C’est un exercice particulier, dont le principal intérêt est de décrypter à qui il s’adresse (joueurs, dirigeants, supporters, adversaires) mais possède quelques vertus. Passage obligé des entraîneurs professionnels, qui préparent de plus en plus leurs discours, la conférence de presse ne permet jamais d’entrer totalement dans la tête des techniciens… mais donne parfois des indices. Celle de Raymond Domenech, lors de son intronisation à la tête du FC Nantes, a d’abord servi à justifier son retour dans le métier. Elle a aussi été marquée par une phrase qui a ensuite pris tout son sens : "Je veux redonner de la cohérence à cette équipe."
A priori, l’affirmation est banale, personne ne souhaitant une formation incohérente. Dans la bouche d’un coach au profil défensif, dont l’amour du double pivot récupérateur ne s’est jamais démenti dans les bons (Makélélé-Vieira au Mondial 2006), comme dans les mauvais moments (Lassana Diarra-Toulalan contre beaucoup trop d’adversaires de faible calibre), cela signifie un retour à plus de solidité. Une promesse qui n’a pas été vaine mais n’a pas encore permis de gagner, seul le match contre Saint-Étienne permettant d’espérer un redressement dans les prochaines semaines.
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Volonté de solidifier l’édifice

Après une semaine au contact de son groupe, Domenech dressait un premier bilan : "Sur ce que j'ai vu, il y a peut-être un souci à jouer tous ensemble et à faire la même chose." Là aussi, derrière la "chose" en question se trouvait une idée : défendre. Le derby face à Rennes, où on imaginait mal son équipe se jeter à l’abordage, se transformait rapidement en caricature : 4-4-2 compact avec des ailiers (Louza et Blas) habitués à jouer dans l’axe donc à défendre leur zone, 28 % de possession et 7 tirs, dont 2 sur coups de pied arrêtés. Un plan de jeu facile à mettre en place, pensé pour ne rien concéder, où la phase offensive repose sur l’exploitation de ce qu’offre l’adversaire. Les Rennais ayant plusieurs fois ouvert la porte, le coup ne passait d’ailleurs pas loin mais le match s’achevait sur un 0-0.

Nantes' Malian defender Charles Traore (L) fights for the ball withSaint-Etienne's Gabonese forward Denis Bouanga (R) during the French L1 football match between AS Saint-Etienne and FC Nantes

Crédit: Getty Images

Pas illogique, l’idée de départ – attendre que le favori fasse le jeu – tranchait nettement avec les tentatives de Patrick Collot, intérimaire après le renvoi de Christian Gourcuff. Au-delà des systèmes, qu’il changeait régulièrement, l’ancien adjoint voulait que son équipe soit capable d’être dangereuse. Une ambition qui se retrouvait dans la volonté de s’appuyer sur la percussion d’ailiers servis proches du but, ainsi que dans les chiffres : 18 tirs contre Lyon et Reims, 17 face à Dijon. Des valeurs impressionnantes (seul Naples dépasse les 17 de moyenne cette saison dans les cinq grands championnats) mais faites au détriment de l’équilibre collectif. Et qui n’avaient pas apporté plus de résultats que la fin de l’ère Gourcuff, bouclée par une défaite 4-0 contre Strasbourg malgré 14 tirs à 12 et 62 % de possession.
Les premiers pas de Raymond Domenech donnaient donc une indication claire : au fait de mieux attaquer (ou d’être plus efficace mais il est plus facile de perfectionner les combinaisons que la technique de frappe), il préférait mieux défendre. Même si la possession a augmenté quand les adversaires n’ont pas voulu du ballon, les semaines suivantes ont confirmé le projet. Montpellier (1-1), Lens (1-1), Metz (0-2)… Trois rencontres achevées sans déséquilibre structurel mais sans victoire, où les occasions se comptaient sur les doigts d’une main. Une démonstration conforme au stéréotype de la Ligue 1, où certaines équipes attendent de voir ce que fait l’adversaire mais n’ont pas beaucoup d’idées pour l’embêter.

Difficulté de construire

Bien sûr, les Nantais avaient tout de même un plan avec ballon. Mais celui-ci, là aussi plutôt cohérent sur le papier, n’offrait pas grand-chose en pratique. Le 4-4-2, qui occupe toute la largeur en phase défensive, se muait en 4-2-2-2 puis 2-4-2-2 avec des ailiers qui viennent à l’intérieur et des latéraux qui se projettent. Une stratégie qui permet de rapprocher les hommes au cœur du jeu, donc de multiplier les possibilités de combinaisons, avec l’espoir d’y faire la différence ou d’attirer l’adversaire pour libérer des latéraux qui arrivent lancés. Le problème, c’est que ces enchaînements collectifs étaient très rares. Hormis Imran Louza à Montpellier, buteur d’un tir à l’entrée de la surface après un relais intérieur de Marcus Coco, personne n’a pu exploiter les forces du système. Surtout pas les latéraux, servis à l’arrêt donc inoffensifs.

