"Enjoy the silence" chantait Depeche Mode en 1990. Trente ans plus tard, Rudi Garcia saura tout autant apprécier le silence du Stade Vélodrome ce dimanche soir (21h). Dans une enceinte à huis-clos qui ne pourra pas lui être hostile comme elle l’a été l’an dernier, l’entraîneur lyonnais sera concentré sur le jeu, loin des supporters et de leurs critiques. Pourtant, le problème est là : Garcia n’a pas l’aura d’un leader charismatique avec les fans, ou du moins il ne l’a plus. A Lyon comme à Marseille, on parle d’un personnage qui dérange et qui agace, en dépit de résultats sportifs en sa faveur. Alors, avec Garcia : c’est quoi le problème ?

Garcia sur le classement : "On sait que c'est une course à 4"

"Il renvoie l’image de quelqu’un d’un peu prétentieux par moments, et qui prend les gens de haut" nous dit Nicolas, abonné à Lyon chez les Bad Gones depuis 2001. "Il était plus critiqué pour la personne qu'il était que pour ce qu'il produisait sur le terrain chez nous", explique quant à lui Xavier, membre des South Winners de Marseille. "Il était souvent de mauvaise foi, et ne se remettait jamais en question. Ses déclarations de conférence de presse rendaient fous les marseillais". L'image d'un homme d'abord jugé par sa personne, et pas seulement ses résultats, donc.
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Reproché à l'OL de venir de Marseille, et à l'OM d'être parti pour Lyon

Car sur le papier, Rudi Garcia a emmené Marseille en finale de Ligue Europa, et se trouve sur le podium de Ligue 1 avec Lyon en sortant d'une demi-finale de Ligue des Champions la saison dernière. De quoi compenser une personnalité clivante ? "C'est un bon entraîneur oui, mais il est plus critiqué pour le personnage. À l’époque de Lille ou de la Roma, ça n'aurait dérangé personne à Lyon qu’il vienne chez nous. Mais le passage à Marseille a complètement changé cette vision pour nous" raconte Nicolas, touchant du doigt un problème majeur dans l'acceptation de l'entraîneur. On lui reproche à l'OL de venir de Marseille, et à l'OM d'être parti pour Lyon.
En novembre 2019, le premier retour de Garcia au Vélodrome avait été bouillant, entre banderoles hostiles, joueurs remontés et huées venant des tribunes pour l'entraîneur qui avait rejoint "l'ennemi" lyonnais. Xavier s'en souvient : "On n’a pas de rancœur particulière contre lui, mais on ne l’aime toujours pas. Tant mieux pour lui qu’il ait trouvé une équipe avec qui ça roule un peu mieux. Ça nous met un peu la haine, parce qu’il produit des choses avec Lyon qu’il ne produisait pas avec nous".

Un an après sa prise de fonction, quel bien tirer de Rudi Garcia à l'OL ?

Crédit: Getty Images

Et pour les fans des Gones, le technicien de 57 ans paie son passé marseillais, au cours duquel il n'était pas tendre avec le club de Jean-Michel Aulas. "Le personnage, je ne l’apprécie pas plus que ça depuis son passage à Marseille, ses transferts et la manière dont il avait critiqué le club de Lyon" exprime Nicolas, avant de nuancer sur la nécessité des critiques : "A l’époque il a été critiqué sévèrement, son nom était sifflé à chaque fois qu’il était prononcé dans le stade, mais au bout d’un moment quand les résultats sont là, force est de constater que ça marche bien".

Une différence sportive entre ses deux passages "olympiques"

Des résultats positifs en championnat, qui symbolisent la différence avec son passage marseillais, comme l'explique Guillaume ( @GuillaumeTarpi ), fan de l'OM : "Plusieurs choses faisaient acte de non-retour sur le plan sportif. Les résultats n’étaient pas au rendez-vous et Garcia aurait pu un peu se rattraper sur ses déclarations d’après match, sur ses conférences de presse également, mais il ne faisait que s’enfoncer et s’isoler un peu plus encore". Pour Xavier, le technicien a aussi payé une complicité qui ne s'est jamais créée avec les fans, même quand les choses allaient pour le mieux sportivement : "Le contre-exemple criant c’est Villas-Boas, dès le début l’alchimie s’est créée directement avec le public, parce que c’est facile d’avoir des bons rapports avec les supporters de l’OM. Quand tout roule, tout va bien, et Garcia aurait pu se mettre plus facilement les supporters dans la poche au début. Sauf qu’il a eu par moments des déclarations déplacées…"

Rudi Garcia lors de son dernier match comme entraîneur de l'OM, face à Montpellier

Crédit: Getty Images

Une situation où se mêlaient baisse des résultats et fissure avec les supporters, qui n'avait qu'une seule issue possible pour Guillaume : le départ. "Une fois que le mal est fait, que la rupture est consommée, la marche arrière est impossible à Marseille". A Lyon, le technicien a su remonter dans l'estime des supporters lyonnais, notamment par la classique et implacable performance sportive. En ne pouvant cependant que se reposer là-dessus, ce que regrette Nicolas : "On va être contents d’un entraîneur quand tout se passe bien, si on finit troisièmes ou quatrièmes, on le critiquera alors qu’il a fait une bonne partie de saison, avec un jeu pas trop mal". Mais pour Sébastien (alias "@Sebtheouf"), les résultats seuls ne peuvent pas suffire, comme il le rappelait avant la rencontre face à Bordeaux en janvier dernier : "Est-ce que ça change mon opinion sur le fait que je n’aime pas trop le bonhomme ? Non parce qu’un club, ce n’est pas uniquement regarder des résultats : on a besoin de s’identifier aux gens, de les aimer".

Une relation sportive avec les fans, pas humaine

En résumé, Garcia garde un certain respect de la part des supporters lyonnais, tant que les résultats suivront. Pourtant, une certaine baisse de régime guette les partenaires de Memphis Depay ces dernières semaines, et le faible temps de jeu accordé aux seconds couteaux est parfois pointé du doigt par les observateurs et les supporters. "C'est vrai qu'il ne fait pas trop tourner, mais à l’époque quand on faisait tourner et qu'on lançait les jeunes, ça ne marchait pas", constate Nicolas de manière pragmatique. "Aujourd'hui Garcia avec un contrat d’un an et demi, le long terme et intégrer les jeunes il s’en fout, il veut juste être bien classé, et mettre la meilleure équipe tout de suite". Une perspective à court-terme qui porte ses fruits sur le terrain, mais qui ne nourrit pas la cote de popularité de l'ancien manager lillois.

La gestion de Cherki par Garcia, quelque part entre le populisme et l’ancien monde

Rudi Garcia, pour qui l'accueil lyonnais est encore vécu aujourd'hui comme ayant été "injuste", se réfugie dans le travail, mais ne laissera pas une marque indélébile dans le cœur des supporters lyonnais et marseillais. Sébastien le résume assez bien : "J’étais contre la venue de Rudi Garcia et je ne pleurerai pas le jour où il partira". Et pour Nicolas, plutôt défenseur des résultats sportifs de Garcia, une prolongation de contrat à la fin de la saison est-elle la meilleure solution ? "Je n'en suis pas persuadé", répond le Bad Gone. Comme un symbole de la considération que portent les fans à leur entraîneur, celle du résultat purement sportif, sans la passion et la relation humaine derrière. A Marseille au moins, Xavier et les supporters n'ont plus à s'en soucier : "Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne nous manque pas."
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