deal. Et aurait poussé la Ligue à lâcher ses discussions avec l’opérateur britannique DAZN car elle ne voudrait pas de l'entrée d'un nouvel acteur.
De quoi s'interroger encore une fois sur la position de la LFP, qui semble bien inconfortable. "La Ligue a fait un certain nombre d'erreurs stratégiques et d'anticipation. Elle voulait se défaire de l'étau de Canal et au final, elle se retrouve encore plus dans ses fourches caudines", constate Arnaud Simon. L'erreur originelle ? Mediapro bien sûr et le fait de ne pas s'être assuré de la fiabilité de son modèle. Mais pour nombre d'observateurs, la gestion de l'appel d'offres de février n'est pas en reste. "A l'issue du fiasco Mediapro, il aurait été préférable de tout remettre sur la table. Ils ont eu une vision sur le court terme alors qu'il aurait fallu une vraie réflexion sur le long terme", regrette Luc Arrondel.
Ce "lot N.3" détenu par Canal + est un caillou dans la chaussure
En trouvant une solution dans l'urgence, la LFP s'est fermée des portes sur le long terme. Et pourrait en payer les conséquences, encore une fois. "Ce "lot N.3" détenu par Canal + est un caillou dans la chaussure car il empêche de remodeler complètement les lots", analyse Arnaud Simon, qui ajoute : "Pour des acteurs comme Amazon, DAZN, c'est une course de fond pour les amener à travailler avec vous. Il faut leur proposer des offres qui correspondent à leurs attentes comme on l'a vu Amazon avec la Premier League et la NFL. Les frontières sont en train de tomber et ce sont des enjeux qui vont bien plus loin que l'exploitation pure et dure des droits. C'est un partenariat business et pour cela, il faut un peu de temps".
Du temps ! La L1, qui n'a plus de diffuseur pour la majorité de ses matches après le 23 mai - date de la dernière journée de cette saison -, en manque cruellement. Et se retrouve piégée. Encore une fois. "En voulant aller vite, je pense que la Ligue a perdu deux-trois mois qui auraient été essentiels. Ils auraient permis de mener des discussions plus apaisées et peut-être de clarifier cette histoire du "lot N.3" avec Canal. Et ensuite, de préparer des lots mieux aménagés pour séduire des nouveaux partenaires", estime Arnaud Simon. "Ça aurait été une occasion de repenser cette façon de vendre les droits. Et notamment de pouvoir tenir compte des nouveaux déterminants de la demande", ajoute Luc Arrondel.

Juste 600 millions pour la L1 ?

Coincée, la LFP se retrouve dos au mur. Et les signaux inquiétants ne manquent pas. "BT Sport qui est à vendre en Angleterre, c'est une énorme bombe. Indirectement, cela peut avoir des conséquences", remarque par exemple Arnaud Simon, alors que le groupe BT a annoncé la semaine passée son intention de vendre son catalogue sport en Angleterre où il est détenteur des droits de 52 matches de Premier League, de la Ligue des champions et de la Ligue Europa. "Le marché UK par sa maturité, sa dimension et sa proximité culturelle avec les nouveaux acteurs médias, est extrêmement important. Nécessairement, il y a beaucoup d'énergie, et beaucoup d'argent qui vont être mis sur la table sur cette vente BT Sport. Or même ces grands groupes ne peuvent étudier quatre marchés stratégiques en même temps", prévient le fondateur de la société de conseil In & Out Stories.
Pour Canal + en revanche, c'est évidemment du pain béni. "Aujourd'hui, il y a un benchmark sur le montant des droits L1/L2 qui est très bas. Dans les 600 millions", note Arnaud Simon avant de s'interroger : "On peut se demander s'il y a une volonté de travailler ensemble ou juste un désir de Canal de payer le moins cher possible ?". Les clubs de L1, touchés de plein fouet par la crise liée à la pandémie du Covid-19 et sans la manne promise par Mediapro qui détenait 80% de la Ligue 1 et de la Ligue 2, ont en tout cas des raisons de trembler en attendant les prochaines semaines. Et ce n'est pas cette fin de saison excitante en L1 qui va leur redonner le sourire.
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