C'est un accord gagnant-gagnant qui, finalement, ne l'est peut-être pas autant qu'il en a l'air. Le 21 janvier dernier, l'Olympique de Marseille officialisait l'arrivée d'Arkadiusz Milik en provenance de Naples, sous la forme d'un prêt de 18 mois avec option d'achat. De quoi satisfaire tout le monde.
Naples ne pouvait pas se permettre de laisser filer un attaquant de ce calibre sans récolter la moindre indemnité de transfert, après avoir tenté, durant des mois, de s'accorder avec le joueur autour d'une prolongation de contrat. Milik, lui, devait absolument sortir du placard pour pouvoir accompagner l'ambitieuse sélection polonaise à l'Euro. L'OM cherchait un buteur d'envergure depuis des lustres après avoir cumulé les accidents industriels. Le club phocéen semblait même avoir raflé la plus grosse mise puisque dans cette opération, il était le seul à ne pas avoir fait de choix par défaut.
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A l'époque, le club phocéen s'était bien gardé de dévoiler les détails du transfert, même si plusieurs médias, déjà, assuraient que l'option d'achat était fixée à 8 millions d'euros, auxquels doivent s'ajouter 4 millions d'euros selon divers bonus. Ce qui ne noircissait en rien le tableau marseillais, malgré la grave crise économique plombant le club. Après tout, Kostas Mitroglou et Dario Benedetto ont, tous deux, coûté plus cher que le Polonais alors qu'ils offraient moins de garanties sportives.
Le doute est d'abord venu de la rumeur, selon laquelle une "clause de départ" avait été incluse dans le contrat du buteur pour lui permettre d'aller voir ailleurs dès l'été prochain si un club se décidait à la faire sauter. Légales ou même obligatoires dans certains pays, ces clauses sont purement et simplement interdites en France, même si certains clubs ont parfois profité de l'ambiguïté du règlement pour passer ce type d'accord sous seing privé.

Financièrement, vers une opération nulle

"L’OM a le contrôle total, sauf si nous rentrons sur des possibilités de retour à Naples qui sont pratiquement impossibles", avait assuré Pablo Longoria auprès de nos confrères de RMC. Il faut bien le dire, le nouvel homme à tout faire du club phocéen, à l'origine de la venue de Milik, avait aussi profité de ce joli coup de poker pour se retrouver propulsé à la tête du club.

Milik (OM), buteur face à Brest

Crédit: Getty Images

Il s'était tout de même abstenu d'en dire plus sur un éventuel accord verbal grâce auquel l'attaquant de 27 ans pourrait claquer la porte au prochain mercato. D'après L'Equipe, il existe. Marseille aurait bien donné sa parole à son joueur : si un club séduit "Arek" et offre un chèque de 12 millions d'euros, l'OM ne pourra le retenir.
Avec ces éléments, le "gain" olympien n'est plus aussi évident. Financièrement, l'entité phocéenne devrait se contenter d'une opération nulle ; pour l'heure, tout porte à croire que les grands clubs italiens, très attirés par la valeur sportive de Milik, ne devraient pas hésiter longtemps avant de consentir cet effort financier, après avoir longtemps buté sur la fermeté d'Aurelio De Laurentiis, le président napolitain.
Et sportivement ? De loin, difficile de l'imaginer changer la destinée de Marseille en quelques mois, alors que le podium est hors d'atteinte et qu'une qualification directe pour la Ligue Europa était plutôt l'objectif minimum, avec ou sans le buteur polonais. De près, la donne n'est pas beaucoup plus encourageante.

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Dimanche dernier, face à Dijon, Milik n'a rien eu à se mettre sous la dent et il n'en est évidemment pas responsable. L'équipe olympienne n'est pas encore imprégnée des idées de jeu de Jorge Sampaoli. Elle souffre, encore, des maux qui sont les siens depuis plusieurs mois. "Milik est un joueur important, on attend beaucoup de lui, mais il faut davantage de connexions entre les joueurs", avait d'ailleurs souligné le technicien argentin après la rencontre, dimanche.

Sportivement, plus de frustration que de progression

Depuis qu'il a débarqué à l'OM, le buteur tire à peine plus de deux fois par match en moyenne. Il a d'ores et déjà démontré, à Lens, face à Lyon ou Brest, qu'il n'avait pas besoin de beaucoup plus de situations pour marquer. Il n'empêche, il faudra probablement un peu plus d'animation et de liant pour que ce transfert soit une réussite totale, et que le jugement ne se limite pas au seul et évident talent du joueur.
"On voit une équipe qui essaie de créer du jeu en modifiant des habitudes, a analysé Jorge Sampaoli en conférence de presse, avant le déplacement de l'OM sur la pelouse de Montpellier, ce samedi (21h00), dans le cadre de la 32e journée. Des choses vont arriver plus vite que d'autres mais il faudra du temps de travail."

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Et si l'on a bien tout suivi depuis le début, l'entraîneur argentin ne devrait pas en avoir beaucoup avec Milik. "Dans le foot, il est difficile de savoir si tel ou tel joueur va rester, avait-il admis la semaine dernière. Un joueur peut être séduit par une autre opportunité en fin de mercato. Milik est un grand joueur, de niveau international. La décision revient à lui uniquement. Nous, évidemment, on aimerait beaucoup qu'il reste mais vous le garantir aujourd'hui, vu les mouvements du marché des transferts, c'est difficile."
Au bout du compte, l'OM pourrait donc goûter à nouveau à la frustration, deux ans après avoir dû laisser filer Mario Balotelli, plutôt convaincant sur le terrain, au bout d'une courte pige de six mois. Un départ de Milik cet été rappellerait que le club fait souvent deux pas en arrière après en avoir fait un en avant, et renforcerait l'idée que son projet n'avance pas. Et dans tout cela, il n'est pas certain que Marseille soit réellement gagnant.
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