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Après quatre matches à l’intérêt tout relatif et qui ne montraient pas de réelle progression, Domenech a changé son fusil d’épaule contre Monaco. Exit le 4-4-2, place à un 4-3-3 qui défend en 4-1-4-1. Une configuration qui n’a rien modifié dans la qualité de l’animation offensif et affaibli l’édifice défensivement – même si le talent de l’opposition y est sans doute pour quelque chose –, les Monégasques se régalant entre les lignes et ne quittant que rarement le camp adverse. C’est d’ailleurs en passant à deux devant, après l’entrée de Renaud Emond, qu’un embryon de pressing a pu équilibrer le rapport de force. Mais il y avait déjà 0-2 et, si le bloc est monté, il a fallu attendre l’improbable réduction de l’écart du Belge pour qu’émerge une idée de dangerosité.
Avant le déplacement à Saint-Étienne, autre grand du championnat en galère cette saison, le bilan du FCN version Domenech n’incitait pas vraiment à l’optimisme : 45 tirs en 5 matches (seules sept équipes européennes, toutes étrangères, sont sous les 9 de moyenne) dont 18 sur coups de pied arrêtés, trois buts dont deux sur coups de pied arrêtés, et donc seulement trois points. De quoi interroger cette volonté de construire par l’arrière, qui rend l’équipe plus difficile à bouger mais au prix d’une dangereuse stérilité. Outre les mathématiques, qui ne récompensent les matches nuls que s’ils empêchent un concurrent de gagner, Nantes n’a pas les individualités de son côté. Randal Kolo Muani et consorts n’étant pas des grands finisseurs, difficile de l’emporter si on n’a pas plus d’occasions que l’adversaire.

Un espoir nommé pressing

C’est dans ce contexte de ciel gris qu’est arrivé le nul à Geoffroy-Guichard mercredi soir (1-1). Un résultat plutôt négatif mais qui ne dit rien de l’amélioration vue pendant 45 minutes. Si le système à une pointe a été reconduit, le bloc médian a enfin été agressif. En clair, au lieu d’attendre que l’adversaire attaque un espace pour le défendre, ce qui peut rapidement amener tout le monde à se replier devant sa surface, la deuxième ligne est sortie au pressing à la moindre passe négative. Une transmission trop neutre ou en retrait et ce sont plusieurs Nantais – dont Sébastien Corchia, placé ailier pour aller harceler – qui montaient pour priver la défense stéphanoise de temps. Un calcul payant, le manque de qualité à la relance ayant favorisé le rendu rapide de nombreux ballons. Donc de récupérations hautes.

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Ainsi installé dans le camp des Verts sans avoir besoin de faire cinq passes pour y arriver, Nantes a pu donner des munitions à ses créateurs Blas et Louza et son dribbleur Moses Simon. Si ces situations n’ont pas permis d’envoyer le ballon au fond, elles n’ont pas eu de contrepartie : avec le contrôle du ballon et beaucoup de joueurs en couverture en cas de mauvaise passe, Nantes n’était pas en danger. Ce qui, bien plus que la création offensive, était le but de Domenech à son arrivée.
Le but, né d’une prise d’initiative de Jean-Charles Castelletto à la relance et poursuivi par une jolie combinaison conclue par Kolo Muani, montre ce que cette équipe veut faire. Et les longs temps forts dans le camp stéphanois, bien que rarement rentabilisés, prouvent qu’elle aurait tort d’être trop passive contre des formations de son niveau. La dernière demi-heure, compliquée, avec un ballon navigant d'un but à l’autre et des individualités prenant le pas sur la structure, ont rappelé que Nantes n’est pas bâti pour s’épanouir dans le chaos. En ce sens, le renforcement du bloc dicté par le nouvel entraîneur était une nécessité.
Encourageant, le dernier match peut de son côté faire naître l’idée d’une construction étagée, où on apprendrait à défendre dans son camp avant d’aller vers l’avant. Reste cependant un constat : depuis son arrivée, Raymond Domenech a demandé à ses hommes de pratiquer un football sans saveur, ancré dans des concepts de moins en moins actuels. Et qui, en privilégiant le refus de perdre à l’envie de gagner, ne risque pas de sortir de l’ornière une équipe qui attend la victoire depuis début novembre.
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