Peut-être que le temps finira par effacer les émotions, les dimanches soirs à couper le souffle, les chassés-croisés, l'incertitude, le doute, l'instabilité permanente. Mais il faudra se souvenir qu'à la 46e minute de la 34e journée, le LOSC était quatrième d'un championnat complètement dingue. Il faudra se souvenir que tout s'est joué lors d'une finale qui ne disait pas son nom au Parc des Princes (0-1). Il faudra se souvenir que tout était encore possible tant que le rideau n'était pas tombé sur cet exercice pas comme les autres. Il faudra se souvenir du retour de l'anormal.
On pensait ce championnat fermé à double tour par un PSG omnipotent, gavé de stars et de millions, surfant sur la Ligue 1 avec une main dans le dos et le cigare dans la bouche. Ce Paris, sans doute épuisé par une saison démarrée trop tôt, n'est pas le seul responsable de son échec. Il est d'abord tombé sur plus fort que lui. Face aux individualités parfois légères d'un PSG trop souvent désuni, le sacre du LOSC est celui d'un collectif. D'une équipe sans tête qui dépasse, ou si peu, et soudée autour d'un homme Christophe Galtier, génial général auquel ce titre rend enfin hommage.
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Les joueurs lillois, champions de France

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Paris, Lyon, Marseille : Des locomotives qui déraillent

Ce LOSC, qui a perdu son directeur sportif et son président en cours de route, est un modèle d'adaptabilité, une inspiration. C'est une aventure aussi comme la L1 n'en connait plus ou si peu. Il y eut Montpellier et Monaco avant lui comme seuls capables de se dresser face au PSG. Mais le MHSC a dominé un PSG qui n'avait encore rien conquis et Monaco s'est appuyé sur une génération dorée. Rien de tout ça à Lille, 17e et au bord de la relégation en 2018. Mais, comme pour le Monaco de 2017, Luis Campos s'est occupé de construire une machine pour transfigurer un projet mal né sous les ordres de Marcelo Bielsa.
On attendait Paris, peut-être Lyon et pourquoi pas Marseille. Mais cette saison démentielle a fini par consacrer l'impossible. Les trois habituelles locomotives du football français, si elles ont connu des destins bien différents, ont toutes fini par dérailler. Il n'est pas certain que ce soit le début de quelque chose, le frémissement d'une révolution. Mais c'est précisément sa fragilité qui rend cette année si unique et si précieuse. Tout finira sans doute par rentrer dans l'ordre parce que tel est le sens de l'histoire. Paris peut trébucher mais l'écart est trop grand pour qu'il s'écroule.

Memphis Depay abattu après la victoire de Lille à Lyon

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Du chaos est né une saison démentielle

Même un départ de Kylian Mbappé ne changera pas fondamentalement la donne en Ligue 1 tout au moins. Et ce Lille ne porte pas en lui les bases d'une dynastie capable de regarder Paris dans le blanc des yeux quelques années encore. C'est le lot de ces champions qu'on n'attend pas : ils surgissent et disparaissent bien souvent aussi vite qu'ils sont apparus. C'est l'ADN de ce LOSC aussi, amené à vendre à foison pour supporter un modèle d'une extrême fragilité.
Mais alors pourquoi maintenant ? Le COVID a sans doute offert un environnement plus instable. Le décor, moribond, de stades vides et la désertion de Mediapro au beau milieu de l'automne ont fait craindre le pire. Du chaos est né la plus excitante saison de la décennie. Cette saison fut un cadeau. Au fond, peu importe la hiérarchie. L'important, c'est la bataille. Le frisson de l'inconnu, l'aléa. Bien sûr, l'inattendu LOSC incarne à merveille le renversement des valeurs. Il faudra s'en souvenir. Car quelque chose nous dit qu'il ne faut pas s'y habituer.
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